Articles de presse

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Le Monde

La complexité, une discipline

Le Monde, 7 mars 2003

En présentant leurs disciplines, dix-huit chercheurs en dégagent les enjeux épistémologiques et philosophiques.

LA COMPLEXITÉ, VERTIGES ET PROMESSES 18 histoires de sciences de Réda Benkirane. Ed. Le Pommier, 420 p., 27 €.
LA PHILOSOPHIE DES SCIENCES de Ferdinand Alquié. Ed. de la Table ronde, 166 p., 7 €.

Sociologue, Réda Benkirane réunit une série d’entretiens avec des scientifiques – informaticiens, biologistes, mathématiciens – concernés par la notion de complexité. Edgar Morin est le premier de ses dix-huit interlocuteurs. Ses réponses, nourries de ses écrits transdisciplinaires sur la complexité, dessinent le cadre de ces entretiens. La complexité se définit par ses sources, ses principes et son objectif. Issue de la cybernétique et des théories de l’auto-organisation, elle se caractérise par la prise en compte de la nature multidimensionnelle des problèmes et poursuit « la vision la moins mutilée possible de la réalité ». Le refus du morcellement des problèmes fondamentaux entre les différentes disciplines porte au rapprochement des cultures littéraire et scientifique et au dialogue entre les sciences et la philosophie.

ImageL’audace spéculative de certains chercheurs, qui brisent allégrement les découpages disciplinaires traditionnels, sollicite directement les philosophes. Les travaux d’Ilya Prigogine, interrogé ici à partir de son livre La Fin des certitudes, posent à nouveaux frais la question du temps et de la liberté et ont été abondamment commentés. Les recherches sur la vie artificielle troublent la distinction du vivant et de l’inanimé, celles sur l’intelligence artificielle ne sont pas sans incidences sur l’anthropologie philosophique : qu’est-ce que l’homme si des machines deviennent capables d’apprendre et d’effectuer des tâches tenues autrefois pour spécifiquement humaines ?

D’autres questions portent sur les incidences des nouvelles technologies de l’information sur la vie des communautés. Les nouvelles formes de connectivité annoncent-elles l’ère de la fraternité universelle ou du contrôle généralisé des communications privées ?

Les nouveaux scientifiques n’adoptent pas une attitude commune à l’égard de ces interrogations philosophiques. Certains, comme Ilya Prigogine, s’engagent explicitement dans le domaine de la philosophie et apportent, au nom de la science, des réponses inédites aux problèmes traditionnels. D’autres, comme Neil Gershenfeld, professeur au Massachusetts Institute of Technology, ou comme Christopher Langton, fondateur de la vie artificielle, déploient des intuitions originales dont les incidences philosophiques sont difficiles à établir. Dans l’ensemble, la démarche de ces chercheurs est plus prospective que réflexive. Tournés vers l’avenir, ils osent des rapprochements entre des phénomènes que le sens commun distingue, inventent des métaphores dont la portée est délicate à apprécier.

A l’exception de Jean-Louis Deneubourg, spécialiste des sociétés animales, aucun ne fait référence à l’histoire des sciences, et presque tous sont soutenus par la conviction de vivre un tournant décisif. Le village des chercheurs surprend parfois les visiteurs. Les informaticiens et les mathématiciens partagent des souvenirs communs, et donnent un sens nouveau aux mots de la tribu. Michel Serres, dans le dernier entretien du volume, bouscule la nouvelle vulgate en affirmant que « le mot complexité est mal choisi. C’est, je crois, un faux concept philosophique ».

TOUR D’IVOIRE

Les enjeux épistémologiques et philosophiques des nouvelles disciplines scientifiques, en particulier les neurosciences cognitives, ne sont pas encore pleinement appréciés. La fécondité conceptuelle de certains chercheurs fascine et inquiète les philosophes. Dubitatifs, peu préparés aux échanges interdisciplinaires, les philosophes peuvent stigmatiser l’usage immodéré des métaphores, déplorer des approximations notionnelles et se retirer dans leur tour d’ivoire. Leur situation n’est pas sans rappeler celle que connurent leurs aînés dans les années 1930.

En 1934 Ferdinand Alquié, publiait la matière, aujourd’hui rééditée, d’un élégant petit manuel de philosophie des sciences. Il exposait que les mathématiques constituent pour la physique un simple langage, que la connaissance commune et la connaissance scientifique ne s’opposent pas, que l’une et l’autre, tournées vers les objets, méconnaissent l’esprit dont elles manifestent pourtant l’activité, comme il appartient à la philosophie de le rappeler.

La même année, Gaston Bachelard, attentif aux progrès contemporains des sciences physiques et chimiques, périmait brutalement, dans Le Nouvel Esprit scientifique, cette représentation de la science destinée à asseoir la prééminence de la métaphysique. Les neurosciences et l’informatique n’ont pas trouvé leur Bachelard. L’effervescence philosophique qui accompagne leur essor alimente les rêveries des visionnaires et des métaphysiciens. Le talent de Ferdinand Alquié en moins.

Jean-Paul Thomas

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Bulletin Critique du Livre en Français

12 février 2003

« Ce livre est né du désir de comprendre comment certaines idées scientifiques, notamment celles à l’origine de la révolution informatique, influent sur notre mode de vie, notre manière de penser et de travailler » (p. 7) : voilà pour le projet général de l’ouvrage de Réda Benkirane intitulé La Complexité, vertiges et promesses. La complexité, voilà l’idée scientifique dont il est avant tout question. Qu’entendre par ce terme? Une réalité bien complexe qu’une formule tente pourtant de résumer : « Le tout est plus que la somme des parties » ; ou encore, est complexe ce qui est « tissé ensemble ». Pour réaliser ce projet et aborder ce thème, l’auteur a pratiqué la technique du dialogue, de la conversation, avec dix-huit interlocuteurs (rien que des hommes…), tous reconnus comme des spécialistes dans leur domaine, mais tous capables ou curieux de s’intéresser à d’autres champs de la connaissance humaine. Avec eux, R. Benkirane a privilégié les « histoires » de science, introduisant d’ailleurs chaque conversation, chaque récit, d’un document biographique et bibliographique. Les conversations se répondent parfois, parce que les auteurs se connaissent mais aussi parce que l’auteur provoque volontiers ces rencontres indirectes, pour conforter une « histoire » ou introduire la contradiction. Ainsi ces « histoires de sciences mettent en scène des physiciens de l’information et de la turbulence, des mathématiciens du chaos et du hasard, des biologistes de l’émergence et de l’auto-organisation… On rencontrera un néo-darwinien et un anti-darwinien qui recourent aux mêmes outils conceptuels, un linguiste qui s’intéresse à l’intelligence artificielle, un chimiste qui s’attache à l’écart à l’équilibre, des informaticiens qui se penchent sur une biologie générale, un astrophysicien auteur à la fois d’un livre sur le tout et d’un autre sur le vide, un de ses collègues qui évoque un modèle de l’univers déroutant, dit de l’inflation chaotique… » (p. 11). Difficile de dire mieux que l’auteur combien son livre, mené d’une manière aussi alerte, n’ennuie à aucun moment, laisse parfois sur sa faim et invite donc à poursuivre l’histoire entamée, avec le pragmatisme et la modestie dont ces personnalités scientifiques font largement preuve.

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Le Temps, Genève

SOCIÉTÉ : Dix-huit spécialistes racontent la complexité en sciences

Le Temps, 3 décembre 2002

LIVRE. Dans un recueil d’entretiens, Daniel Mange démystifie les systèmes «bio-inspirés».

La «vie artificielle» fait partie de ces domaines scientifiques émergents difficiles à appréhender par le commun des mortels. De ces concepts souvent cachés derrière des appellations sulfureuses, mais rarement présentés en termes compréhensibles. Daniel Mange, professeur à l’EPFL, directeur du Laboratoire de systèmes logiques et spécialiste des systèmes «bio-inspirés», est l’une des 18 personnalités interrogées par le sociologue Réda Benkirane dans un recueil d’entretiens sur le thème de la complexité*. Une occasion, pour le père du «Biowall» exposé à la Villa Reuge, d’expliquer sa démarche de façon accessible.

Daniel Mange relève le caractère flou de la limite qui sépare les organismes vivants des créations technologiques. Une machine qui serait dotée des qualités utilisées comme définitions de la vie (capacité de se développer à partir d’une cellule, d’évoluer, d’apprendre) ne finirait-elle pas par devenir quasi vivante? A terme, Daniel Mange n’exclut pas l’apparition de machines maîtrisant leur autoréplication matérielle. Mais pour le moment, dans les systèmes «bio-inspirés» actuels, les «êtres» qui imitent le fonctionnement du vivant sont encore des motifs informatiques, qui n’évoluent que dans le cadre matériel de circuits électroniques.

Dix-sept autres «histoires de sciences», collectées par Réda Benkirane auprès d’interlocuteurs comme Ilya Prigogine ou Francisco Varela, permettent de découvrir l’impact de la complexité dans les sciences modernes. Ce phénomène peu saisissable prend corps, par la magie de l’entretien.

Jean-Luc Vonnez

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Les Echos, Paris

Bienvenue dans un monde complexe

Les Echos. Quotidien de l’Economie, 28 novembre 2002

Une traversée des sciences contemporaines pour chercher à comprendre un monde de plus en plus difficile à décrypter.

« Aide-toi, la pensée complexe t’aidera ». Cette formule d’Edgar Morin résume l’ouvrage de Réda Benkirane, « La Complexité, vertiges et promesses». En fait ce concept, intuitivement associé à l’évolution des sciences dures, est présent partout : en politique, en sociologie et même dans la vie quotidienne. Pionnier de l’étude du « complexus », Edgar Morin est un des 18 experts interrogés par Réda Benkirane. Formé dans les années 30, baptisé un peu contre son gré « sociologue de la complexité », Edgar Morin estime que le « complexus » est omniprésent dans notre vie car « il existe des contradictions fondamentales pour l’esprit et le fait de penser, en même temps, deux idées contraires représente un effort de complexité ». La vie d’Ilya Prigogine est, à elle seule, un monument de complexité. Né en Russie en 1917, ce physicien devenu belge recevra le prix Nobel en 1977. Il est devenu peu à peu un philosophe qui s’intéresse aux lois du chaos. Lui aussi s’interroge sur le sens à donner à la complexité croissante de monde et estime que nous « devons considérer l’incertain comme faisant partie de notre rationalité ».


Avalanche de connaissances
Parmi les autres membres de la tribu des adeptes du « complexus » interrogés par Réda Benkirane figurent le spécialiste de l’intelligence artificielle Luc Steels, le biologiste Brian Goodwin, connu comme le « poète de la biologie théorique », le professeur Ivar Ekeland, « philosophe et mathématicien », l’astrophysicien John Barrow, partisan d’un dialogue entre sciences dures et sciences molles, le directeur de recherche du CNRS Laurent Nottale, auteur de nombreux ouvrages sur la relativité, et Michel Serres, marin, marcheur infatigable, explorateur permanent de la complexité humaine, expert incontesté du « métissage intellectuel » qui s’exprime sur l’histoire et le sens des sciences. Au mot complexité, « faux concept philosophique », Michel Serres préfère le terme « combinatoire ». Il regrette parfois l’imprécision du vocabulaire. « Si la théorie des catastrophes s’était appelée théorie « du bord des formes » », peut-être que personne n’en aurait parlé. » Au terme de cette « traversée des sciences contemporaines », on se dit que l’humanité aura fort à faire pour gérer cette avalanche de connaissances qui se croisent au sein d’un monde de plus en plus complexe et de plus en plus difficile à décrypter. Dans son avant-propos, l’auteur indique que ce livre « est né du désir de comprendre comment certaines idées scientifiques, notamment celles à l’origine de la révolution informatique, influent sur notre mode de vie, notre manière de penser et de travailler ».

Alain Perez

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Magazine Québec Science

Sans complexe

Québec Science, Avril 2003

Qu’est-ce que la complexité ? Une nouvelle approche scientifique qui sert à étudier des phénomènes compliqués et imprédictibles : les turbulences atmosphérique, les épidémies, les cours boursiers. Naturey consacrait un dossier en 2001. Compliqué ? Les novices préféreront lire ce recueil d’entrevues avec 18 étoiles de la science, tels le sociologue Edgar Morin, le physicien  » nobélisé  » Ilya Prigogine, l’informaticien Luc Steels. C’est comme regarder le cosmos – on ne comprend pas tout, mais on reste ébloui.

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Transversales

Une traversée des sciences contemporaines

Lettre d’information Transversales, mai/juin 2003

Des histoires de sciences qui ne sont pas des histoires de la science mais plutôt l’évocation des questions qu’elle soulève et des vertiges provoqués par la notion de complexité. Réda Benkirane, sociologue et spécialiste de l’information, dialogue avec quelques uns des grands noms de la science et de la philosophie contemporaine (de John Barrow à Michel Serres en passant par Stuart Kauffmann , Edgar Morin , Illya Prigogine…. Les questions détaillées posées aux chercheurs (sur la physique de la turbulence ou de l’information, sur la vie artificielle, sur l’inflation de l’univers…) constituent en soi tout un programme . Au delà de la diversité frappante des approches et des éclairages, la simplicité des témoignages de chacun, la magie des métaphores utilisées, l’absence de jargon technique, donnent au lecteur même non averti l’illusion et /ou l’envie de participer à la grande aventure de la connaissance. On rêve d’une suite.
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