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DOSSIERS EN LIGNE
Des
ordinateurs presque vivants
La
fin des grandes chaînes TV
Spécial
prévisions
ADDENDA
A
propos de nos ondes cérébrales
Le
Chaos ou le sens
du désordre
Notre
cerveau et ses dépendances
Voyez
les neurones
sauto-organiser
et
devenir intelligentes
Voyez
les turbulences
du
cerveau apparaître
sur
les
électroencéphalogrammes
Au
fait, comment
ce
chaos neuronal
nous
permet-il de penser,
de
voir, de comprendre?
Un
voyage aux
limites
extrêmes
de
la science
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Agnessa Baloyantz,
docteur en sciences chimiques, agrégée de la Faculté
et professeur, fait partie du Centre de recherche sur les phénomènes
non linéaires et les systèmes complexes (Centre
for Non-Linear Phenomena and Complex Systems) de lUniversité
Libre de Bruxelles.
Pour comprendre la manière dont
fonctionne un système macroscopique, on se contentait,
jusqu'à une époque récente, de le décomposer
en ses micro-éléments, plus faciles à analyser.
Ce nest donc pas un hasard si les grandes découvertes
scientifiques de ce siècle ont porté sur l'atome
et ses particules élémentaires, sur les cellules
biologiques et leurs structures microscopiques, enfin sur la
molécule dADN (ou acide désoxyribonucléique),
support de l'hérédité.
Mais cette manière de "réduire"
la réalité à ses éléments
les plus simples a fini par montrer ses limites. Chaque jour,
désormais, on découvre de nouveaux phénomènes
physiques ou chimiques les turbulences aérodynamiques
ou les réactions chimiques oscillantes par exemple
mais aussi biologiques, écologiques, météorologiques
ou économiques, que lon ne peut comprendre par l'analyse
des seuls éléments qui les constituent [On lira,
à ce propos, "Et si les prévisions du temps
étaient impossibles par principe?", par René
Chaboud, dans "Le Temps stratégique" No 25 de
lété 1988]. Pour comprendre ces phénomènes,
on doit impérativement étudier leur "comportement
d'ensemble".
Une théorie développée
dans les années 1950 suggère que la matière
inerte tend à "s'auto-organiser", et que la
vie elle-même serait issue de matière inerte qui
se serait ainsi auto-organisée, comme que j'ai essayé
de le montrer dans mon ouvrage Molecules dynamics and life.
An introduction to self-organization of matter, Londres,
Wiley, 1986. Les molécules ou les êtres vivants
faisant partie d'un ensemble seraient donc condamnés à
interagir, à "coopérer". Cette "coopération"
produirait des propriétés collectives nouvelles
dépassant la simple addition des propriétés
individuelles. [On lira, sur un thème proche, l'article
de Jean-Louis Deneubourg: "Individuellement les insectes
sont bêtes, collectivement ils sont intelligents...",
dans "Le Temps stratégique" No 65 de septembre
1995].
La question que nous nous posons, dans
nos recherches actuelles, est de savoir si les principes sous-jacents
aux phénomènes d'auto-organisation de la manière
inerte permettraient d'expliquer mieux que cela n'a été
le cas jusqu'ici la manière dont fonctionne le cerveau
humain.
La question est difficile, parce que située
sur ce que je crois être la frontière extrême
de la science, et ce pour deux raisons.
La première est que sur notre planète
le cerveau est le système le plus complexe que l'on connaisse
- ce qui promet!
La seconde est que nous ne pouvons comprendre
le cerveau qu'avec notre cerveau, une démarche circulaire
problématique. Jusqu'ici, en effet, les scientifiques,
grâce à leur cerveau, et grâce surtout à
la logique et aux mathématiques produits par ce cerveau,
"comprenaient" des phénomènes naturels
extérieurs au cerveau. Ils peuvent parfaitement faire
de même avec le cerveau, s'ils se limitent à le
considérer comme un ensemble de tissus cellulaires et
étudient, par exemple, de quelle manière, chimique
et électrique, ces tissus communiquent entre eux. En revanche
s'ils veulent savoir comment cet amas cellulaire permet à
l'être humain de "voir", d'"entendre"
et de "comprendre", s'ils veulent découvrir
de quelle manière les lois ordinaires de la chimie et
de la physique gouvernent le fonctionnement du psychisme humain,
il risquent de se heurter au problème méthodologique
de démarche circulaire évoqué plus haut.
Pour ce qui nous concerne, nous fondons
nos recherches actuelles sur l'hypothèse simple que les
phénomènes psychologiques et cognitifs [cognitifs:
ayant trait à la capacité de connaître] sont
le résultat de processus physiques et chimiques se déroulant
dans le cerveau. Cette hypothèse paraît "tenir
la route" en l'état actuel des connaissances; cest
la seule que je considérerai dans cet article.
Nous posons ensuite une seconde hypothèse:
que les activités cérébrales (psychologiques
et cognitives) sont des propriétés nouvelles surgissant
de l'auto-organisation des divers ensembles de neurones du cortex
cérébral. Nous avons démontré que
l'activité des neurones elles-mêmes découle
de l'auto-organisation de courants ioniques circulant entre elles
ou des ions qu'elles échangent [ions: atomes portant une
charge électrique, positive ou négative]. Pour
simplifier l'explication, je ne considérerai cependant
ici les propriétés auto-organisatrices que des
seules neurones.
Les études de l'activité
cérébrale humaine pourraient, à terme, ouvrir
des portes psychiques nouvelles et entraîner des conséquences
socioculturelles incalculables. Mais si elles connaissent un
tel essor, aujourd'hui, c'est quau-delà de leur
intérêt scientifique pur, elles font espérer
aux industriels des retombées majeures, le développement
notamment de robots autonomes et "intelligents", la
création de nouveaux ordinateurs, ou encore de "réseaux
de neurones" plus performants, inspirés du fonctionnement
en parallèle des différentes régions du
cerveau. Il suffit, pour le comprendre, de comparer le fonctionnement
des ordinateurs les plus modernes avec ce que l'on sait aujourd'hui
du fonctionnement du cerveau humain.
Alors que les ordinateurs calculent à
l'aide d'algorithmes [ensemble des règles opératoires
nécessaires à un calcul] et sont de ce fait très
vulnérables aux erreurs introduites en cours de processus,
le cerveau, lui, est beaucoup moins vulnérable. Pour la
simple raison quil est constitué d'un ensemble de
systèmes interconnectés, procédant indépendamment
au traitement de linformation, de façon certes très
peu flexible, mais, de ce fait même, très spécifique
et très efficace. Les systèmes cérébraux
les plus connus sont les cortex visuel, cortex moteur, cortex
auditif, auxquels il faut ajouter de nombreuses autres régions
corticales douées de fonctions spécifiques. Il
est intéressant de noter que ces cortex, doués
de propriétés différentes, sont pourtant
constitués de neurones identiques.
Autre différence: alors que la taille
des ordinateurs est théoriquement illimitée, le
volume du cerveau des mammifères, lui, est limité
par les dimensions de la région pelvienne des femelles
leur donnant naissance. Cest pourquoi l'être humain,
malgré sa longue évolution, doit se contenter d'un
volume cérébral moyen de 1.5 litre. En dépit
de ce handicap, les connexions entre ses neurones atteignent
une longueur totale de quelque 100 millions de mètres.
Troisième différence enfin:
le cerveau humain consomme beaucoup moins d'énergie que
l'ordinateur. Pour effectuer une opération élémentaire,
un neurone utilise 10-15 joules, un ordinateur moderne 10-7 joules, soit 100 millions
de fois plus.
Bref, le cerveau humain calcule de manière
plus fiable, plus efficace et plus économique que l'ordinateur
le plus rapide.
Anatomiquement, le cerveau est constitués
de neurones, cellules dont la caractéristique est d'avoir
une longue queue, l'axon, et de nombreuses arborescences, les
dendrites -doù l'aspect enchevêtré
du tissu des cortex. Cet enchevêtrement permet un nombre
extraordinairement élevé de connexions: de 1000
à 100'000 par neurone. Il faut savoir en outre que les
mêmes neurones se retrouvent à la fois dans des
couches, dans des colonnes et dans des amas appelés noyaux.
Ces couches, colonnes et amas sont doués chacun de fonctions
spécifiques. Les neurones communiquent entre elles par
le biais de processus physico-chimiques et l'échange d'ions
chargés électriquement.
Lorsque l'on veut connaître l'activité
électrique générale dun cerveau, on
mesure (sur le cuir chevelu du sujet ordinairement) le signal
qu'il émet. Ce signal, très faible, présente
une amplitude ne dépassant guère quelques dizaines
de millivolts (µV); on enregistre sa trace graphique sur
un électroencéphalogramme (EEG).
Les électroencéphalogrammes
servent depuis longtemps d'instrument de diagnostic, lorsquil
sagit dévaluer notamment les troubles du sommeil,
mais depuis quelques années notre groupe de recherche
les étudie dans une autre optique, avec les outils conceptuels
de la "dynamique non linéaire", et plus spécialement
ceux de la "théorie du chaos".
Pour la bonne compréhension des
choses, il faut que je fasse ici deux digressions: l'une pour
évoquer les postulats de la théorie du chaos, l'autre
pour rappeler les principaux rythmes électroencéphalographies de l'être humain, qui sont l'expression du chaos déterministe
de ses neurones.
Jusqu'au milieu de ce siècle, on
distinguait deux types de phénomènes naturels.
D'un côté, les phénomènes aléatoires,
qui sont par conséquent imprévisibles, de l'autre,
les phénomènes obéissant à une loi
déterministe, qui de ce fait sont prévisibles.
Dailleurs, on estimait que la plupart des phénomènes
physiques (le mouvement du balancier d'une pendule, par exemple)
obéissaient à une loi déterministe. Connaissant
leurs conditions initiales de ces phénomènes (dans
lexemple: la vitesse et la position du balancier) on pouvait
prédire leur comportement futur.
Or, il y a quelques années, on a
pu démontrer qu'une légère modification
des conditions initiales dun système décrit
par des lois déterministes peut suffire à rendre
parfaitement imprévisible son comportement. On dit de
ces systèmes sensibles aux conditions initiales qu'ils
sont "chaotiques".
Très vite on se rendit compte que
ces systèmes chaotiques, malgré leur apparence
aléatoire, obéissent à un pseudo-ordre.
Les grandeurs qui les définissent, loin de varier dans
le temps de manière absolument aléatoire et illimitée,
apparaissent en effet confinées, tenues en laisse, maîtrisées,
par un élément d'ordre, appelé "attracteur
étrange". La présence d'un attracteur étrange
caractérise donc ce que l'on en est venu à appeler
le "chaos déterministe".
Ces systèmes sont donc à
la fois aléatoires et déterminés, ce qui
n'est pas une mince contradiction. Ils peuvent par ailleurs renfermer
en eux-mêmes une infinité de mouvements périodiques
instables de fréquences différentes. A telle enseigne
que même des systèmes chaotiques simples, ne comportant
que trois grandeurs (par exemple le "modèle de Lorenz",
décrivant les turbulences atmosphériques), peuvent
développer une variété infinie de comportements
ce qui les rend diablement utiles lorsque lon veut
décrire des processus biologiques ou cognitifs, eux aussi
chaotiques.
Le chaos, dailleurs, naffecte
pas les systèmes seulement dans leur développement
temporel, mais aussi dans leur étendue spatiale, des phénomènes
cohérents entre eux se produisant au même moment
à différents endroits d'un même système.
On parle alors de chaos spatio-temporel. [Lire aussi larticle
de James Gleick, "Le chaos troisième révolution
scientifique du siècle", dans "Le Temps stratégique"
No 28 du printemps 1989).
Quelques mots maintenant pour rappeler
les principaux rythmes encéphalographiques de l'être
humain, que notre équipe de recherche a analysé
avec les nouveaux outils de la théorie du chaos déterministe.
On en distingue quatre, en gros.
Le rythme d'éveil, souvent appelé rythme bêta (oscillations
de fréquence relativement hautes, de 15 à 40 Hz,
amplitude basse, de 10 à 30 µV), qui se manifeste
lorsque le sujet est attentif et a les yeux ouverts. Dès
que le sujet ferme les yeux, les oscillations prennent la forme
de "fuseaux", de 8 à 12 Hz, et l'amplitude croît
jusqu'à 50 ou 100 µV, principalement dans la région
occipitale; on parle alors de rythme alpha.
Le rythme de sommeil. La nuit, le sommeil d'un sujet normal se subdivise
en plusieurs cycles de 60 à 90 minutes, qui se décomposent
eux-mêmes en sommeil lent, puis en sommeil paradoxal (
REM, pour Rapid-Eye-Movement ou mouvements oculaires rapides),
lequel finit par devenir dominant. Au cours du sommeil paradoxal,
le sujet rêve beaucoup, son tonus musculaire diminue et
son électroencéphalogramme présente des
caractéristiques proches de celles de l'éveil actif.
Le sommeil lent est divisé
lui-même en quatre stades. Le premier, qui succède
directement à l'état d'éveil, est un stade
de transition. Le deuxième, qui marque véritablement
l'entrée dans le sommeil lent, présente à
l'électroencéphalogramme des ondes lentes (10-14
Hz), d'amplitude moyenne, et de courte durée (d'une demi-seconde
à deux secondes). Le troisième stade marque l'entrée
dans le sommeil profond: les ondes, appelées delta,
sont de plus en plus lentes (0.5 à 3 Hz) et de grande
amplitude (jusqu'à 200 µV). Le quatrième
stade est caractérisé par une abondance d'ondes
delta. Le sommeil profond produit donc une activité électrique
très importante, mais dont la nature diffère grandement
de l'activité électrique produite par l'état
d'éveil. Je montrerai plus loin que les hautes amplitudes
du sommeil profond sont associées à une synchronisation
des neurones, raison pour laquelle on dit que le sommeil profond
est synchronisé, par opposition au sommeil paradoxal (REM),
désynchronisé.
Il va sans dire que les pathologies cérébrales
produisent des électroencéphalogrammes particuliers.
Le "petit-mal", par exemple, une forme d'épilepsie
généralisée apparaissant dans l'enfance
et disparaissant en général à la puberté,
provoque des convulsions de courte durée, lesquelles se
signalent dans l'électroencéphalogramme par des
oscillations régulières, généralisées
et de grande amplitude, appelées "complexes pointes-ondes".
La maladie de Creutzfeldt-Jacob, aujourd'hui très médiatisée,
se signale elle aussi, mais à son stade terminal, par
des oscillations de grande amplitude.
En étudiant les électroencéphalogrammes
avec les outils de la théorie du chaos, nous avons pu
montrer que les différents rythmes du cerveau humain obéissent
aux "lois" du chaos temporel. Que lactivité
du cortex, notamment, devient de plus en plus cohérente
à mesure que le sujet séloigne de létat
déveil. Et que l'activité densemble
des neurones atteint une cohérence plus grande encore
dans le sommeil profond, et maximale dans le "petit-mal"
épileptique et la maladie de Creutzfeldt-Jacob, mentionnés
plus haut.
En nous fondant sur ce que nous savons
actuellement du cerveau et à partir d'électroencéphalogrammes
reflétant la moyenne dactivité de millions
de neurones, nous avons donc construit des modèles simples
qui nous ont permis de démontrer que lactivité
du cortex obéit aux "lois" du chaos spatio-temporel.
A ce point, une question se pose évidemment:
comment l'être humain peut-il voir, entendre, mémoriser
ou raisonner grâce à une dynamique cérébrale
de type chaos déterministe?
Pour donner une première réponse,
toute partielle, à cette question centrale, nous avons
commencé récemment à nous pencher sur le
phénomène de lattention, qui est lun
des phénomènes fondamentaux du processus cognitif.
Aucune expérience sensorielle nest en effet possible
tant que nous ne sommes pas attentifs au flux dinformations
qui s'abat sur nous. Nous pouvons fixer une scène champêtre
du regard sans rien voir, ou être entourés de bruits
ambiants sans rien entendre. Le paysage et les sons trouvent
leur signification seulement lorsque nous devenons attentifs.
L'événement qui nous fait
passer de létat dinattention à celui
dattention a parfois un contenu informationnel très
faible: un mouvement suspect dans la scène champêtre,
ou la voix dune amie, quelque part, très loin, à
l'autre bout du salon où est offerte une réception
animée. Dès que nous sommes attentifs, en revanche,
notre cerveau devient capable dévaluer et danalyser
le flux d'informations qui nous vient de notre environnement.
Pour étudier ce phénomène
d'attention, nous avons construit un modèle simple, à
laide de neurones électroniques élémentaires
et en ne retenant du cortex cérébral, dont la complexité
est extrême, que quelques éléments-clé:
sa structuration en couches multiples (ramenée à
deux dans le modèle) et lexistence dune dynamique
de type chaos spatio-temporel dans chacune de ces couches. Dans
notre modèle, des oscillateurs réguliers jouent
le rôle de neurones; interconnectés, ils donnent
naissance à un chaos spatio-temporel. La première
couche du modèle fixe l'attention; l'information du monde
extérieur arrive au niveau des liens entre les deux couches
et, une fois traitée, se lit (se mesure) sur la deuxième
couche (appelée "couche de sortie") sous forme
de fréquences et d'amplitudes variées. Si, au cours
de l'expérience, la couche d'"attention" n'est
pas activée, elle reste chaotique, de même d'ailleurs
que la "couche de sortie", avec pour conséquence,
alors, que les différentes informations arrivant dans
le cortex restent embrouillées et indistinctes.
Comme je lai expliqué plus
haut, un chaos spatio-temporel renferme en lui-même une
infinité doscillations, régulières
et instables, qui peuvent être stabilisées par de
faibles changements de conditions. Nous donnons alors à
la première couche de notre modèle un influx sensoriel
(cest-à-dire électrique) très faible,
qui lentraîne dans une dynamique doscillations
régulières. Le système est alors "attentif",
car dans cet état, et dans cet état seulement,
il est capable de percevoir les objets statiques ou mobiles qui
lui sont présentés, de distinguer leurs formes,
de repérer leur mouvement et dévaluer leur
vitesse.
C'est ainsi qu'en nous fondant sur les
théories de lauto-organisation de la matière
inerte et du chaos déterministe, et sur les résultats
de mesures électroencéphalogrammiques, nous avons
pu développer une théorie cohérente de létat
dattention et entreprendre de la vérifier. Cette
théorie nous amène à prédire que
lattention découle de lactivité régulière
de lune des couches du cortex la quatrième,
si lon en croit certaines de nos expériences récentes.
Ce nest là, bien sûr,
quun tout premier pas dans la compréhension des
modes de fonctionnement du cerveau, mais sur une piste qui nous
paraît extraordinairement prometteuse.
Premièrement, parce que la théorie
qui sous-tend cette compréhension est fondée non
pas, comme dans la construction de réseaux de neurones,
sur des algorithmes difficilement applicables au cerveau humain,
mais sur les données dynamiques que les encéphalogrammes
mettent en évidence.
Deuxièmement, parce que cette théorie
permet d'expliquer aisément la raison pour laquelle nous
ne pouvons fixer longuement des yeux un même objet: l'état
attentif, en raison de sa nature chaotique, tend à être
intermittent ou de courte durée.
Troisièmement, parce que cette théorie
permet d'expliquer les capacités infinies du cerveau humain.
Le chaos spatio-temporel produit par le cerveau contient en effet
en son sein, on l'a vu plus haut, une infinité de mouvements
périodiques instables de fréquence différente,
et offre donc des possibilités d'ajustements, de mises
au point et de rodages infinies.
© Le
Temps stratégique, No 73, Genève, Décembre 1996.le.temps@edipresse.ch
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