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Les archéobactéries seraient les ancêtres des plantes, des animaux... et de l’Homme!

 Par W. Ford Doolittle

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Y a-t-il une vie sous la vie,
cachée dans les entrailles de la Terre?

Il existe, très profond dans la Terre, de nouvelles formes de vie microbienne dont l’abondance est telle, que certains scientifiques commencent à se demander si notre planète ne cache pas dans ses entrailles une biosphère de masse totale égale ou supérieure à celle de la biosphère de surface. Si une telle biosphère profonde existait , disent ces scientifiques, il faudrait récrire nos théories sur les origines de la vie. Beaucoup de leurs collègues affichent cependant leur scepticisme, même s’ils trouvent la thèse suffisamment intrigante pour que l’on multiplie les études sur le monde souterrain.

Des microbes qui se nourrissent de la chaleur de la Terre
Ce qui est extraordinaires chez ces "nouveaux" microbes est qu’ils se développent à des températures mortelles pour toutes les autres formes de vie: 110 degrés Centigrade, par exemple, voire 370 degrés Centigrade pour des périodes brèves. Alors que la plupart des microbes terrestres meurent avant que la température n’atteigne100 degrés Centigrade.

On a découvert de ces microbes hyperthermophiles dans des sources chaudes, des cratères de volcans en activité, des conduits sous le fond des océans, et, plus récemment, dans des nappes de pétrole profondes. Certains scientifiques disent que ces microbes pourraient être omniprésents dans les premiers kilomètres de la croûte terrestre, tapis dans les pores emplis de fluides, dans les craquelures et les interstices des roches, se nourrissant d’éléments chimiques souterrains et se réchauffant à la chaleur de la Terre. Leur habitat principal se situerait cependant sous les continents et dans les fosses océaniques, où ils se nourriraient d’aliments charriés par les flux lents de pétrole et d’eaux profondes. Ils fonctionneraient grâce à l’énergie interne de la Terre, par opposition aux organismes de surface, qui reçoivent généralement leur énergie de la lumière du Soleil, par le biais de la photosynthèse.

Bien à l’abri des tempêtes de surface
Pour Norman R. Pace, biologiste à l’Université de l’Indiana, "il y a sous nos pieds, potentiellement, une énorme quantité de biomasse. Mais l’on ignore quelle est sa profondeur, sa température, et combien il y en a. En tout cas, chaque fois que les conditions chimiques sont adéquates, la vie surgit."

John A. Baross, biologiste à l’Université de Washington, à Seattle, pense lui aussi que la biosphère profonde existe et même qu’elle est le lieu où est née la vie, parce qu’il se trouvait à l’abri des bombardements de météorites et des radiations qui, à l’époque où la Terre s’est formée, rendaient sa surface absolument invivable.

La découverte d’une biosphère profonde, disent les scientifiques, suggérerait que des agents biologiques ont participé à la formation du pétrole et du gaz, et contribué à concentrer dans la croûte terrestre des métaux rares tels que l’or, l’argent et le platine. La biosphère profonde, si elle existe, pourrait être par ailleurs, pour l’industrie biotechnologique, une réserve inépuisable de biodiversité génétique.

Oui, mais reste à savoir si c’est vrai...
Certains scientifiques tempèrent cependant cet enthousiasme. Holger W. Jannasch, microbiologiste expérimental à la Woods Hole Oceanographic Institution, à Cape Cod, dans le Massachusetts estime par exemple que l’on ne dispose pas d’observations assez nombreuses pour pouvoir affirmer qu’une biosphère profonde existe. Il faudrait, pour que j’en sois convaincu, dit-il, que les microbes souterrains soient capables de supporter des températures bien plus élevées encore que celles qu’ils semblent aujourd’hui capables de supporter.

William J. Broad, © New York Times Service.

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© paru dans Le Temps stratégique, No 67, décembre 1995.


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