The Qur’an, Morality and Critical Reason. The Essential Muhammad Shahrur.Translated, Edited, and with an Introduction by Andreas Christmann, Brill, Leiden, Boston, 2009.
This book reflects the work of a contemporary Muslim thinker, Muhammad Shahrour, who has produced the most decisive, innovative and critical thinking about the theologico-political in Islam.
In this book, Andreas Christmann introduces us to a critical reason which might be the next epistemological step that will follow the social revolutions in the Arab world.This book finely edited should be read, shared, and discussed widely among observers and followers of Islam.
(Personal work copy - RB - about the "essential essential" Muhammad Shahrour)
"Comment transformer les torrents de données en un fleuves de connaissances? La solution de ce problème va déterminer la prochaine évolution du médium algorithmique"
The Reconstruction of Religious Thought in Islam by Muhammad Iqbal
'An act is temporal or profane if it is done in a spirit of detachment from the infinite complexity of life behind it; it is spiritual. if it is inspired by that complexity.'
Howard Rheingold,Net Smart: How to Thrive Online. MIT Press, 2012.
Howard Rheingold est un auteur peu prolixe mais dont chacun des quatre livres publiés en vingt-cinq ans scande une étape majeure de l’histoire d’Internet et de ses usages sociaux.
La psychanalyse de papa ramenait tout à des déterminations courues d’avance: maman, oedipe, phallus, anus. L’ethnopsychiatrie de Tobie Nathan introduit la pensée sauvage dans la médecine occidentale; elle renvoie au grand délire collectif qui agite les choses animées depuis la nuit des temps, à la polyphonie des anges et des démons, aux feux de brousse qu’embrasent des forces malignes de quelque Afrique mentale.
Revue Multitudes , No 50, numéro spécial Soulèvements, septembre 2012, Le Cheikh, le Calife et l’auto-émancipation du Peuple par Réda Benkirane
Revue du livre de propos de Youssef Belal, Le cheikh et le calife, sociologie religieuse de l’islam politique au Maroc, Lyon, Editions de l'ENS, 2011, Casablanca, Tarik éditions, 2012.
Face aux transformations sociales majeures actuelles, il y a besoin d’une réflexion prospective à même d’éclairer le temps présent par une analyse qui soit également rétrospective et introspective. Le degré d’incertitude et la phase critique – si richement possibiliste – de la période actuelle qui caractérisent le monde arabe, le Maroc compris, font que les sciences dites « sociales » doivent pouvoir non seulement accompagner mais participer à cette maturation sociétale qui va, à n’en pas douter, déterminer l’évolution des prochaines décennies. Certes, quelques chevaliers médiatiques se sont dépêchés de publier des ouvrages ou de commenter ce qui se joue : ce sont des articles de promotion suintant la rhétorique apologétique ou conspirationniste qui ne disent rien des sociétés en devenir et tout des ferments et autres tourments égotistes de leurs auteurs – en réalité complètement désorientés par le processus révolutionnaire. Et puis il y a des textes et des livres, anciens et actuels, qui éclairent l’événement et informent la transition de phase (ce passage du quantitatif au qualitatif) qui courent de Nouakchott à Sanaa en passant par Tunis et le Caire.
Libération, 5 juillet 2012 (PDF) L'Humanité, 4 juillet 2012 (PDF) Mediapart, 4 juillet 2012 (Web) Le Courrier,5 juillet 2012 (PDF) Le Soir Echos, 5 juillet 2012 (Web)
De la question coloniale à la crise identitaire, lettre au président François Hollande
par Réda Benkirane
Sur la crise identitaire, la peur de « l’insécurité culturelle » et autres impensés (post)coloniaux en France.
Extrait de la revue de presse d'Yves Decaens, France Inter, 5 juillet 2012
"if 2011 was a year of Arab collective therapy whereby ICTs’ role facilitated the liberation process, then 2012 is the year of psychological depression and political regression/repression due to the control made possible by the same ICTs”
“Technology is a pharmakon; a remedy that can heal and a poison that can kill”
Key Points
The rise of Arab bloggers and cyber activists is not the product of a spontaneous generation. The Arab Spring is rather the social outcome of decades of struggles for civil and political rights, which matured within the virtual space-time generated by an Arab media system wherein press, radio, satellite television, web and mobile telephony constitute different layers of complexity.
Social networks and new media played a catalytic role in the Tunisian and Egyptian revolutions. They accelerated local social reactions, synchronized different levels and intensities of uprisings and permitted the coverage of events through real-time footage directed to global public opinion.
The Arab Spring might herald the first social revolution of the 21st century. It epitomizes the revolt of a new individual and a new collective voice against various forms of fear, control, manipulation and disinformation. Just as economic crises do, social uprisings are transversal and can propagate worldwide wherever “freedom, justice, dignity” are restricted or scorned.
The role of technology will remain intrinsically ambivalent and is never neutral. It depends on political, economic, social and cultural milieu. The emerging “Intelligence” Technology can represent liberation as well s be used as spying technology. Social networks may contribute to empowering citizens, but the same technology may also be used against them for control and repression. A flourishing multibillion-dollar Western industry of digital weaponry for state surveillance and repression now represents a major threat to democratization in the MENA region and beyond.
La sphère médiatique
Lectures, Le Temps, 8 mai 2012
Apprendre des médias arabes
par Réda Benkirane
Tourya Guaaybess, Les médias arabes. Confluences médiatiques et dynamique sociale, CNRS éditions, 232 pages, 2012.
A l’évidence, un changement qualitatif majeur s’est opéré depuis une vingtaine d’années dans le paysage médiatique arabe. Tout un continent de signes a émergé au sud de la Méditerranée, producteur de sens, annonciateur de bouleversements mentaux.
L’Autre Journal. 1984-1992, une anthologie Sous la direction de Michel Butel, Editions Les Arènes, 412 p., 2012.
«L’Autre Journal» est né dans les années 80 de la nécessité de prendre un sain recul devant l’emballement médiatique. De faire éclore d’autres respirations, d’autres manières de voir le monde. Une anthologie de ses meilleurs moments paraît en même temps qu’une nouvelle revue qui en est l’héritière, «L’Impossible»
Par Réda Benkirane, sociologue et chercheur associé au Centre Jacques Berque (Rabat)
A quelques semaines de la commémoration du 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, Ahmed Ben Bella, son premier président, membre fondateur du FLN, militant révolutionnaire et des droits de l'homme, s’est éteint paisiblement à son domicile à Alger, le 11 avril 2012, à 96 ans.
Celui qui avait traversé tout le XXe siècle, combattu lors de la seconde guerre mondiale, déclenché la lutte armée du 1er novembre 1954, enduré la prison et l’exil, n’a pas survécu plus de deux ans au décès de son épouse Zohra Sellami. Il l’avait épousée en captivité après le coup d’État à la suite duquel il fut mis au secret quinze années durant.
Le testament politique de Ben Bella : sur le système mondial
Vision d'un militant révolutionnaire (1982) sur l'ordre mondial, les rapports Nord-Sud et la crise civilisationnelle. الوصية السياسية للمناضل الثوري أحمد بن بلة : عن النظام العالمي
Sur les révolutions arabes
Geopolis. Radio Suisse Romande, La Première, 29 et 31 juillet 2011 Émission de Jacques Mouriquand
Le regard du philosophe Réda Benkirane
Seconde phase de la lutte de libération nationale / démocratisation,islamisme et sécularisation / révolution mentale / raison et boucle Infotechnologiques : Aljazeera-Tweeter-Facebook-Google / motifs nouveaux de la révolution sociale / l'unité arabe, utopie politique mais réalité virtuelle effective / aspect ambivalent des outils infotechnologiques / vers de nouvelles formes de lutte démocratique/ crise du système démocratique au Nord / Un chantier immense commence dans le monde arabe / vers une production sociale et culturelle significative / l’esprit tribal et le rapport au pouvoir à réinventer / la sécularisation de l’islam comme autonomie du religieux / stabilisation à long terme de l’espace méditerranéen /la politique israélienne, grande perdante des révolutions en cours / ne pas exclure une reconfiguration de la question israelo-palestinienne
Quentin Meillassoux, Le Nombre et la Sirène. Un déchiffrage du Coup de dés de Mallarmé, Fayard, 2011.
Un coup de dés jamais n'abolira le hasard est composé par Mallarmé, dans sa version finale, en 1898, l'année même de sa mort. Le poème constitue l'une des ruptures littéraires les plus radicales de la modernité : lignes éclatées sur tout l'espace de la double page, jeu sur la taille des caractères empruntant au procédé des affiches, multiplication des incises qui déroutent la lecture. Mais son énigme la plus profonde tient peut-être à son contenu : une intrigue, à peine suggérée, dont le sens, l'étrangeté continuent aujourd'hui d'échapper à une pleine élucidation. L'hypothèse de Quentin Meillassoux consiste à affirmer que Mallarmé a caché dans son poème un mètre secret, un Nombre unique, qui devait permettre de réinventer une poésie à la fois moderne et toujours liée à l'antique règle du décompte. Une investigation est alors menée, qui tient à la fois de l'étude littéraire, de la chasse au trésor et de l'enquête policière à la Edgar Poe. On y découvre progressivement que le Nombre n'est autre que la somme des mots du poème et que cette idée - apparemment fantaisiste - devait pourtant être à la source, pour Mallarmé, d'un geste poétique révolutionnaire et d'une rigueur sans pareille.
Quentin Meillassoux est philosophe et enseigne à l'Ecole Normale Supérieure de Paris.
Lire le poème de Mallarmé, Un coup de dés n'abolira jamais le hasard (Edition Michel Pierson & Ptyx) Mallarmé et les mathématiques, exposé de Quentin Meillassoux, séminaire doctoral de philosophie, Université Lyon 3, 23 novembre 2011
Ecouter l'exposé (1h53mn)
Traité de Sémantologie
Principes de la Sphère sémantique
Pierre Lévy, La sphère sémantique - Tome 1, Computation, cognition, économie de l'information, Hermès, 2011.
Selon son principe interne, la sphère sémantique est leibnizienne, c’est-à-dire perspectiviste et monadologique (Monadologie, § 56).
Selon son principe externe, la sphère sémantique est deleuzienne, c’est-à-dire en reterritorialisation permanente, rhizomatique. Agrégation fractale.
Du point de vue de sa verticalité, la sphère sémantique est avicennienne: intellect agent, nuée angélique de signes qui est somme des uns in(di)visibles.
Du point de vue de son horizontalité, la sphère sémantique est teilhardienne: noosphère en émergence, intelligence en essaim. Propriété collective.
Dans son principe actif, la sphère sémantique produit le sens du sens par calcul : sa raison est algorithmique.
Dans son principe passif, la sphère sémantique procède d'une automation cognitive. Une machinerie parcourt le paysage des signes pour territorialiser des paysages mentaux, les baliser en signaux de pensée.
La forme sphérique renvoie à la membrane pensante et communicante de l'humanité qui recouvre le globe terrestre par câble, fibre, antenne, satellite interposés. Enveloppement.
La dimension sémantique est ici rendue à son sens originaire de « technique des signaux » : s'invente dans la lancée un symbolisme nouveau transfiguré en une signalétique calculatoire. Sens et puissance.
La sphère sémantique est l'aboutissement évolutif et émergentiste de fulgurations se produisant à chaque microseconde au sein de la membrane Web: ces fulgurations sont des idées infinitisées par la communication ubiquitaire.
La sphère sémantique embrasse l'ensemble des conversations créatrices bruissant au sein de la Membrane; elle ordonne les détails et motifs, ramifie séries et suites de signes pour qu'émerge la Complexité du sens.
La sphère sémantique donne à voir les différentes échelles de complexité de l'humanité pensante et communicante: elle renvoie à un métaniveau, c’est-à-dire une épistémologie transculturelle, transdisciplinaire. L'hypercomplexité à la fois unifie et différentialise les humanités dans l’Humanité.
La sphère sémantique est le principal régime de production de sens d'une intelligence collective, connective, cognitive. Entendement méta-humain de ce que l'humain peut signifier sur le plan info-techno-logique.
Cette intelligence collective, connective et cognitive échappe à tout contrôle, tout pouvoir, toute autorité par la puissance massivement parallèle du Grand Esprit de l’Humanité.
La philosophie de l'information de la sphère sémantique vérifie le postulat (méta)physique du (B)it, ‘It from Bit’, c'est-à.-dire que tout « ça » dérive d’un fil ou d'une bribe d'information.
La sphère sémantique n'est pas une bibliothèque, un stock, un réservoir; elle est Flux.
La sphère sémantique, conversation infinie de milliards d'individus, exprime, selon une nouvelle technologie et une autre théologie de l’écriture, l’humanité de l’Humanité.
Réda Benkirane
Thinking an immanent God
Steven Nadler, A Book Forged in Hell:Spinoza's Scandalous Treatise and the Birth of the Secular Age, Princeton University Press, 2011.
When it appeared in 1670, Baruch Spinoza's Theological-Political Treatise was denounced as the most dangerous book ever published--"godless," "full of abominations," "a book forged in hell . . . by the devil himself." Religious and secular authorities saw it as a threat to faith, social and political harmony, and everyday morality, and its author was almost universally regarded as a religious subversive and political radical who sought to spread atheism throughout Europe. Yet Spinoza's book has contributed as much as the Declaration of Independence or Thomas Paine's Common Sense to modern liberal, secular, and democratic thinking. In A Book Forged in Hell, Steven Nadler tells the fascinating story of this extraordinary book: its radical claims and their background in the philosophical, religious, and political tensions of the Dutch Golden Age, as well as the vitriolic reaction these ideas inspired.
It is not hard to see why Spinoza's Treatise was so important or so controversial, or why the uproar it caused is one of the most significant events in European intellectual history. In the book, Spinoza became the first to argue that the Bible is not literally the word of God but rather a work of human literature; that true religion has nothing to do with theology, liturgical ceremonies, or sectarian dogma; and that religious authorities should have no role in governing a modern state. He also denied the reality of miracles and divine providence, reinterpreted the nature of prophecy, and made an eloquent plea for toleration and democracy. Chapter 1 (PDF)
Steven Nadler is the William H. Hay II Professor of Philosophy at the University of Wisconsin-Madison. His books include Rembrandt's Jews, which was a finalist for the Pulitzer Prize; Spinoza: A Life, which won the Koret Jewish Book Award; and The Best of All Possible Worlds: A Story of Philosophers, God, and Evil in the Age of Reason (Princeton).
Document-monument
Michel Foucault, L'archéologie du savoir, Gallimard, 1969.
«J'ai donc entrepris de décrire des relations entre des énoncés. (...) Je me suis décidé à ne négliger aucune forme de discontinuité, de coupure, de seuil ou de limite (...) je voudrais montrer sur des exemples précis, qu'en analysant les discours eux-mêmes, on voit se desserrer l'étreinte apparemment si forte des mots et des choses, et se dégager un ensemble de règles propres à la pratique discursive (...) Certes, les discours sont faits de signes; mais ce qu'ils font, c'est plus que d'utiliser ces signes pour désigner des choses. C'est ce plus, qui les rend irréductibles à la langue et à la parole. C'est ce «plus» qu'il faut faire apparaître et qu'il faut décrire.»
Nous Autres, sous la direction d'Erica Deuber Ziegler et Geneviève Perret, Gollion: Infolio éditions / Genève: Musée d'ethnographie, coll. tabou 1, 2005.
L'utilité sociale de l'anthropologie est sans cesse rappelée par les événements contemporains, les replis identitaires, les barbaries commises au nom d'une religion ou d'une culture, la construction sociale de soi, de l'autre et de leurs relations, la production de barrières, de rapports de forces et de hiérarchies dans et entre les sociétés, montrent qu'il y a un besoin permanent de déconstruire les stéréotypes et les croyances qui justifient et fondent les rapports entre les humains.
Article : Réda Benkirane, « La crise de l’universalisme français » (PDF)
Emission Médialogues, Radio Suisse Romande Alain Maillard, 4 mai 2011
Quels rôles les réseaux sociaux ont-ils joué dans les révolutions arabes ?
L'éclairage aujourd'hui de Reda Benkirane (entretien mené par Jacques Mouriquand).
"La boucle infotechnologique (Aljazeera-Tweeter-Facebook-Google) a synchronisé les consciences: elle a mis en réseau et en résonance différentes contestations dans différentes sociétés et à différents degrés d'évolution et de maturation "
"L'Unité arabe a échoué en tant que projet politique, mais elle est réalisée et effective dans l'univers virtuel"
Ecouter l'interview
3D: journal transdisciplinaire
L’Egypte et le monde arabe
émission 3D, journal transdisciplinaire, France Inter, Stéphane Paoli, 6 février 2011
Ecouter l’émission
Jean Marcou professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble. On lui doit notamment "L’Egypte contemporaine"(Le Cavalier bleu, 2008) et "La Turquie à l’heure européenne", avec Jean-Paul Burdy (Presses Universitaires de Grenoble, 2008)
Fabrice Balanche maître de conférences à l’Université de Lyon en géographie, et directeur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, à Lyon.
Hasni Abidi directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, à Genève.
Réda Benkirane sociologue et consultant auprès d’organisations internationales à Genève, et animateur du portail de connaissance « archipress.org ». Il est également l'auteur, entre autres, de : "Le désarroi identitaire – Jeunesse, islamité et arabité contemporaines" (Editions du Cerf, 2004).
Tribu, butin, dogme, critique de la raison arabe
Mohammed Al-Jabri, Introduction à la critique de la raison arabe, La Découverte, 1994.
Dans cet essai, Mohammed A. al-Jabri explore une voie d'accès philosophique originale à la modernité arabe. Dans la première partie de cet ouvrage, l'auteur réfute l'étroitesse des interprétations fondamentalistes, libérales ou marxistes de la tradition. Cette critique lui permet ensuite d'établir les principes d'une lecture historique objective des blocages conceptuels de la raison arabe. Dans la seconde partie, il applique sa méthode à l'histoire de la philosophie arabo-islamique du Xe au XXe siècle, dont il explore les limites et les potentialités à la lumière des luttes politico-idéologiques de l'époque. C'est dans l'Andalousie d'Ibn Hazm et d'Averroès que M. A. al-Jabri retrouve les traces d'un rationalisme arabe à la fois ouvert et enraciné. Et c'est l'héritage méthodologique de la pensée andalouse qu'on retrouvera au XIVe siècle à la source de la pensée historique novatrice d'Ibn Khaldûn. En retraçant la généalogie de sa propre modernité philosophique, ce livre offre à la pensée arabe une manière radicalement nouvelle d'assumer son rapport au passé.
Réda Benkirane, Le désarroi identitaire. Jeunesse, islamité et arabité contemporaines. Préface de Salah Stétié, Paris, Editions du Cerf, 352 pages, 2004.
« J’ai sondé, au travers d’une libre errance, les traces et repères de sociétés désormais signalées par le désordre, la jeunesse et le nombre. J’ai cherché à comprendre l’histoire de leur point de vue ; sur la ville et la guerre, la migration et l’exil, la voie et la loi, la science et le monde. »
« (...) Pourquoi, un demi-siècle après s’être émancipé du colon britannique ou français, l’individu arabe contemporain connaît-il si peu de liberté et encore le dénuement ? Pourquoi est-il prisonnier à perpétuité du culte de la personnalité de son dirigeant ? Que le chef se fasse appeler souverain supérieur (‘ahil), leader (za‘im), président (raïs), guide (qa’id), ou même frère (akh), il reste la caricature du potentat oriental. Et même après avoir renversé des monarchies de pacotille (Irak, Syrie, Libye), les régimes arabes dits « progressistes » en sont venus à instaurer leur propre dynastie familiale au pouvoir, histoire de perdurer au xxie siècle et de perpétuer l’encadrement du plus grand nombre.»
« Nous sommes fatigués de l'arbre. Nous ne devons plus croire aux arbres, aux racines ni aux radicelles, nous en avons trop souffert (...) Beaucoup de gens ont un arbre planté dans la tête, mais le cerveau lui-même est une herbe beaucoup plus qu'un arbre. (...) L'arbre impose le verbe « être », mais le rhizome a pour tissu la conjonction « et... et... et...». Il y a dans cette conjonction assez de force pour secouer et déraciner le verbe être.»
« Le nomade se distribue dans un espace lisse, il occupe, il tient cet espace, et c'est là son principe territorial. Aussi est-il faux de définir le nomade par le mouvement. Toynbee a profondément raison de suggérer que le nomade est plutôt celui qui ne bouge pas (...) est celui qui ne part pas, ne veut pas partir, s'accroche à cet espace lisse où la forêt recule, où la steppe ou le désert croissent, et invente le nomadisme comme réponse à ce défi.»
A travers ce titre L'Odyssée de la complexité emprunté au travail de Réda Benkirane, Giovanni Bellucci, pianiste italien, a voulu synthétiser le contenu qui anime le programme de son deuxième récital du cycle beethovénien intégral "Klaviersonaten und Symphonien" - une intégrale qui, d'après le pianiste, se configure comme un long voyage aux limites de l'univers pianistique beethovénien, un parcours utopique et enthousiasmant mais aussi non exempt en risques et inconnues... Le sommet de ce cycle est la sonate No 29, opus 106, dite Hammerklavier.
La Hammerklavier, No 29 fait partie des derniers projets de Ludwig van Beethoven qui l'aura composée alors qu'il était atteint d'une surdité quasi totale. Cette oeuvre représente un des monuments de la littérature pianistique et constitue une singularité majeure dans l'histoire de la musique.
L’Odyssée de la Complexité - Villa Médicis, Rome, 27 juin 2008
Concert pianistique de Giovanni Bellucci ponctué d'entretiens avec Réda Benkirane sur le thème de la Complexité
Ventiseiesima Sonata in mi bemolle maggiore, op. 81a “Das Lebewohl –Les Adieux” Adagio / Allegro – Andante espressivo – Vivacissimamente Sesta Sonata in fa maggiore, op. 10 n. 2 Allegro – Allegretto – Presto Ventinovesima Sonata in si bemolle maggiore, op. 106 “Hammerklavier” Allegro – Scherzo: Assai vivace – Adagio sostenuto – Largo / Allegro risoluto
Bruno Pinchard, Philosophie à outrance. Cinq essais de métaphysique contemporaine, E.M.E., 2010.
Dans cet ouvrage, Bruno Pinchard s'attelle à une "théorie des complexités" et poursuit son parti pris d'une invention métaphysique contemporaine. Prenant acte de la disparition d'une philosophie de l'esprit qui se définisse par rapport à l'Absolu et ne trouvant aucune raison de borner les jeux de l'intelligence au seul art commun de faire des phrases, il cherche dans des mots-concrétions : nom, masque, tarot, occultation, polyphonie, les résonances et les analogies d'une parole antérieure au discours. Il montre comment de telles rencontres tiennent curieusement tête au chaos et participent à l'édification d'un Mémorial de la splendeur. La poursuite d'un dessein métaphysique contemporain ne va pas sans de telles outrances. Après Malebranche et sa critique de la représentation, la mémoire du Pantagruélisme selon Rabelais, le Mémorial de Pascal et une certaine Mythodicée issue de Leibniz sont entraînés dans une véritable reconfiguration du paysage spéculatif, en hauteur et en profondeur. Mais cette façon de perpétuer à tout prix un regard métaphysique aurait cette conséquence imprévue : la partie contre l'absurde n'est pas toujours perdue, pourvu qu'on cesse de penser avec des idées (et les techniques auxquelles elles s'asservissent), pour se souvenir de l'excellence des noms, des rites et des dieux.
Bruno Pinchard est professeur de philosophie à l'Université de Lyon et directeur de l'Ecole doctorale Rhône-Alpes. Il est l'auteur entre autres de Méditations mythologiques (Le Seuil/Les Empêcheurs de penser en rond 2002), Heidegger et la question de l'humanisme (dir., PUF 2005) et Recherches métaphysiques, Philosophie française contemporaine (Tokyo, 2009, Nihon University Press).
Leibniz, Arnauld, Malebranche on the question of evil
Steven Nadler, The Best of All Possible Worlds: A Story of Philosophers, God, and Evil in the Age of Reason, Princeton University Press, 2010.
In the spring of 1672, German philosopher and mathematician Gottfried Wilhelm Leibniz arrived in Paris, home of France's two greatest philosopher-theologians of the period, Antoine Arnauld and Nicolas de Malebranche. The meeting of these three men represents a profoundly important moment in the history of philosophical and religious thought.
Despite their wildly different views and personalities, the three philosophers shared a single, passionate concern: resolving the problem of evil. Why is it that, in a world created by an all-powerful, all-wise, and infinitely just God, there is sin and suffering? Why do bad things happen to good people, and good things to bad people?
The Best of All Possible Worlds brings to life a debate that obsessed its participants, captivated European intellectuals, and continues to inform our ways of thinking about God, morality, and the world.
Steven Nadler is Professor of Philosophy at the University of Wisconsin-Madison. He is the author of Rembrandt's Jews, a finalist for the 2004 Pulitzer Prize, as well as Spinoza: A Life and Spinoza's Heresy.
Leibniz, La Monadologie, Principes de philosophie, 1714.
PRINCIPIA PHILOSOPHIÆ SEU THESES IN GRATIAM PRINCIPIS EUGENII CONSCRIPTÆ
Voici en un court et éblouissant traité le résumé de la pensée de Leibniz. La Monadologie est la quintessence philosophique de ses Essais de Théodicée. Or il se trouve que ces principes philosophiques permettent de dépasser l'incomplétude et les trous de la théorie actuelle de la complexité (notamment pour ce qui concerne l'émergence et l'auto-organisation). Douze années de recherche sur la complexité auprès d'auteurs et de chercheurs de tous horizons n'ont pas permis de repérer le lien manquant qui contournerait cette manifestation gênante que constitue la verticalité des propriétés et du sens entre la partie-fragment et le tout-ensemble. Cette verticalité fait que nous n'avons jamais véritablement quitté l'analyse classique tout-partie. Ce lien explicatif manquant d'une complexité fut trouvé dans l'ouvrage de Gilles Deleuze, Le pli. Leibniz et le baroque (Minuit, 1988), et bien qu'il n'ait pas traité directement de complexité (complecti) mais de multi-pli-cité. L'étape deleuzienne aura été décisive.
Cette complexité qui s'exprime dans les relations tout-partie trouve avec Leibniz et son souci du détail, de la manière et du pli une épistémologie véritablement alternative par rapport à la vision réductionniste et l'analyse classique du tout en parties. Grâce à la monadologie, on comprend mieux comment plus on creuse, plus on s'enfonce en réalité, plus la matière est marquée par la multiplicité. La matière ne se découpe pas aussi bien qu'elle se plie, replie, remplit, déploie ses plis qui "vont à l'infini".
Voici donc en l'an 2010 un éclairage philosophique qui permet de renouveler notre compréhension des rapports entre le fragment (in)signifiant et l’ensemble incommensurable, que ce soit dans les sciences du vivant, de la matière et du calcul. Leibniz, philosophe et mathématicien (co-inventeur avec Newton du calcul différentiel), est l'homme de la complétude (insan kamil). Il formule ici 90 propositions vitalistes sur le simple; autant de points de vue, perspectives sur le complexe.
Luc Steels. Intelligence artificielle, évolutive et ascendante
La cognition, l'innée et l'acquise
« Il semble possible de construire des programmes hautement complexes, équivalents en termes de performance à l’intelligence humaine pour un domaine particulier, mais ces programmes seront incapables d’intégrer l’évolution ou la nature contextuelle de l’intelligence. »
Luc Steels, When Are Robots Intelligent Autonomous Agents ?
L'IA, évolutive et ascendante Entretien avec Luc Steels, EPFL, Lausanne 1999, 55 mn.
« Nous pensons nous situer aujourd’hui à un point crucial de cette aventure, au point de départ d’une nouvelle rationalité qui n’identifie plus science et certitude, probabilité et ignorance. »
Ilya Prigogine, La Fin des certitudes.
Le prix Nobel décerné en 1977 à Ilya Prigogine pour sa découverte des structures chimiques dissipatives est venu consacrer de nombreuses années passées à cerner les multiples facettes de l’auto-organisation. Approfondissant une réflexion partie de l’étude des systèmes thermodynamiques loin de l’équilibre, hanté par le rôle du temps, le physicien et chimiste belge Ilya Prigogine est devenu l’un des philosophes majeurs de notre époque.
Un peu de temps à l'état pur Entretien avec Ilya Prigogine, Université Libre de Bruxelles, mars 1999, 32 mn.
« La biologie est beaucoup plus difficile que la physique,
mais aussi infiniment plus riche dans ses potentialités, pas
seulement pour comprendre la vie et son histoire mais aussi pour comprendre l’univers et son futur. Le passé appartient à la physique mais le futur appartient à la biologie. »
"Biology is consequently much harder than physics but also infinitely richer in its potential, not just for understanding life and its history but for understanding the universe and its future. The past belongs to physics, but the future belongs to biology."
Christopher Langton, The Third Culture
Bio-logics or Life As It Could Be Conversation with Chris Langton, Founder of Alife, EPFL, Lausanne, September 1999, 1h 12 mn.
« Développée dans les années soixante, la théorie algorithmique de l’information, dont Gregory Chaitin fut l’un des artisans avec les mathématiciens Kolmogorov et Solomonoff, détermine le degré de complexité d’un objet ou d’un énoncé mathématique en mesurant la quantité minimale d’information nécessaire pour générer cet objet ou cet énoncé mathématique. À partir de ce principe général, cette approche théorique s’est intéressée à la compression d’information et aux problèmes de calculs réalisables ou non en science informatique. Elle a par la suite été généralisée à la mesure du contenud’information des systèmes logiques formels, c’est-à-dire des ensembles d’axiomes et des théorèmes. Dans cette perspective, les théories scientifiques elles-mêmes sont considérées comme des algorithmes et des compressions d’information permettant de décrire la complexité des phénomènes naturels. La théorie algorithmique de l’information est ainsi devenue, en l’espace de trois décennies, un outil de mesure universel de la complexité. » R. Benkirane, La Complexité, vertiges et promesses. Dix-huit histoires de sciences (Pommier, 2006).
The Third Man. On (Meta)mathematics and Computation (Phone) conversation with Greg Chaitin, Mathematician and Philosopher, May 1999, 1h 28 mn.
Abdelkader Al Jazaïri (Mascara, 1808- Damas, 1883)
Ce n’est pas par nationalisme ou panarabisme qu'il faudrait approcher cette figure exceptionnelle de l’Émir, mais par universalisme. Et comme le dit Ibn ‘Arabi, le plus grand des cheikhs qui l’avait tant inspiré:
« Qui voit l’éclair surgir à l’Orient, aspire après l’Orient ; s’il éclate pour lui à l’Occident, qu’il aspire donc à l’Occident. Mon désir c’est l’éclair dans sa fulgurance et non pas l’endroit qu’il a touché. »
رأى البرقَ شرقياً، فحنَّ إلى الشرق، و لو لاحَ غربياً لحنَّ إلى الغربِ فإنّ غرامي بالبُرَيْق و لمحِهِ و ليسَ غرامي بالأماكِن و الترْبِ
C’est la fulgurance de l’Homme et tout ce qu’il a éclairé sur son passage qui importent. Au-delà de la dimension nationale de l’Émir – dimension fondamentale qui a enfanté la lignée des leaders de la Révolution algérienne et sa modernité pour les peuples du Sud –, il reste une des plus hautes figures – bien que largement méconnue – de l’humanité. Sa vie, ses actes, son œuvre feront l’objet de nombreuses relectures à venir. C’est une figure exemplaire de combat et de résistance mais aussi un être archétypal de réconciliation entre les peuples, entre les confessions religieuses.
L’Émir n’est pas une ombre mythique ou mystique, il est une figure somme toute proche de nous; il a assisté à la montée de la civilisation de la machine, du nombre et du quantum. Son courage dans la guerre, son sens de l’action, son intelligence et son goût du savoir pourraient inspirer ces êtres libres (les Ahrars) qui cherchent à se dégager des marécages mentaux dans lesquels, hélas, nous n'en finissons pas de nous ébattre et de nous enfoncer. L'attitude de l'Emir face à l’adversité et à l’altérité, sa compréhension de la réalité et la manière dont il a dans ses actes et sa pensée liquidé le dilemme du conflit entre le neuf et l’ancien, le matériel et l’immatériel, le visible et l’invisible peuvent éclairer nos possibilités de devenir et nous sortir – alors qu'enfoncés dans la gueule du Monstre, nous nous croyons le phare de l’Humanité – du cul-de-sac métaphysique dans lequel nous nous sommes enferrés.
Ibn Tufayl, Le philosophe autodidacte (Hayy bin Yaqdan), traduction de l’arabe par Léon Gauthier, revue par Séverine Auffret et Ghassan Ferzli et postface de Séverine Auffret, Mille et une nuits, 1999.
Véritable roman philosophique, dont la forme préfigure Gracián, Voltaire et Diderot, l'ouvrage relate la « formation » d'un homme isolé sur une île déserte. Hayy, le héros solitaire, mi-Robinson mi-Tarzan, part à la conquête de lui-même et du monde, et ses aventures nourrissent une réflexion sur les rapports de la nature et de la culture, de la civilisation et de la vie « sauvage ». Le philosophe arabe Ibn Tufayl (1100-1181) fut le maître d'Averroès. Son œuvre mêle la tradition mystique et le rationalisme, illustrant parfaitement la situation de l'Andalousie médiévale, carrefour entre Orient et Occident, entre Antiquité et modernité.
"Elle semble excentrée de ma personne par une dictée supérieure. C’est ainsi que les musulmans la sentent. Or je fais miennes leurs attitudes quand j’étudie leur Livre, tout en gardant la distance propre (...)
Je me mets dans leur tunique, ataqammaçu, dirait l’arabe, en restant moi-même. Comment est-ce possible ? Sympathie ? empathy ? Max Weber a démêlé ces ambiguïtés. Moi, ce que je constate, c’est que cette fusion passagère fortifie en moi tout ensemble l’identique et le différent."
L'homme-sage du tissage et du métissage (PDF) par Réda Benkirane, Bledmag, Casablanca, Hors-série No 4, février 2010.
En relisant le Coran (PDF) étude exégétique de Jacques Berque parue dans Le Coran, essai de traduction de l'arabe, Albin Michel, 1995 (1ère édition Sindbad, 1990).
Taïeb Benkirane. Un soufi marocain du XVIIIe siècle
La vision soufie du cheikh Taïeb Benkirane (1758/59-1812/13)
Présentation d'Abdelwahab Al Filali, édition commentée et annotée de Mustapha Al Hakim. Dar al-kotob al-ilmiyah, Beyrouth, 2007.
الرؤية الصوفية عند الشيخ الطيب بن كيران عقد نفائس اللآل في تحريك الهمم العوال إلى السمو إلى مراتب الكمال تقديم: عبد الوهاب الفيلالي دراسة و تحقيق: مصطفى الحكيم
كتاب في قسمين القسم الأول: يسلط الضوء على شيخ جليل من شيوخ الصوفيةألا وهو الشيخ العلامة الطيب بن كيران فتناول سيرة حياته ومسيرته العلميةوالنفس الصوفي في فكره وما امتاز به عن غيره من المشايخ والقسم الثاني : تناول فيه المؤلف تحقيق كتاب. (عقد نفائس اللآل في تحريكالهمم العوال الى السمو الى مراتب الكمال)