Quelques éclaircissements nécessaires
sur l'analyse de système
et ses aspects un peu magiques


La démarche du "tablier des pouvoirs" se rattache à celle, plus générale de l'analyse de système. Mais attention! Ne pas confondre la théorie des systèmes et l'analyse de système...

· La théorie des systèmes est une démarche globaliste et épistémologique, visant à identifier les grands invariants conceptuels dans les diverses disciplines scientifiques. Par exemple, il y a de nombreuses analogies entre les équations thermodynamiques des gaz parfaits et le comportement des agents socio-économiques d'un marché; la théorie de l'information a bien des points communs avec les lois de la mécanique des fluides et de l'électricité, il n'y a pas si loin entre la cinétique chimique et la diffusion du progrès scientifique, etc. Le Père Fondateur de la théorie des systèmes est le regretté Ludwig von Bestalanffy, héritier des cercles de pensée de la Vienne d'avant l'Anschluss. Il fonda avec Rapoport, Ackoff, Ashby Stafford Beer, Boulding et bien d'autres une école de pensée "holiste" aux États-Unis (de holos: le tout ...)

· L'analyse de système(s) est, en revanche, un outil d'aide à la décision ayant pour but de modéliser des situations complexes et interactives. L'analyse de système s'efforce de rendre compte des relations qui existent entre éléments d'un même ensemble isolable dénommé système. Elle se caractérise par le mélange du quantitatif (mesurable) et du qualitatif (c'est-à-dire des valeurs subjectives qui servent à apprécier et mesurer). En cela, l'analyse de système n'est pas une technique scientifique puisqu'elle dépend étroitement de ceux qui la mettent en oeuvre et des valeurs et opinions auxquelles ils se réfèrent. Elle est donc considérée avec méfiance, voire dédain, par les scientifiques orthodoxes. Elle constitue pour la raison symétrique un outil particulièrement bien adapté à l'analyse politique, c'est-à-dire à l'analyse des rapports de force entre hommes ou institutions.

Ni queue ni tête, ni cause ni effet
L'analyse de système privilégie l'étude des boucles de réaction (ou feedbacks: l'élément A agit sur l'élément B, qui lui-même réagit sur l'élément C, etc., le dernier élément modifié agissant en définitive sur le premier élément A). Cette étude des mécanismes en chaîne fermée permet de comprendre les plages de stabilité des systèmes et les conditions qui permettraient de les détruire. Par exemple, les citoyens acceptent de payer l'impôt jusqu'aux limites du supportable. Au-delà, ils se révoltent et tentent de détruire le système qui les assujettit. A trop vouloir tondre le mouton, on finit par l'écorcher.

Dans une boucle de réaction, il n'y a ni commencement ni fin, ni cause ni effet. Il est donc bien difficile de définir un équilibre optimal puisque les références qui permettraient de l'établir sont elles-mêmes influencées par les phénomènes qu'elles sont sensées régenter.

Par rapport aux approches rationnelles et scientifiques traditionnelles, l'analyse de système est beaucoup moins réductionniste. Elle inclut tout ce que l'observation et l'expérience paraissent devoir retenir sans se préoccuper de la pertinence a priori des éléments retenus. La magie n'est pas trop éloignée d'une telle attitude.

Trois chambres dans la maison du père
Trois grandes familles d'analyse de système peuvent être distinguées:

· L'analyse des données dont la technique la plus populaire est l'analyse factorielle des correspondances qui fait coïncider des données objectives (par exemple des individus Monsieur X, Mademoiselle Y, etc.) avec des données subjectives (leur opinion politique, leur mode de consommation, leurs valeurs morales et religieuses, etc.)

· L'analyse structurelle qui cherche à établir l'architecture générale d'un système en étudiant directement les relations entre ses éléments. Le tablier des pouvoirs est l'une des formes d'une telle démarche.

· La dynamique de systèmes qui étend au domaine des sciences humaines les règles de la cybernétique mises au point durant les années quarante et cinquante pour l'aérospatial, l'électronique, les systèmes d'armes. L'application la plus célèbre de la dynamique de systèmes fut le rapport du Club de Rome qui au début des années soixante-dix, fit frémir bien des consciences éclairées.

Une institution internationale, l'IIASA (International Institute for Applied System Analysis) se consacre à Laxenburg, près de Vienne (Autriche), à des réflexions et études dans ces domaines. On se souviendra d'ailleurs d'avoir lu, dans "Le Temps stratégique" N° 16, une étude d'un chercheur de l'IIASA, Cesare Marchetti, Automobiles dans dix ans ce sera la saturation!

Pour en savoir plus
General System Theory
, par Ludwig von Bertalanffy. New York, George Braziller, 1968.
Sur l'analyse de système, par P. F. Tenière-Buchot. In: Futuribles, N°20, Paris, février 1979, article qui renvoie à de très nombreuses autres références.

ARTICLE

Sans rougir jouez les Machiavel

ADDENDA

Le Prince doit savoir renier ses promesses
Éclaircissements nécessaires sur l'analyse de système
Sur le tablier des pouvoirs
Se situer dans le jeu du pouvoir
Bibliographie

 

© Le Temps stratégique, No 23 ,Genève, hiver 1987-1988. le.temps@edipresse.ch

© @rchipress 1999

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