La longue, l'inépuisable durée des civilisations

Par Fernand Braudel

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De quelques noms cités


Georges Friedmann
(1902-1977), philosophe français, est surtout connu pour ses travaux de sociologue du travail. Considéré comme un des plus importants rénovateurs français des sciences sociales de l'après-guerre, il eut recours aux outils d'analyse marxistes pour observer les grands bouleversements à l'oeuvre dans la société industrielle. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Traité de sociologie du travail (coauteur avec Pierre Naville, Paris, A. Colin, 1961-1962), Humanisme du travail et humanités (Paris, A. Colin, 1950), Où va le travail humain? (Paris, Gallimard, 1970).

Le bon vieux temps du Dakar-Djibouti

Marcel Griaule (1898-1956), ethnologue français, fut engagé dans de nombreuses recherches de terrain couvrant notamment l'Abyssinie, le Soudan français et le Tchad. Il fut également à la tête de la mission ethnographique Dakar-Djibouti (1931-1933) et titulaire en 1942 de la première chaire d'ethnologie à la Sorbonne. Auteur de nombreux ouvrages sur la méthode ethnographique, il s'est particulièrement intéressé à l'ethnie Dogon (Mali).

Charles Seignobos (1854-1942) historien français, auteur en particulier d'une Histoire politique de l'Europe contemporaine  (1897). Considérant que "tout ce qui n'est pas prouvé doit rester provisoirement douteux", Seignobos fut partisan d'une histoire superficielle et événementielle. Cette vision "positiviste" rencontra de vives contestations auprès d'une nouvelle génération d'historiens pour qui la nécessité d'approfondir les phénomènes devait permettre une compréhension plus globale de l'histoire.

"Une culture naît au moment où une grande âme se réveille"

Oswald Spengler, (1880-1936), philosophe allemand, est l'auteur du célèbre Déclin de l'Occident (1916-1920), ouvrage qui eut un écho à la mesure de l'effondrement de l'empire allemand. Spengler expose dans son ouvrage une philosophie pessimiste de l'histoire, en opposition à l'idéologie de progrès dominant à l'époque. Selon lui, l'Occident serait entré dès les débuts du XXe siècle dans sa phase de déclin. Au-delà, Spengler propose une théorie générale et cyclique des huit principales civilisations et des innombrables cultures du monde. Pour lui, il n'existe pas de sens général de l'histoire: juste des successions de cycles similaires au cycle biologique. Pour lui, les unités de base de l'histoire sont les cultures dont il dit qu'elles sont de véritables organismes vivants: "Une culture naît au moment où une grande âme se réveille, se détache de l'état psychique primaire d'éternelle enfance humaine, forme issue de l'informe, limite et caducité sorties de l'infini et de la durée. Elle croît sur le sol d'un paysage exactement délimitable, auquel elle reste liée comme la plante. Une culture meurt quand l'âme a réalisé la somme entière de ses possibilités, sous la forme de peuples, de langues, de doctrines religieuses, d'arts, d'États, de sciences, et qu'elle retourne ainsi à l'état psychique primaire." Le nazisme tenta de récupérer les conceptions philosophiques de Spengler, puis finit par les critiquer.

De l'action civilisatrice des "minorités créatrices"


Arnold Toynbee (1889-1975), historien britannique, est l'auteur d'une somme monumentale, Study of History (Étude de l'histoire), publiée en douze volumes entre 1934 et 1961. Dénombrant 26 civilisations, il développe une conception cyclique de leur évolution. Pour lui, les civilisations naissent de l'action de "minorités créatrices" et passent toutes par des étapes de croissance, de rupture (breakdown) puis de désintégration. Son oeuvre témoigne d'une vision non-européocentrique de l'histoire.

Paul Valéry (1871-1945), écrivain français proche du poète Mallarmé, entré en 1925 à l'Académie française, est l'auteur d'une phrase célèbre sur le destin des civilisations : "Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles" (Variété I, La crise de l'esprit, p. 1. Paris, Gallimard, 1978).

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© Le Temps stratégique, No 82, Genève, juillet-août 1998. le.temps@edipresse.ch

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