Dictionnaire élémentaire de l’Islam

Dictionnaire élémentaire de l’Islam

par Tahar Gaïd

[extraits]

Extraits de Dictionnaire élémentaire de l’Islam, par Tahar Gaïd (Alger, Office des publications universitaires, 2e édition, 1986).



 

ANGE

L’existence des anges et la croyance en eux s’inscrivent au nombre des articles de foi au même titre que le Jour dernier, le Livre, les prophètes… Trois textes coraniques le rappellent :  » L’homme bon est celui qui croit en Dieu, au dernier Jour, aux anges, au Livre et aux prophètes  » (S. II, 177),  » Le Prophète a cru à ce qui est descendu sur lui de la part de son Seigneur. Lui et les croyants, tous ont cru en Dieu, en ses anges, en ses Livres et en ses prophètes  » (S. II, 285),  » O vous qui croyez ! Croyez en Dieu et en son Prophète et au Livre qu’il a révélé auparavant. Quiconque ne croit pas en Dieu, à ses anges, à ses Livres, à ses prophètes et au Jour dernier, se trouve dans un profond égarement  » (S. IV, 136).

Nous devons à un Hadith la nature des anges : ils sont créés de lumière (nûr). Le Coran nous apprend qu’ils sont ailés :  » Louange à Dieu, Créateur des cieux et de la terre qui prend pour messagers les Anges, pourvus de deux, de trois ou de quatre ailes  » (S. XXXV, 1).

Nous savons également qu’ils sont purs, immortels et n’enfantent pas. Leur qualité fondamentale est l’obéissance à Dieu ; ils n’agissent que sur son ordre. Tous célèbrent Ses louanges et Sa gloire en permanence, sans se lasser. Nous citerons quelques versets parmi tant d’autres qui se réfèrent à la perfection des anges :  » Ceux qui sont dans les cieux et sur la terre lui appartiennent. Ceux qui sont proches de lui ne se considèrent pas trop grands, pour l’adorer et ils ne s’en lassent pas,  »  » Ils célèbrent ses louanges nuit et jour sans jamais s’interrompre,  »  » Ils ne devancent pas la Parole et ils agissent sur son ordre  » (S. XXI, 19, 20, 27),  » Ils ne désobéissent pas à l’ordre de Dieu, ils font ce qui leur est commandé  » (S. LXVI, 6).

Des noms propres sont attribués à certains anges. Le Coran en mentionne quelques-uns et définit leur fonction. Gabriel (Jibrîl) revient trois fois dans le Livre sacré et Michel (Mikaël), qui a la haute main sur les forces de la nature, est cité une seule fois :  » Dis .: qui est l’ennemi de Gabriel,  » Celui qui est ennemi de Dieu, de ses anges, de ses apôtres, de Gabriel et de Mikaël, Dieu est l’ennemi des incrédules  »  » (S. II, 97, 98).  » Mais si vous vous soutenez mutuellement contre le Prophète, sachez que Dieu est son Maître et qu’il a pour soutien Gabriel et tout homme juste parmi les croyants et même les anges  » (S. LXVI, 4).

Gabriel est également identifié dans le Coran avec l’Esprit fidèle (ruh al-amîn) :  » L’Esprit fidèle est descendu avec lui sur ton coeur  » (S. XXVI, 193). L’expression l’Esprit de sainteté lui est encore appliquée :  » L’Esprit de sainteté l’a fait descendre avec la Vérité, de la part de ton Seigneur  » (S. XVI, 102).

C’était Gabriel qui portait aux prophètes la Parole de Dieu. La fonction qui lui était attribuée explique l’unité du Coran et des messages antérieurs :  » Dis : qui est l’ennemi de Gabriel ?…- C’est lui qui a fait descendre en ton coeur avec la permission de Dieu le Livre qui confirme ce qui était avant lui. Direction et bonne nouvelle pour les croyants- » (S. II, 97).

Dieu a envoyé Gabriel pour annoncer à Marie la naissance de Jésus et pour assister ce dernier dans sa mission :  » Nous lui avons envoyé notre Esprit. il se présenta devant elle sous la forme d’un homme parfait « .  » Il dit : Je ne suis que l’envoyé de ton Seigneur pour te donner un garçon pur  » (S. XIX, 17, 19),  » Nous avons accordé des preuves incontestables à Jésus, fils de Marie et nous l’avons fortifié par l’Esprit de sainteté » (S. I l, 87, 253),  » Dieu dit : O Jésus, fils de Marie ! Rappelle-toi mes bienfaits à ton égard et à l’égard de ta mère. Je t’ai fortifié par l’Esprit de sainteté. Dès le berceau, tu parlais aux hommes comme un vieillard  » (S. V, 110).

Nous remarquerons que les anges sont appelés  » envoyés  » (rusul), étant porteurs des Commandements divins. Un verset le confirme :  » Dieu a choisi des messagers parmi les anges et les hommes » (S. XXII, 75). Ils sont intervenus dans ce sens auprès d’Abraham et des autres prophètes pour les charger de proclamer l’Unicité de Dieu :  » ll fait descendre les Anges avec l’Esprit qui provient de son Commandement sur qui Il veut parmi ses serviteurs  » :  » Avertissez les hommes qu’en vérité, il n’y a de Dieu que moi : craignez-moi donc  » (S. XVI, 2), et auprès de Zacharie pour lui annoncer la naissance d’un fils :  » Tandis qu’il (Zacharie) priait debout dans le Temple, les anges lui crièrent : Dieu t’annonce la bonne nouvelle de la naissance de Jean » (S. III, 39). Ils en firent de même à propos de la naissance d’Isâac, fils d’Abraham, etc.

Quand ils descendent du ciel, les anges peuvent prendre une forme humaine parfaite. Il en a été ainsi par exemple lorsque Gabriel se présenta à Abraham, à Loth et à Marie.

En plus de Gabriel et de Mikaël, le Coran signale une seule fois l’existence de l’ange de la mort (malâk al-mawt) sans le citer nommément. La tradition l’appelle ‘Azrâïl :  » Dis : L’Ange de la mort auquel vous êtes confiés vous recueillera ; puis vous serez ramenés vers votre Seigneur  » (S. XXXII, Il).

Le Coran ne parle pas également d’lsrâfil chargé de sonner la trompette de la Résurrection ; c’est la tradition qui nous en donne le nom. Il cite par contre Mâlik qui commande la garde de l’enfer. Ce sera à lui que les locataires de la Géhenne demanderont d’être achevés, incapables de supporter les souffrances du Feu :  » Ils crieront : O Malik ! Que ton Seigneur nous achève !  » (S. XLIII, 77).

Le Coran mentionne aussi une seule fois Harut et Marut qui apprennent la magie aux démons. Le Livre sacré ne précise pas s’ils l’ont eux-mêmes pratiquée et il ne fait pas état de leur chute du ciel :  » lls enseignent aux hommes la magie, et ce qui, à Babil, avait été révélé aux deux anges Harout et Marout. Ces deux-là n’instruisent personne sans dire : « Nous ne constituons qu’une tentation, ne sois donc pas incrédule ». Les démons apprennent d’eux les moyens de séparer le mari de son épouse ; mais ils ne peuvent nuire à personne sans la permission de Dieu  » (S. II, 102).

Enfin, il est question de quatre anges que le Livre saint ne nomme pas : Munkar et Nakir d’une part, Mubabashar et Bashîr d’autre part. La fonction des deux premiers consiste à interroger dans leur tombe, la nuit de leur enterrement, les mécréants et les croyants ayant commis de graves péchés. Le rôle des deux derniers est d’interroger les fidèles qui n’ont commis aucune faute.

D’autres anges dont le nom n’est pas connu remplissent également des fonctions déterminées. Les uns ont pour mission d’interdire l’accès du ciel aux démons qui s’y approchent en vue de percer les secrets divins :  » Nous avons décoré le ciel le plus proche d’un ornement d’étoiles afin de le protéger contre tout démon rebelle. Les démons ne peuvent écouter les chefs suprêmes, car ils sont harcelés de tous côtés ; ils sont repoussés ; ils subiront un châtiment perpétuel à moins que l’un d’eux ne saisisse au vol quelque chose ; mais il serait alors atteint par un bolide flamboyant  » (S. XXXVII, 6 à 10).

D’aucuns descendent dans la Nuit du Décret pour régler toute chose :  » Les Anges et l’Esprit descendent durant cette Nuit, avec la permission de leur Seigneur, pour régler toute chose  » (S. XCVII, 4).

Il y a des anges qui enregistrent par écrit les actions quotidiennes des hommes :  » Pensent-ils que nous n’entendons pas leurs secrets et leurs confidences ? Bien au contraire ! Nos envoyés placés auprès d’eux consignent tout par écrit  » (S. XLIII, 80). Appelés hâfiz (ceux qui consignent ou qui retiennent), ils surveillent consciencieusement les hommes auxquels ils rappelleront le Jour du Jugement leur moindre fait :  » Il est le Maître absolu de ses serviteurs. Il envoie vers vous ceux qui enregistrent vos actes. Ainsi lorsque surviendra l’heure de la mort pour l’un d’entre vous, nos envoyés le rappelleront aussitôt, car ils ne sont pas négligents  » (S. Vl, 61).  » Bien au contraire ! Vous traitez de mensonge le Jugement, alors que des gardiens veillent sur vous : de nobles scribes qui savent ce que vous faites  » (S. LXXXII, 9 à 12),  » Un gardien se tient auprès de chaque âme  » (S. LXXXVI, 4). La tradition dit que deux anges se tiennent l’un à droite de l’homme et écrit ses bonnes actions, l’autre à sa gauche et inscrit les mauvaises.

Les anges jouent un rôle en vue d’assister les croyants. Ils se transforment en armée invisible et assistent les mudjâhidîn dans leur lutte contre les infidèles comme ce fut le cas au cours de la bataille de Badr : « Dieu vous a cependant secourus à Badr, alors que vous étiez humiliés. Craignez Dieu ! Peut-être serez-vous reconnaissants ! « ,  » Lorsque tu disais aux croyants : ne vous suffit-il pas que votre Seigneur vous aide avec trois mille de ses anges descendus vers vous ?  » (S. III, 123, 124).

Les anges ont des fonctions au ciel, sur terre et aussi dans l’au-delà. Il existe des gardiens du Feu ; ils sont au nombre de dix-neuf : « Ses surveillants sont au nombre de dix-neuf. Nous n’avons pris que des Anges comme gardiens du Feu » (S. LXXIV, 30, 31). Ils se tiennent en permanence devant ceux qui, à la suite de leurs mauvais actes terrestres, se sont condamnés à vivre dans la Géhenne. Appelés al-zabâniya, ils sont de taille immense et d’une très grande force :  » Des Anges gigantesques et puissants se tiendront autour de ce Feu  » (S. LXVI, 6).

Au Jugement dernier, huit anges porteront le Trône de Dieu :  » Les Anges se tiendront sur ses confins, tandis que ce Jour-là huit d’entre eux porteront le Trône de ton Seigneur  » (S. LXIX, 17). D’autres accueilleront les créatures de Dieu et leur diront :  » Voici le Jour qui vous a été promis  » (S. XXI, 103). Ils introduiront les heureux au paradis : « ceux que les Anges rappellent, alors qu’ils sont bons, et à qui ils disent .  »  » La Paix soit sur vous ! Entrez au Paradis, en récompense de vos actions !  » (S. XVI, 32). Ils précipiteront les damnés dans la fournaise et participeront à leurs supplices :  » Si tu voyais les Anges emporter les incrédules ! Ils frapperont leurs visages et leurs dos : « Goûtez le châtiment du Feu pour prix de ce que vous avez fait.  » Dieu n’est pas injuste envers ses serviteurs  » (S. VIII, 50, 51).

Certains anges auront un pouvoir d’intercession. Ils imploreront Dieu afin qu’II pardonne aux repentis :  » lls croient en lui, ils implorent son pardon pour les croyants : Notre Seigneur ! Tu embrasses toute chose en ta Miséricorde et en ta Science : pardonne à ceux qui reviennent repentants vers toi ; à ceux qui suivent ton chemin ! Épargne-leur le châtiment de la Fournaise  » (S. XL, 7). L’intercession des anges ne concerne bien sûr que les croyants :  » Dieu sait ce qui se trouve devant et derrière eux ; ils n’intercèdent qu’en faveur de ceux que Dieu agrée et ils sont pénétrés de crainte  » (S. XXI, 28). Mais :  » Que d’anges dans les cieux dont l’intercession sera inutile sinon après que Dieu l’aura permise pour qui il voudra et avec son agrément  » (S. LIII, 26)

BÉDOUIN

De nombreuses tribus avaient embrassé l’Islam et s’étaient mises à la disposition du Prophète. On distinguait en leur sein trois catégories d’hommes :

Ceux qui s’étaient convertis sincèrement :  » Certains Bédouins croient en Dieu et au Jour dernier. Ils considèrent ce qu’ils dépensent pour le bien comme des obligations offertes à Dieu et un moyen de bénéficier des prières du Prophète. N’est-ce pas une offrande qui leur sera comptée ? Dieu les fera bientôt entrer dans sa miséricorde. Dieu est celui qui pardonne, il est miséricordieux  » (S. IX, 99).

Ceux dont la foi n’était qu’apparente :  » Plusieurs Bédouins considèrent leurs dépenses pour le bien comme une charge onéreuse ; ils guettent vos revers. Que le malheur retombe sur eux ! -Dieu est celui qui entend et qui sait- » (S. IX, 98).

Ceux enfin qui s’opposaient ouvertement à l’Islam, traitant l’Envoyé de Dieu de menteur.

Les membres du second groupe juraient leur attachement à l’Islam comme si leur conversion était un service rendu au Prophète :  » Les Bédouins te rappellent leur soumission comme si c’était, de leur part, une faveur. Dis : ne me rappelez pas votre soumission comme une faveur : bien au contraire, c’est Dieu qui vous a accordé la grâce d’être dirigés vers la foi, si vous êtes sincères » (S. XLIX, 17). Ils répugnaient à s’engager dans la lutte au nom de Dieu. A la veille des hostilités, ils se présentaient au Prophète et justifiaient leur non-participation en avançant des excuses fallacieuses :  » Ceux des Bédouins qui allèguent des excuses sont venus demander d’être dispensés du combat  » (S. IX, 90).

Ces Bédouins étaient des opportunistes. Ils n’envisageaient, dans leur conversion, que l’aspect politique. Ils attachaient peu d’importance au Prophète et à la croyance en un Dieu unique. Aussi n’hésitaient-ils pas à invoquer des prétextes qui les éloignaient du champ de bataille chaque fois que leurs propres intérêts n’étaient pas en jeu. Ils expliquaient leur défection par de prétendus devoirs familiaux et par la nécessité de s’occuper de leurs affaires qui avaient besoin d’être fructifiées en cette période de l’année :  » Ceux des Bédouins qui sont restés en arrière te diront : nos richesses et nos familles nous ont accaparés ; demande pardon pour nous ! Ils prononcent avec leurs langues ce qui n’est pas dans leurs oeuvres  » (S. XLVIII, ll )

Ce dernier verset fait allusion à un cas précis. Des tribus bédouines des environs de Médine avaient signé un pacte d’entraide mutuelle avec le Prophète. Ils s’étaient engagés à accomplir le pèlerinage de la Mekke aux côtés des autres Musulmans. Ils avaient ensuite jugé plus prudent de ne pas entreprendre ce déplacement, craignant qu’un conflit n’éclatât entre les croyants et les païens.

Le Coran fustige leur attitude ambiguë :  » Il n’appartient pas aux habitants de Médine ni à ceux des Bédouins qui sont autour d’eux de rester en arrière du Prophète de Dieu ni de préférer leur propre vie à la sienne  » (S. IX, 120).

Ces Bédouins s’étaient certes soumis mais la foi n’avait point pénétré leurs coeurs :  » Les Bédouins disent :  » Nous croyons !  » Dis :  » Vous ne croyez pas, mais dites plutôt :  » Nous nous soumettons… La foi n’est pas entrée dans votre coeur ! Si vous obéissez à Dieu et à son Prophète, Dieu ne vous fera rien perdre de vos bonnes actions – Dieu est celui qui pardonne, il est miséricordieux  » (S. XLIX, 14).

Quant au troisième groupe, ses membres restaient bien sûr indifférents au déroulement des événements car ils n’y voyaient aucun avantage immédiat. Ces Bédouins ne prenaient même pas la peine de se déplacer à Médine pour expliquer leur refus à s’intégrer dans l’armée du Prophète :  » Ceux qui ont accusé de mensonge Dieu et son Prophète sont restés chez eux  » (S. IX, 90).

La réticence des Bédouins aux combats est souvent citée dans le Coran, réticence qui se manifestait chaque fois qu’ils constataient que de leur participation ils ne tiraient aucun profit matériel. Leur répugnance à mettre leur vie en danger était encore plus grande dès qu’il s’agissait d’affronter les forces égales ou supérieures aux leurs.

Le livre saint fait allusion à ces guerres que l’Islam projetait de lancer, au lendemain de la conquête de la Mekke, contre des tribus puissantes par leur nombre et leur expérience militaire qu’étaient les tribus des Hawâzin, les Ghatafân et des Thaqif. Les Bédouins apparemment islamisés n’éprouvaient aucun enthousiasme à s’attaquer à des hommes aguerris qui, à la veille des hostilités, campaient autour de Hunayn et de Ta’if :  » Dis à ceux des Bédouins qui sont restés en arrière : vous serez bientôt appelés à combattre contre un peuple doué d’une force redoutable. Vous les combattrez, ou bien ils se soumettront à Dieu. Si vous obéissez, Dieu vous donnera une belle récompense. Si vous tournez le dos -comme vous l’avez fait auparavant – il vous punira par un douloureux châtiment » (S. XLVIII, 16).

Ces mises en garde se justifiaient à cause de ces tribus bédouines qui avaient maintes fois fait montre de trahison et avaient joué le double jeu. D’une façon générale, le Coran se montre d’une très grande sévérité à l’égard des Bédouins. Ceux-ci se distinguaient par la violence verbale, l’orgueil déplacé, les manières frustes, le refus de toute discipline, réfractaires à tout ordre social et religieux. En matière religieuse, ils étaient hypocrites car au fond d’eux-mêmes, ils ne croyaient pas entre autres à la Résurrection, au Jugement dernier :  » Les Bédouins sont les plus violents en fait d’incrédulité et d’hypocrisie et les plus enclins à méconnaître les lois contenues dans le Livre que Dieu a fait descendre sur son Prophète -Dieu sait et il est juste  » (S. IX, 98).

Les Bédouins étaient en outre allergiques au paiement des impôts. C’était certainement la raison fondamentale de leur hostilité à l’Islam. Ils considéraient que ce prélèvement sur les fortunes était une dépense grevant inutilement leurs biens. Orgueilleux, convaincus de la justesse de leurs convictions, ils ne manquaient pas de souhaiter la défaite des Musulmans, défaite qui, selon leur opinion, justifierait leur comportement :  » Plusieurs Bédouins considèrent leurs dépenses pour le bien comme une charge onéreuse ; ils guettent vos revers. Que le malheur retombe sur eux !-Dieu est celui qui entend et qui sait- » (S. IX 98).

Cette imposition sur les richesses les rendait méfiants à l’égard de la nouvelle religion. Cependant, ils ne perdaient pas de vue leurs intérêts. Aussi acceptaient-ils de combattre dans le sentier de Dieu dans la mesure où ils trouvaient dans ces batailles un profit matériel appréciable. Cet appât du gain les conduisait à afficher publiquement leur foi d’un côté et à la renier intérieurement d’un autre côté. Le Coran les classait parmi le groupe des hypocrites qui cachaient leur incrédulité et trompaient de la sorte le Prophète :  » Parmi les Bédouins qui vous entourent et parmi les habitants de Médine, i1 y a des hypocrites obstinés. Tu ne les connais pas, nous allons les châtier deux fois, puis il seront livrés à un terrible châtiment  » (S. IX, 101).

L’hypocrisie et l’opportunisme des Bédouins se dévoilèrent à la mort du Prophète. Ce fut pour eux l’occasion de clamer ouvertement leur incrédulité. Ils passèrent aux actes en refusant de payer la Zakkat. Leur soulèvement fût impitoyablement réprimé par Abû Bakr.

CLASSES SOCIALES

L’inégalité des fortunes est inscrite dans la nature humaine. Les hommes différencient les uns des autres par leur force physique, leur force de caractère, leur capacité de produire des biens matériels… Une hiérarchie dans le domaine social se forme inévitablement. Cependant, devant Dieu, la puissance matérielle ne donne aucun droit politique. L’Islam n’agrée qu’un seul critère : la piété. Ce sont les valeurs morales qui distinguent les hommes entre eux. L’individu pauvre et pieux a plus de mérite que l’individu riche mais de convictions religieuses moins fermes.

Le Coran fait état de l’existence des classes sociales ; elles sont voulues par le Créateur :  » Dieu a favorisé certains d’entre vous plus que d’autres, dans la répartition de ses dons  » (S. XVI, 71).

Les différences de fortune sont donc explicitement reconnues. L’inégalité matérielle a été décrétée par Dieu ; c’est Lui qui détermine la richesse des uns et la pauvreté des autres :  » Dieu dispense largement ou mesure ses dons à qui il veut  » (S. XIII, 26).

Le Coran signale cependant que le comportement de ce que nous appelons la bourgeoisie et le salariat ne fut pas identique à l’égard de la Révélation. Le Livre saint dit clairement qu’au cours des temps, les nantis dans leur majorité, s’étaient chaque fois montrés hostiles aux prophètes, porteurs d’un message de justice sociale ; ils faisaient davantage confiance au pouvoir de l’argent qu’au salut de l’âme. Leur attachement au culte des ancêtres n’était en fait qu’un argument fallacieux pour justifier leur refus de la Vérité :  » Nous n’avons jamais envoyé d’avertisseur à une cité sans que ceux qui y vivent dans l’aisance ne disent : Nous sommes incrédules envers vos messages « ,  » et sans qu’ils ne disent : nous sommes abondamment pourvus de richesses et d’enfants, nous ne serons donc pas châtiés  » (S. XXXIV, 34, 35), « Ainsi, nous n’avons envoyé avant toi aucun avertisseur à une cité sans que ceux qui y vivaient dans l’aisance ne disent : oui, nous avons trouvé nos pères suivant tous la même voie et nous marchons sur leurs traces  »  » (S. XLIII, 23).

La mission du Prophète illustre également les réactions négatives de la classe aisée. Elle s’était effectivement heurtée à ses débuts à une violente opposition de la bourgeoisie mercantile aussi bien arabe que juive. La politique sociale préconisée par l’Islam dénonçait l’idée que les gens fortunés se faisaient de la richesse amassée par des moyens sans aucun rapport avec la notion de justice. Les privilèges acquis par les riches, incompatibles avec l’intérêt général, étaient flétris par la religion, ce qui ne manquait pas d’irriter la bourgeoisie menacée par les nouvelles perspectives. Cette épée de Damoclès brandie sur leurs têtes incita les idolâtres arabes et les monothéistes juifs  » qui écoutent habituellement le mensonge  » et  » dévorent des gains illicites » (S. V, 42) à nouer une alliance à caractère capitaliste contre la montée d’un mouvement social qui mettait en cause leur pouvoir et compromettait leurs biens.

Cette attitude s’expliquait d’un point de vue moral et matériel. La bourgeoisie avait peur, d’une part, de perdre son prestige politique puisque l’Islam imposait aux croyants une stricte égalité politique du moment que la piété était le seul critère de supériorité de l’homme sur son semblable, et d’autre part, de grever sa fortune du fait que Dieu rappelle que les biens accordés à Ses créatures lui appartiennent et que les pauvres y avaient droit.

Quant au salariat, l’histoire nous enseigne que la majorité des premiers convertis à l’Islam était issue des classes déshéritées. Les idées sociales de la Révélation n’étaient pas étrangères à ces adhésions. On distinguait parmi les adeptes de la première heure : des jeunes appartenant à l’oligarchie mekkoise ou à des familles sans influence dans le milieu païen (ils avaient pour la plupart moins de trente ans), les faibles, nommés ainsi parce qu’ils n’étaient rien sans la protection d’un clan, des étrangers rattachés à un clan en tant que client ou djar dont la position sociale n’avait aucune prise sur la vie mekkoise, les couches défavorisées, les sans ressources et les esclaves. A son origine, l’Islam était donc un mouvement de jeunes, d’économiquement faibles et d’hommes sans influence politique.

L’Islam est foncièrement égalitariste dans sa substance. Les structures de la société à édifier se fondent sur la piété et la justice sociale. Sa doctrine vise à l’éradication de la pauvreté. Elle fait de l’aide aux moins favorisés une obligation de façon à réduire au maximum les différences matérielles. Elle ne vise pas moins à la suppression des stratifications sociales trop criardes. En résumé, elle a pour objet de maintenir l’équilibre économique comme l’indique clairement ce verset coranique relatif à la répartition du butin :  » Ce que Dieu a octroyé à son Prophète comme butin pris sur les habitants des cités appartient à Dieu et à son Prophète, à ses proches, aux orphelins, aux pauvres, au voyageur, afin que ce ne soit pas attribué à ceux d’entre vous qui sont riches  » (S. LIX, 7).

Le Prophète, avant sa mission, était un salarié, employé par sa future épouse Khadija. La condition de celui qui n’a pour capital que la force de ses bras et de son cerveau ne pouvait donc qu’être protégée par l’Islam qui d’ailleurs est sévère à l’égard du patronat, celui qui ne paie pas l’ouvrier à sa juste valeur :  » Donnez à l’ouvrier, dit le Prophète, son salaire, avant que la sueur ne sèche. »

L’Islam s’oppose à la thésaurisation, à la concentration du capital, aux monopoles. Il condamne les exploiteurs et toutes les formes d’exploitation :  » Nul ne mange jamais quelque chose de meilleur que ce qu’il mange après l’avoir gagné du travail de ses mains. « 

Si la Loi coranique ne prévoit pas clairement la nécessité de briser les structures économiques exploiteuses, la jurisprudence islamique, à la lumière de l’interprétation du Livre Saint et de l’enseignement du Prophète, précise que les pauvres qui se voient refuser leur droit de partager le repas du riche sont autorisés à recourir aux méthodes coercitives ; ils sont considérés comme des martyrs s’ils périssent au cours de cette épreuve de force.

A son origine, les idées conscientes d’une lutte de classes n’existaient pas. En tout cas, l’Islam ne se déclara pas comme tel. Il prit l’apparence d’une opposition de gens de petite et moyenne conditions, influencés par les aspects sociaux du Message, aux gros possédants dotés d’un pouvoir coercitif. Cette apparence disparaîtra à la veille de la mort du Prophète. L’adhésion massive des Mekkois était acquise sans considération du milieu social auquel appartenaient les nouveaux convertis.

Il est indéniable que l’Islam dès sa naissance prit en considération les maux politiques et sociaux avec la volonté d’opérer une révolution au sein de la société. Ce serait néanmoins une erreur d’attribuer l’adhésion des premiers hommes à des aspirations essentiellement politiques et économiques. La pierre angulaire du ralliement était bien l’Unicité de Dieu. Omar fut d’abord envoûté par la lecture des versets coraniques. Hamza se convertit au moment où il répara l’offense subie par son neveu.  » S’attarder sur les conséquences économiques de la prédication de Mohammad, dit Jean During, ne doit pas nous faire perdre de vue que son action se situe sur le plan religieux dans toute son ampleur. Quant à ses disciples, il ne semble pas non plus qu’ils aient eu des motivations sociales ou politiques. Les membres des couches défavorisées cherchaient et trouvaient dans l’Islam une paix intérieure garantie par la protection morale de la communauté naissante, sans parler de l’apport spirituel proprement dit dont ils bénéficiaient. »

CORAN

Il serait prétentieux de parler du Coran en quelques lignes. D’ailleurs, tout ce dictionnaire traite de la question sans jamais épuiser le sujet. Des indications supplémentaires sont néanmoins susceptibles de compléter quelque peu les différents chapitres étudiés.

Le Coran n’est pas une oeuvre créée de toute pièce par un poète (châ’ir) si génial, soit-il, ni celle d’un devin(kâhin) aux puissances occultes. C’est une Révélation communiquée par Dieu à Son Prophète :  » c’est là, en vérité, la parole d’un noble Prophète ; ce n’est pas la parole d’un poète ; -votre foi est hésitante – ce n’est pas la parole d’un devin ; comme vous réfléchissez peu ! – c’est une Révélation du Seigneur des mondes !  » (S. LXIX, 40 à 43), « Oui, le Coran est une Révélation du Seigneur des mondes  » (S. XXVI, 192).

Le Coran n’étant pas le produit de sa propre réflexion, le Prophète, au moment de la  » descente  » (tanzîl) des versets, les répétait afin d’en retenir le sens et les expressions. Dieu lui ordonna de s’abstenir d’user de ce procédé car Il lui appartenait de réunir la récitation et de la faire comprendre à Ses créatures :  » Ne remue pas ta langue en lisant le Coran comme si tu voulais hâter la révélation. Il nous appartient de le rassembler et de le lire. Suis sa récitation lorsque nous le récitons ; c’est à nous qu’il appartient, ensuite, de le faire comprendre  » (S. LXXV, 16 à 19).

Le Messager de Dieu recevait la Parole divine par l’intermédiaire de l’ange Gabriel, nommé  » l' »Esprit fidèle  » par le Coran. Le Prophète, en sa qualité d’avertisseur, la transmettait à son tour aux hommes :  » L’Esprit fidèle est descendu avec lui sur ton coeur pour que tu sois au nombre des avertisseurs  » (S. XXVI, 194, 195).

La Révélation se produisait ainsi : illettré, donc incapable de lire les livres sacrés encore moins en araméen ou en hébreux, l’Envoyé de Dieu recevait le message d’une façon auditive. Il percevait un fort tintement de cloche. Il était saisi d’une fièvre si intense qu’une sueur abondante coulait de son front y compris pendant les périodes de grand froid. Il pâlissait et rougissait et tous ses membres tremblaient. Son corps s’alourdissait d’une manière telle qu’un jour son chameau ploya sous son poids.

Le Coran fut révélé graduellement durant plus de vingt ans, selon les circonstances politiques et religieuses. Ceci explique sa composition fragmentaire de sorte que les thèmes ne sont pas regroupés par chapitres.

Le Livre sacré n’a pas été recensé selon l’ordre chronologique de la Révélation mais selon la longueur des sourates. Il en renferme cent quatorze de longueurs inégales. La plus courte comprend trois versets et la plus longue en englobe deux cent quatre-vingt-six. Certaines, révélées à La Mekke, d’autres à Médine, ont reçu un titre ; la vache, la fourmi, la caverne, les fractions, etc. Postérieurement au Prophète, le Coran fut divisé en soixante parties (hizb) et aussi en deux cents parties appelées  » rubû’ « . Chaque sourate se compose de plusieurs versets (âyât). Le Coran en comprend six mille deux cent dix-neuf qui sont autant de signes et de miracles. Le mot âyâ est souvent accompagné d’un adjectif comme clair, évident… car son objet consiste à convaincre les hommes.

Du temps du Prophète, les versets coraniques étaient mis par écrit sur des os plats, des pierres, des peaux, des feuilles de palmiers… et aussi appris par coeur intégralement ou en partie par les croyants. Abu Bakr rassembla tous ces fragments sur le conseil d’Omar et les réunit en un seul opuscule. Un comité se chargea de ce travail. Cette décision fut prise à la suite de la mort de plusieurs lecteurs du Coran lors de la guerre engagée contre le faux prophète Musaïlima. Il était à craindre la disparition à la longue du texte sacré. La recension officielle de ce dernier se réalisa définitivement sous le khalife Othmane qui mit ainsi fin à la diffusion d’autres écrits légèrement incorrects.

Différentes expressions désignent le Coran dont le style varie suivant les époques de la Révélation. Outre le mot qur’ân qui dérive de la racine qara’a (réciter, lire), les quelques autres termes qui s’y appliquent sontçuhuf (feuilles), Kitâb (livre) ; deux appellations qui se réfèrent également aux Livres antérieurs à la prédication du Prophète, Furqân qui définit aussi l’Écriture confiée à Moïse, et aussi la  » Mère du Livre  » :  » Dieu efface ou confirme ce qu’il veut. La Mère du Livre se trouve auprès de lui  » (S. XIII, 39). Si les mêmes vocables sont parfois attribués aux Écritures, c’est parce que celles-ci proviennent toutes de la même source céleste.

Le mot qur’ân revient fréquemment dans le Livre, accompagné de différents qualificatifs : karîm (noble),hakîm (plein de sagesse), madjîd (glorieux), ‘azîm (très grand), etc. En outre, Dieu compare le Coran à une lumière destinée à montrer aux hommes la seule voie à suivre : « O vous les hommes ! une preuve décisive vous est parvenue de la part de votre Seigneur : nous avons fait descendre sur vous une lumière éclatante  » (S. IV, 174). Cette lumière avait été répandue sur l’humanité, et continue à se répandre, par une lampe, en l’occurrence, le Prophète :  » O toi, le Prophète ! Nous t’avons envoyé comme témoin, comme annonciateur de bonnes nouvelles, comme avertisseur, comme celui qui invoque Dieu -avec sa permission- et comme un brillant luminaire  » (S. XXXIII, 45, 46).

Le Coran a été révélé en arabe pour être compris, à l’origine, par un peuple arabe : « c’est une Révélation en langue arabe claire  » (S. XXVI, 195), « Oui, nous avons fait un Coran en arabe ! -Peut-être comprendrez-vous  » (S. XLIII, 3). Il est considéré comme éternel et incréé. Le texte que nous possédons est une copie dont le prototype  » Umm al-Kitâb  » (la Mère du Livre) est conservé au ciel sur une Table (lawh) bien gardée :  » Ceci est, au contraire, un Coran glorieux écrit sur une Table gardée !  » (S. LXXXV, 1, 22). Il est du point de vue phonétique, graphique et linguistique identique à l’original céleste. Sa reproduction est inimitable (i’djâz) :  » Dis : si les hommes et les Djinns s’unissaient pour produire quelque chose de semblable à ce Coran, ils ne produiront rien qui lui ressemble, même s’ils s’aidaient mutuellement  » (S. XVII, 88).

Il est recommandé de lire et de relire le Coran, de le réciter à haute voix, tel est le conseil donné par Dieu au Prophète et à tous les musulmans :  » Tiens-toi debout, en prière, une partie de la nuit, la moitié ou un peu moins ou davantage et récite avec soin le Coran » (S. LXXIII, 2, 3, 4),  » Récitez donc à haute voix ce qui est possible du Coran  » (S. LXXIV, 20). Beaucoup de Musulmans l’apprennent par coeur dès le jeune âge.

Le Tout-Puissant incite les hommes à se pencher d’une manière clairvoyante sur les données du Coran et à prendre comme base de réflexion les prescriptions temporelles et spirituelles ainsi que les exemples historiques qui y sont contenus et qui définissent la conduite à adopter dans la vie : « Nous avons exposé tout ceci dans ce Coran pour que les hommes réfléchissent » (S. XVII, 41),  » Ceci est, pour les hommes, un appel à la clairvoyance, une Direction et une Miséricorde en faveur d’un peuple qui croit fermement  » (S. XLV, 20).

Cette Direction est universelle car le Coran ne révèle pas une religion destinée à une seule race, à une catégorie déterminée d’hommes. L’essence de son enseignement était déjà contenu dans les Livres anciens : « Ceci se trouvait déjà dans les Livres des Anciens  » (S. XXVI, 196). Le Livre saint est en effet un rappel des  » feuillets  » d’Abraham, de la Loi de Moïse, des Psaumes de David, de l’Évangile de Jésus… Dieu revient sur cette affirmation quatre fois en employant la même formulation et dans la même sourate :  » Oui, nous avons facilité la compréhension du Coran en vue du rappel. Y a-t-il quelqu’un pour s’en souvenir ?  » (S. LIV, 17, 22, 32, 40).

Le Coran a inspiré des oeuvres littéraires, juridiques, historiques, artistiques, scientifiques, etc. La création étant continue, grâce à l’aide de Dieu, de nouvelles théories politiques, économiques, sociales, de nouvelles inventions scientifiques peuvent être conçues en tenant compte de la marche de l’histoire qui est impitoyable à l’égard des traînards. Tous les problèmes de la vie sont contenus dans le Coran. Ils n’existent certes pas sous forme de recettes de cuisine mais bien potentiellement. Il s’agit de confronter, chacun dans son domaine et sa spécialité, la Réalité au Livre sacré et d’y découvrir les moyens de résoudre ces problèmes.

DHOU al-QARNAIN (Alexandre le Grand) et GOG ET MAGOG (Ya’jouj et Ma’jouj)

Les versets se rapportant à cet illustre homme ne sont pas suffisamment clairs pour en saisir parfaitement la portée historique et la morale qui s’en dégage.

Dhou al-Qarnaïn est le nom que le Coran donne à Alexandre le Grand. En arabe, qarn signifie, entre autres, corne. Étant un moyen de défense du bélier ou du taureau, ce terme fut utilisé pour désigner la force et le courage. Il désignait également l’homme audacieux, vaillant, vigoureux dont la chevelure était tressée et donnait ainsi l’apparence de cornes. Il fut appliqué aux personnes nobles par leur double ascendance. Quant à la désignation d’Alexandre par ce nom, elle serait en rapport avec son couvre-chef macédonien. Tabari donne une autre explication :  » Alexandre est appelé Dsoul-Qarnaïn pour cette raison qu’il alla d’un bout à l’autre du monde. Le mot qarn veut dire corne, et on appelle les extrémités du monde cornes. Lui, étant allé aux deux extrémités du monde, tant à l’orient qu’à l’occident, on l’appelle Dsoul-Qarnain. « 

Dieu donna à Dhou al-Qarnaïn un grand empire d’où il tira sa puissance. Il lui ouvrit le chemin de l’orient et de l’occident et aplanit devant lui les obstacles pour lui permettre de réaliser ses objectifs :  » lls t’interrogeront au sujet de Dhou al-Qarnain. Dis : je vais vous raconter une histoire qui le concerne. Nous avions affermi sa puissance sur la terre et nous l’avons comblé de toutes sortes de biens. Il suivait son chemin » (S. XVIII, 83, 84, 85).

A l’ouest, Dhou al-Qarnaïn vit le soleil se coucher dans une source brûlante et rencontra auprès d’elle une peuplade en adoration devant elle : « et quand il eut atteint le couchant du soleil, il vit que le soleil se couchait dans une source bouillante et il trouva un peuple auprès de cette source » (S. XVIII, 86).

Nous ne savons rien de cette source et de ce peuple. Le Coran ne nous éclaire pas à ce sujet. Cheikh Hamza Boubekeur se réfère au commentaire de Râzî pour lequel l’expression  » source bouillante  » n’est qu’une métaphore :  » La terre est ronde au milieu du ciel et il n’y a pas de doute sur la position du soleil dans la sphère céleste… Parvenu à la limite de l`occident, Alexandre vit le soleil disparaître comme dans une source – alors qu’il n’en était rien en réalité. Sa vision fut analogue à celle d’un navigateur en mer qui assiste à un coucher de soleil… qui disparaît en réalité au-delà de la mer.  » Quant à la peuplade, il s’agirait d’hommes noirs appelés Nâsik.

Mis en face de ces hommes idolâtres, Dhou al-Qarnaïn fut mis par Dieu devant un dilemme :  » Nous lui dîmes . O Dhou al-Qarnain ! Tu peux, ou bien châtier ces gens ou te montrer bienveillant envers eux » (S. XVIII, 86). La réponse fut donnée soit par Dieu, soit par Dhou al-Qarnaïn : « Nous allons punir celui qui est injuste ; il sera bientôt ramené vers son Seigneur qui le châtiera d’un terrible châtiment « , « Quant à celui qui croit et qui fait le bien, une très belle récompense lui est réservée et nous lui donnerons des ordres faciles à exécuter  » (S. XVIII, 87, 88).

Dhou al-Qarnaïn poursuivit son chemin en direction de l’orient et arriva dans une région désertique où la chaleur était accablante. Il y trouva un autre peuple qui ne portait aucun vêtement et n’avait pas de maisons pour se protéger de l’ardeur du soleil :  » Il suivit ensuite un autre chemin. Quand il atteignit l’endroit où le soleil se lève, il vit que le soleil se levait sur un peuple auquel nous n’avions pas donné d’abri pour s’en protéger  » (S. XVIII, 89, 90).

Se lançant sur une autre route, Dhou al-Qarnaïn s’arrêta devant une digue près de laquelle vivaient des gens croyants, comme l’affirme Tabari. qui ne comprenaient que très peu ce qu’on leur disait :  » Il suivait ensuite un autre chemin. Quand il eut atteint un pays situé entre deux digues, il trouva derrière elles un peuple qui pouvait à peine comprendre une parole  » (S. XVIII, 92, 93). La région habitée par ce peuple était une vallée située entre deux hautes montagnes. La population accueillit amicalement Dhou al-Qarnaïn et se soumit à sa religion, celle de Dieu.

Deux peuples Ya’jouj et Ma’jouj vivaient au-delà de ces montagnes. Tabari les décrit non sans quelques exagérations :  » Leur forme est comme celle des hommes, mais leur taille est de deux coudées, et ils ont des oreilles si longues qu’elles traînent par terre. Ils n’ont pas de vêtement et vont tout nus, et s’accouplent en public, comme les ânes, les boeufs et les bêtes sauvages, sans avoir honte. Quand ils veulent dormir, ils mettent une oreille sous eux et se couvrent de l’autre. Ils n’ensemencent pas la terre ; leur nourriture consiste en graines crues et desséchées de kharnoub. Ces hommes n’ont pas de religion et ne connaissent pas Dieu ; leur nombre ne diminue jamais, car nul d’entre eux ne meurt avant d’avoir engendré mille enfants, mâles et femelles. Ils sortaient souvent entre ces montagnes et attaquaient les croyant qui étaient de l’autre côté de la montagne, et commettaient des violences. Ils tuaient tous ceux qu`ils rencontraient et dévoraient leur nourriture, herbes, fruits, jusqu’aux feuilles des arbres. Ce croyants n’étaient pas en état de leur résister. « 

Le peuple de la vallée proposa à Dhou al-Qarnaïn de construire, en échange d’une récompense, une digue capable de repousser les assauts de Ya’jouj et Ma’jouj. Dhou al-Qarnaïn accéda à leur demande sar demander en retour aucun tribut :  » Ces gens dirent : O Dhou al-Qarnain ! Les Ya’jouj et les Ma’jouj sèment le scandale sur la terre. Pourrions-non te payer un tribut qui te permettrait de construire une digue entre nous et eux « ,  » Il dit : la puissance que mon Seigneur m’a donnée est meilleur. Aidez-moi donc avec zèle et je construirai un rempart entre vous et eux » (S. XVIII, 94, 95).

Dhou al-Qarnaïn, aidé d’un grand nombre d’hommes rassemblés à cet effet, construisit un immense rempart entre les deux montagnes en se servant de blocs de fer sur lesquels il versa du cuivre en fusion. La digue était si solide et si haute que le peuple des pygmées (Ya’jouj) et celui de géants (Ma’jouj) ne purent plus l’escalader ou la percer : « Apporte-moi des blocs de fer jusqu’à ce que l’espace compris entre les deux monts soit comblé « ,  » Il dit : soufflez jusqu’à ce qu’un grand feu surgisse ! « ,  » Il dit : apportez-moi de l’airain fondu, je le verserai dessus « ,  » Les Ya’jouj, les Ma’jouj se montrèrent incapables d’escalader le rempart ou de pratiquer une brèche  » (S. XVIII, 96, 97).

Grâce à cette barrière insurmontable et infranchissable, les croyants ne furent plus menacés par les Ya’jouj et les Ma’jouj. Mais à la fin des temps ces deux peuples sauvages et barbares parviendront à renverser la digue, envahiront la terre qu’ils dévasteront et massacreront les hommes. Ensuite Dieu les anéantira à leur tour.

DJIHAD

On attribue généralement à la notion de djihad un sens belliciste ; elle se traduit par « guerre sainte », à savoir le recours aux armes dans le but d’imposer la foi islamique.

L’acception militaire du terme n’est pas exclue de la doctrine islamique comme d’ailleurs de celle des autres religions. Au Xe et XIe siècles, les croisades conduites par le christianisme avaient bien des motivations religieuses. La reconquête de l’Espagne ne se fit pas sans effusion de sang au nom de l’Église catholique à une époque où les institutions mises en place par l’Islam respectaient les différents cultes et sauvegardaient les personnes et les biens des gens du Livre.

Le djihad, en prenant la forme d’une guerre sainte, revêt un caractère défensif. Deux exemples illustreront cette affirmation.

L’État islamique a pour devoir de porter secours aux Musulmans persécutés par un gouvernement étranger qui use de la force pour s’opposer à un travail pacifique de propagande en vue d’instaurer le règne de Dieu sur terre. Même dans ce cas, le Coran interdit à un pays musulman de s’attaquer à un pays non-musulman lié à lui par un traité avant de dénoncer préalablement et publiquement cette alliance :  » S’ils vous demandent votre aide -au nom de la Religion, vous devez les secourir ; sauf s’il s’agissait de combattre un peuple avec lequel vous avez conclu une alliance. -Dieu voit ce que vous faites  » (S. VIII, 72).

La guerre sainte est également décrétée avec pour objectif de défendre la sécurité intérieure de la communauté musulmane menacée par des forces externes. Elle a donc pour objet de protéger les frontières contre l’agression ennemie. C’était, en quelque sorte, dans cette optique que l’Émir Abdelkader prit les armes contre l’envahisseur français. Nous n’ignorons pas les vaines tentatives entreprises en vue de christianiser et, d’une façon générale, de dépersonnaliser le peuple algérien.

Le sens de djihad, tel qu’il est compris par une certaine opinion occidentale, est complètement erroné parce que la définition étriquée qu’elle en donne fausse les conclusions qui s’en dégagent. Des auteurs, pour accréditer leur thèse, fournissent des exemples historiques et démontrent que l’empire musulman s’était agrandi et que la Religion s’était étendue au moyen du glaive.

Il ne fait aucun doute que l’Islam soumit à son influence de nombreuses contrées. La raison fondamentale de cette expansion territoriale ne visait pas tant la domination politique mais elle consistait à combattre le mal et l’iniquité, à établir la paix et la justice, en d’autres termes à rendre à Dieu ce qui lui est dû sur terre.

Les populations conquises étaient libres de ne pas embrasser l’Islam puisque trois possibilités leur étaient offertes avant le déclenchement des hostilités : la conversion, le paiement d’un tribut qui assurerait leur protection, et en troisième lieu la guerre. De plus, après la victoire, il n’y avait point recours à la violence pour imposer la nouvelle foi. La soumission à l’Islam était un acte volontaire. Les populations avaient accueilli l’Islam comme une religion libératrice, véhiculant les idées propres à relever la dignité humaine bafouée par le despotisme féodal et la tyrannie politique sous lesquelles elles étaient écrasées.

Les grands hommes de l’Islam qui portèrent haut l’étendard de la foi islamique ne pouvaient pas s’opposer à la théorie coranique qui n’habilite pas le croyant à faire usage de la force pour rallier les non-musulmans à leur religion :  » Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais il égare qui il veut ; il dirige qui il veut. Vous seriez interrogés sur ce que vous faisiez  » (S. XVI, 93).  » Pas de contrainte en religion ! La voie droite se distingue de l’erreur  » (S. II, 256).

En outre, le Coran interdit de s’attaquer aux endroits où Dieu est adoré. Il met clairement en garde contre la profanation des lieux du culte : « Ne les combattez pas auprès de la Mosquée sacrée, à moins qu’ils ne luttent contre vous en ce lieu  » (S. II, 191).  » Si Dieu n’avait pas repoussé certains hommes par d’autres, des ermitages auraient été démolis, ainsi que des synagogues, des oratoires et des mosquées où le nom de Dieu est souvent invoqué  » (S. XXII, 40).

Le djihad, en tant que combat armé, n’est pas au centre de la doctrine islamique. La guerre proprement dite est traduite par d’autres vocables : harb ou qitâl. Elle n’est en fait qu’un acte secondaire du véritable djihad que le Musulman doit mener continuellement et sans répit jusqu’à la mort. En comparaison du véritable djihad qui consiste à réformer les moeurs, la lutte armée, comme le dit Ghazâlî, n’est qu' » souffle de vent sur la mer agitée « .

Le djihad, comme la traduction en français l’indique, signifie l’effort par excellence. C’est donc la philosophie d’une lutte permanente physique mais aussi intellectuelle :  » Il est à remarquer toutefois, dit le Cheikh Muhammad Abdou, que le mot « Djihad », dont le sens littéral est l’effort, ne signifie pas seulement la guerre extérieure contre ceux qui ne croient pas, mais aussi la lutte intérieure contre les passions mauvaises, la discipline morale, la victoire sur soi-même. « 

Le terme est utilisé pour définir un effort de prédication et de persuasion afin que l’Islam se répande à travers le monde :  » Ne te soumets donc pas aux incrédules ; lutte contre eux (djahid houm), avec force, au moyen du Coran », (S. XXV, 52). Il ne se restreint donc pas au combat mené sur un champ de bataille. Il est un devoir qui consiste à exhorter les gens pour qu’ils fassent le bien et qu’ils s’abstiennent de faire le mal :  » Puissiez-vous former une Communauté dont les membres appellent les hommes au bien : leur ordonnent ce qui est convenable et leur interdisent ce qui est blâmable ; voilà ceux qui seront heureux !  » (S. III, 104).

Il ne s’agit pas, pour le Musulman, de contraindre ses semblables à se plier à la Vérité. Son devoir est de réfuter l’opinion des adversaires en s’appuyant sur des preuves, de démontrer par des arguments ce qui est Vrai et de convaincre de la manière la plus persuasive ceux qui doutent encore : « Appelle les hommes dans le chemin de ton Seigneur, par la Sagesse et une belle exhortation ; discute avec eux de la meilleure manière  » (S. XVI, 125). Dans cet esprit, le Cheikh Muhammad Abdou dit :  » Les Musulmans ont l’obligation d’inviter au bien par la douceur, mais ils n’ont ni le droit ni le devoir d’employer une contrainte quelconque pour attirer les gens à l’Islam, car sa lumière est assez puissante pour pénétrer les coeurs. « 

Le djihad est aussi un  » effort raisonné  » exercé sur soi-même. Le bien et le mal s’opposent en nous perpétuellement. Il est demandé de combattre les mauvais penchants, de respecter donc les prescriptions coraniques pour réaliser, d’une part, son unité personnelle et instaurer, d’autre part, au sein de la société un ordre social où règnent la justice et la liberté individuelle et collective. Cette tâche ne se concrétise que grâce à un effort continuel afin de valoriser ses connaissances et d’élever le niveau culturel et moral de la communauté musulmane.

La définition du véritable djihad est donnée par le Prophète lui-même qui, au retour d’une bataille, a dit :  » Nous sommes revenus de la petite guerre sainte à la grande guerre sainte « , c’est-à-dire, précise-t-il à ses Compagnons :  » la guerre contre l’âme « , tant il est vrai qu’en chaque croyant sommeille des germes d’infidélité.

DJINN

L’Islam admet l’existence des djinns, esprits invisibles, qui, comme les hommes, ont été créés pour adorer Dieu :  » Je n’ai créé les Djinns et les .hommes que pour qu’ils m’adorent  » (S. LI, 56). Ils ont été créés  » de feu clair » :  » Quant aux Djinns, nous les avons créés, auparavant, du feu de la fournaise ardente  » (S. XV, 27).  » Il crée les Djinns d’un feu pur  » (S. LV, 15). Ils ont des yeux, des oreilles et un coeur ; il est écrit à propos de ceux d’entre eux qui sont maléfiques :  » Ils ont des coeurs avec lesquels ils ne comprennent rien ; ils ont des yeux avec lesquels ils ne voient pas, ils ont des oreilles avec lesquelles ils n’entendent pas « , étant réfractaires à la Parole divine comme les infidèles. Il existe des djinns mâles et des djinns femelles qui procréent par conséquent :  » Là, ils rencontreront celles dont les regards sont chastes et que ni homme ni djinn n’a jamais touchées avant eux  » (S. LV, 56).

Il y a de bons et de mauvais djinns. Au même titre que les hommes, ils périront tous et seront ressuscités, ensuite rassemblés au Jour du Jugement dernier. Quant à l’armée d’Iblîs, elle sera précipitée dans le Feu :  » O assemblées des djinns et des hommes ! Des prophètes choisis parmi vous ne sont-ils pas venus à vous, en vous exposant mes Signes, en vous avertissant de la Rencontre de votre Jour que voici ?  » (S. Vl, 130). « Je remplirai certainement la Géhenne de Djinns et d’hommes réunis  » (S. Xl, 119)

D’autres djinns sont au contraire soumis à Dieu. Il y a parmi eux des prédicateurs. Ils iront au paradis comme ceux qui écoutèrent la récitation du Coran faite par le Prophète à son retour de Ta’ïf où il alla prêcher vainement la bonne parole aux habitants de cette oasis et demander par la même occasion leur aide :  » Lorsque nous avons amené devant toi une troupe de Djinns pour qu’ils écoutent le Coran et qu’ils furent présentés, ils dirent : « Écoutez en silence ! » et, quand ce fut terminé, ils retournèrent en avertisseurs auprès de leur peuple  » (S. XLVI, 29).

Les djinns ont en effet leur propre communauté. Ils peuplent les lieux où il y a de l’eau, des endroits inhabités, des maisons en ruines et tout autre endroit désert. La croyance populaire leur attribue une corporalité ; ils peuvent se présenter sous forme d’animaux ou d’êtres humains.

Des djinns exercent sournoisement leur rôle néfaste auprès des hommes comme ils l’avaient exercé également auprès des prophètes. Ils forgeaient des mensonges qu’ils susurraient aux envoyés de Dieu en les enveloppant d’un joli langage :  » Nous avons suscité, à chaque prophète, un ennemi : des hommes démoniaques et des Djinns qui se suggèrent les uns aux autres le clinquant des paroles trompeuses  » (S. VI, 112).

Les païens adoraient les djinns et les associaient à Dieu leur Créateur. Ils voyaient en eux des fils ou des filles du Seigneur : « Ils ont attribué à Dieu les Djinns comme associés, mais c’est lui qui a créé les Djinns. Ils ont imaginé, dans leur ignorance, que Dieu a des fils et des filles. Gloire à lui ! Il est très élevé au-dessus de ce qu’ils imaginent » (S. VI, 100).

Selon leur croyance, Satan était le frère de Dieu et les anges des enfants nés de démons femelles unies au Seigneur : « Ils établissent une parenté entre lui et les Djinns, mais les Djinns savent qu’ils seront réprouvés  » (S. XXXVII, 158).

Les rationalistes musulmans nient l’existence réelle des djinns. Les Mu’tazilites et à leur suite le philosophe et médecin Ibn Sinâ, l’historien et sociologue Ibn Khaldoun, entre autres, y voyaient plutôt des allégories. D’aucuns considèrent que les djinns sont une allusion à l’existence des microbes. De telles idées ne sont pas partagées par la majorité de l’opinion musulmane laquelle pour se soustraire aux influences maléfiques de ces démons, préconise de chercher refuge auprès de Dieu en récitant les deux courtes sourates suivantes :  » Dis : Je cherche la protection du Seigneur de l’aube contre le mal qu’il a créé ; contre le mal de l’obscurité lorsqu’elle s’étend ; contre le mal de celles qui soufflent sur les noeuds ; contre le mal de l’envieux, lorsqu’il porte envie  » (S. CXIII).  » Dis : Je cherche la protection du Seigneur des hommes, Roi des hommes, Dieu des hommes, contre le mal du tentateur qui se dérobe furtivement ; contre celui qui souffle le mal dans le coeur des hommes, qu’il soit au nombre des djinns ou des hommes « , (S. CXIV).

La croyance aux djinns n’est pas l’apanage de l’Islam. Les peuples anciens, perses, babyloniens, etc. croyaient à ces puissances naturelles. Le christianisme et le judaïsme n’ignorent pas ces phénomènes et beaucoup de leurs adeptes ne manquent pas de conjurer le mauvais sort par des incantations et la confection de talismans.

Les Zoraïstes disaient que les démons avaient été créés par celui qui, d’après eux, personnifiait le mal, à savoir Ahriman. La religion chinoise admet que le monde est habité par des bons et des mauvais esprits. Les Hindous croient aux puissances mystérieuses détenues à la fois par des dieux et des démons.

La croyance aux djinns et les superstitions qui s’y rattachent se vérifient de nos jours dans les milieux intellectuellement avancés. Les esprits cultivés n’ont fait que donner aux djinns d’autres appellations telles que génie ou esprit invisible. « La seule différence, dit Cheikh Hamza Boubekeur, entre la croyance ancienne et la croyance moderne aux démons à travers les civilisations, c’est qu’elle est devenue plus discrète, plus libre, plus aimable, plus individuelle, alors que naguère elle était au centre de la vie religieuse des communautés religieuses. « 

ÉPOUSES (du Prophète)

Le Prophète, du point de vue mariage, avait des privilèges que les autres croyants n’avaient pas. Ainsi Dieu déclara licite le nombre d’épouses dotées par son Envoyé et énuméra les alliances conjugales qu’il pouvait contracter. L’autre privilège concernait le douaire sans lequel le mariage, en droit musulman, est nul. Par cette expression  » qui offre elle-même sa main « , le Seigneur exemptait son Messager de cette dotation : « O toi, le Prophète. Nous avons déclaré licite pour toi les épouses auxquelles tu as donné leur douaire, les filles de ton oncle maternel, les filles de tes tantes maternelles -celles qui avaient émigré avec toi-ainsi que toute croyante qui se serait donnée au Prophète, pourvu que le Prophète ait voulu l’épouser. Ceci est un privilège qui t’est accordé, à l’exclusion des autres croyants » (S. XXXIII, 50).

Par contre, Dieu interdit au Prophète et par voie de conséquence à tous les Musulmans la pratique païenne des Arabes qui échangeaient leurs femmes définitivement ou temporairement comme Il lui avait interdit de prendre d’autres femmes autres que celles qu’il avait déjà épousées avant cette révélation :  » Il ne t’est plus permis de changer d’épouses ni de prendre d’autres femmes, en dehors de tes esclaves même si tu es charmé par la beauté de certaines d’entre elles. -Dieu voit parfaitement toute chose  » (S. XXXIII, 52).

Avant la prédication, à l’âge de vingt-cinq ans, le Prophète se maria à la veuve Khadija, fille de Khuwailid, son aînée de quinze ans. Il eut trois fils qui moururent en bas âge et quatre filles : Zainab, Ruqayya, Umm Kaltoum et Fatima. Il resta monogame jusqu’à la mort de Khadija. Il épousa par la suite, à différentes périodes, neuf femmes dont nous donnons une très brève biographie.

1 – Aïsha, fille d’Abu Bakr. Elle fut promise au Prophète quand elle avait à peine sept ans. Elle fut sa préférée. Nous lui devons l’énoncé d’un grand nombre de Hadith. Elle est la seule dont le Coran parle à la suite de ce qui est appelé l’affaire du collier. Elle rendit l’âme en 57 de l’Hégire.

2 – Hafsa, fille d’Omar. Elle fut veuve à l’âge de vingt-deux ans de Khumaï ibn Hudhafa qui mourut à la bataille d’Uhud. Contrairement à la grande majorité des femmes de son époque, elle savait lire et écrire.

3 – Umm Habiba, fille d’Abu Sufyan. Elle était précédemment marié à ‘Ubaidallah ibn Jahch et l’accompagna en Abyssinie lors de la première émigration. Elle quitta son époux qui avait embrassé le christianisme. Au moment de son mariage, son père était encore un farouche adversaire de l’Islam.

4 – Sawda, fille de Zama’. Elle était d’abord mariée à as-Sukran ibn ‘Am. Elle émigra en Abyssinie pour échapper aux persécutions des païens qoraïshites. Elle avait cinquante ans lors de son mariage avec le Prophète. Elle mourut sous le règne d’Omar.

5 – Umm Salama, fille d’Abu Umayya et proche parente de Khalid ibn Walid surnommé par le Prophète  » l’épée de Dieu « . C’était une femme cultivée pour l’époque et écrivait des poèmes. Elle s’expatria en Abyssinie avec son premier mari nommé Abu Salama qui trouva la mort à la bataille d’Uhud. Elle fut rappelée à Dieu en l’an 61 de l’Hégire.

6 – Zaïnab, fille de Jahch, cousine du Prophète, précédemment marié à Zaïd ibn Haritha, esclave affranchi et fils adoptif de l’Envoyé de Dieu. Les circonstances du mariage, qui eut lieu en l’an trois de l’Hégire, sont décrites dans le chapitre relatif à l’adoption. Sa mort remonte à l’an 20 de l’Hégire.

7 – Juwaïriyya, fille d’al Harith, chef païen de la tribu des Banu Mustaliq qui, à la tête de sa tribu, fut battu par les troupes musulmanes. Juwaïriyya figurait parmi les captifs. Elle se convertit à l’Islam et demanda au Prophète de l’aider à payer sa rançon en échange de sa libération. Le Messager de Dieu lui proposa de devenir son épouse, demande qu’elle accepta. Elle décéda en l’an 57 de l’Hégire.

8 – Safiya, juive de Khaïbar, convertie à l’Islam. Le Prophète l’épousa en l’an 7 de l’Hégire après la reddition de sa tribu.

9 – Maymuma, fille d’al-Harith, autre que celui précédemment cité. Elle était veuve et âgée de trente-six ans au moment de son mariage qui eu lieu en l’an 7 de l’Hégire, une année après la trêve de Hudalbiya.

Le Prophète eut également deux concubines citées par la tradition Raïhana qui était juive convertie à l’Islam, et Maria, d’origine copte qui lui donna un fils nommé Ibrahim lequel mourut en bas âge.

A propos de tous ces mariages, Muhammad Hamidullah donne cette explication : « …d’après le Qur’ân, quatre est le nombre maximum de femmes qu’un Musulman a le droit de réunir en mariage. Le Prophète ne se sentait jamais au-dessus des lois qu’il énonçait. Pourquoi donc eut-il plus de liberté dans cette matière ? Était-ce un privilège particulier, basé su les révélations divines ? Le Qur’ân n’en parle pas ; et les traditions, basées sur les paroles du Prophète, ne renferment rien non plus sur ce point, que je sache. Reste une autre possibilité : la restriction du nombre d’épouse serait une décision postérieure à sa dernière célébration de mariage. Le faits ne contredisent pas cette hypothèse. »

Les scènes de ménage n’épargnaient pas la maison du Prophète, scènes parfois envenimées par la jalousie d’Aïsha. Elles avaient à un moment donné si exaspéré l’Envoyé de Dieu qu’il décida de se séparer de ses épouses pendant un mois avant de les reprendre. Une révélation énonça à cet effet les droits du Prophète en la matière : « Il n’y a pas de reproche à te faire si tu fais attendre celle d’entre elles que tu voudras et si tu recherches de nouveau quelques-unes de celles que tu avais écartées. Voilà ce qui est le plus propre à les réjouir, à leur ôter tout sujet de tristesse afin que toutes soient contentes de ce que tu leur accordes. -Dieu connaît le contenu de vos coeurs. Dieu sait tout et il est plein de mansuétude  » (S. XXXIII, 51).

Les femmes du Prophète se montraient parfois exigeantes. Les expéditions avaient procuré aux Musulmans un butin considérable qui avait permis d’élever leur niveau de vie. Les épouses du Messager de Dieu ne recevaient pas les mêmes avantages que les autres femmes ; elles enviaient alors les beaux vêtements de ces dernières et, d’une façon générale, I’élévation de leur niveau social. Dieu les plaça devant le dilemme suivant : vivre dans l’opulence, et dans ce cas, elles devaient consentir à divorcer après avoir reçu tous les moyens matériels les autorisant à jouir des bienfaits de ce monde, ou bien, demeurer les épouses du Prophète mais accepter leurs conditions actuelles avec la certitude de bénéficier d’une belle récompense dans l’au-delà :  » 0 Prophète ! Dis à tes épouses : si vous désirez la vie de ce monde et son faste, venez : je vous procurerai quelques avantages puis je vous donnerai un généreux congé. Si vous recherchez Dieu, son Prophète et la demeure dernière, sachez que Dieu a préparé une récompense sans limites pour celles d’entre vous qui font le bien » (S. XXXIII, 28, 29). Toutes les épouses optèrent pour la seconde solution.

Les épouses du Prophète étaient tenues d’avoir une conduite exemplaire et de soigner leur langage afin d’éviter les mauvaises interprétations que les débauchés et les malintentionnés tireraient de leurs propos : « 0 vous, les femmes du Prophète ! Vous n’êtes pas comparables à aucune autre femme Si vous êtes pieuses, ne vous rabaissez pas dans vos propos afin que celui dont le coeur est malade ne vous convoite pas. Usez d’un langage convenable » (S. XXXIII, 32).

Dieu leur ordonna d’être dignes et de s’abstenir de toute forme de coquetterie qui rappellerait les moeurs des femmes du paganisme. Il leur était recommandé l’obéissance à Dieu et à son Prophète, ce qui les aidera à s’éloigner de toute imperfection. Cette recommandation s’adressait également à toute la famille du Prophète :  » Restez dans vos maisons, ne vous montrez pas dans vos atours comme le faisaient les femmes du temps de l’ancienne ignorance. Acquittez-vous de la prière ; faites l’aumône, obéissez à Dieu et à son Prophète : o vous, les gens de la Maison ! Dieu veut seulement éloigner de vous la souillure et vous purifier totalement, »

« Souvenez-vous des versets de Dieu et de la Sagesse qui vous ont été récités dans vos maisons. Dieu est, en vérité, subtil et bien informé » (S. XXXIII, 33, 34).

Dieu leur ordonna aussi la discrétion ; elles ne devaient pas dévoiler les secrets révélés au Prophète comme ce fut le cas de l’une d’elles, Hafsa qui ébruita un fait qui n’aurait pas dû l’être : « Lorsque le Prophète confia un secret à l’une de ses épouses et qu’elle le communiqua à sa compagne, Dieu en informa le Prophète, celui-ci en dévoila une partie et garda l’autre cachée. Lorsqu’il l’eut avertie de son indiscrétion, elle dit : qui donc t’a mis au courant ? Il répondit : Celui qui sait tout et qui est bien informé m’en a avisé  » (S. LXVI, 3).

En leur qualité d’épouses du Prophète, Dieu avait prévu pour elles une double peine pour toutes infractions aux préceptes de l’Islam, comparée la sanction réservée aux autres croyants pour la même faute. Inversement une double récompense leur avait été promise si elles se soumettaient fidèlement aux injonctions de Dieu et de son Prophète :  » 0 vous, les femmes du Prophète ! Celle d’entre vous qui se rendra coupable d’une turpitude manifeste, recevra deux fois le double du châtiment. Cela est facile pour Dieu. Et nous accorderons une double récompense à celle d’entre vous qui est dévouée envers Dieu et son Prophète, à celle qui fait le bien, et nous lui avons préparé une noble part  » (S. XXXIII, 30, 31).

Les femmes du Prophète étaient considérées comme les mères des croyants. A ce titre, après la mort du Prophète, elles devaient rester veuves car aucune personne ne se marie avec sa propre mère : « Vous ne devez pas offenser le Prophète de Dieu, ni jamais vous marier avec ses anciennes épouses : ce serait, de votre part, une énormité devant Dieu  » (S. XXXIII, 53 ).

ESCLAVE

Les esclaves ont existé chez tous les peuples bien avant l’apparition de l’Islam. Au moment de la prédication du Prophète, aucune législation au monde n’avait encore prévu d’atténuer les rigueurs de leur misérable situation. Le système d’émancipation en Occident s’établit beaucoup plus tard parallèlement au développement des techniques de la production.

L’Islam ne pouvait pas méconnaître les réalités objectives d’un Hijâz primitif et patriarcal, aux moyens de production traditionnels. Il était amené à énoncer une réglementation juridique et des concepts moraux qui réformeraient profondément les relations socio-économiques en prenant en considération la psychologie des tribus et leurs conditions économiques sans détruire systématiquement ou déséquilibrer brutalement les institutions coutumières de l’édifice social. En reconnaissant un état de fait, il édictait des dispositions pour supprimer les abus ou adoucir les mesures rigoureuses qui faussaient les règles de l’égalité et de la liberté avec comme objectif, à plus ou moins longue échéance, l’élimination de cet accident de l’histoire.

Des raisons psychologiques et objectives, avons-nous dit, n’incitaient pas en faveur de l’abolition radicale d’une institution établie en Arabie depuis des millénaires. L’Islam n’avait pas cependant attendu les progrès de l’industrialisation pour fixer des lois assurant un traitement humain aux esclaves et pour énoncer simultanément une procédure qui devait aboutir progressivement à leur libération. Le Coran et le Hadith, en prônant l’égalité naturelle des hommes, amélioraient les conditions de l’esclave et garantissaient ainsi sa sécurité morale et matérielle.

Tous les hommes sont esclaves de Dieu et de Lui seul. Le Prophète rejeta cette dénomination  » esclave  » généralement réservée à la catégorie de gens qui, dans la hiérarchie sociale, représentait la classe la plus déshéritée. Il proclama que les hommes libres et les esclaves sont frères. Le Coran interdit aux premiers d’adopter une attitude de suffisance à l’égard des seconds et ordonna au contraire de leur manifester une bonté égale à celle qui était due à la famille, aux voisins et aux étrangers de passage: « Adorez Dieu ! Ne lui associez rien ! Vous devez user de bonté envers vos parents, vos proches, le client qui est votre allié et celui qui vous est étranger ; le compagnon qui est proche de vous; le voyageur et vos esclaves. Dieu n’aime pas celui qui est insolent et plein de gloriole  » (S. IV, 36).

Sur le plan matériel, Dieu exhorta les fortunés, non pas à partager leur richesse avec leurs esclaves, mais à leur remettre le surplus de leurs biens afin d’élever leur condition matérielle:  » … Que ceux qui ont été favorisés ne reversent pas ce qui leur a été accordé à leurs esclaves, au point que ceux-ci deviennent leurs égaux. Nieront-ils les bienfaits de Dieu ? » (S. XVI, 71). Précisons qu’il s’agit d’une égalité d’un point de vue matériel et non pas politique.

Le but envisagé consistait à leur fournir les mêmes vêtements et la même nourriture destinés à eux-mêmes comme le dit le Prophète:  » Ce sont frères ! Habillez-les comme vous vous habillez. Donnez-leur à manger ce que vous mangez. « 

Quant à l’affranchissement des esclaves, le Coran énonça une série de dispositions.

Tout croyant qui tuait involontairement un autre croyant devait, en plus du prix du sang, libérer un esclave:  » Celui qui tue un croyant par erreur affranchira un esclave croyant  » (S. IV, 92).

Celui qui faisait un serment et se parjurait avait le choix entre nourrir ou vêtir dix pauvres, jeûner trois jours ou encore affranchir un esclave :  » Dieu… vous punira pour les serments prononcés délibérément. L’expiation en sera de nourrir dix pauvres – de ce que vous nourrissez normalement votre famille- ou de les vêtir, ou d’affranchir un esclave  » (S. V, 89).

Celui qui prononçait la formule de répudiation et qui revenait ensuite sur sa décision était tenu également, à titre d’expiation, de libérer un esclave avant de reprendre son épouse:  » Ceux qui répudient leurs femmes avec la formule :  » Sois pour moi comme le dos de ma mère et qui la répètent, devront affranchir un esclave avant de pratiquer de nouveau la cohabitation. Vous êtes exhortés à agir ainsi. Dieu est parfaitement informé de ce que vous faites  » (S. LVIII, 3). Il est à faire remarquer qu’il s’agit d’une formule de répudiation en usage chez les païens.

Les mauvais traitements infligés à des esclaves entraînaient obligatoirement leur mise en liberté:  » Celui qui corrige excessivement son esclave dit le Prophète, ou le gifle, expie sa faute par l’affranchissement. « 

Le Coran inclut, parmi les actes méritoires, le rachat des esclaves et destina aussi, à cet effet, une partie de la Zakkat (impôt légal):  » Comment pourrais-tu savoir ce qu’est la voie ascendante ? C’est racheter un captif  » (S. XC, 12, 13).  » La piété ne consiste pas à tourner votre face vers l’Orient ou l’Occident. L’homme bon est celui qui croit en Dieu… Celui qui, pour l’amour de Dieu donne son bien… pour le rachat des captifs  » (S. II, 177)  » Les aumônes sont destinées… au rachat des captifs  » (S. IX, 60). A cette époque, tout captif qui n’était pas libéré contre rançon était soumis à la condition d’esclave.

Le Coran et également le Hadith encouragèrent donc les croyants à introduire dans leurs bonnes oeuvres la libération des esclaves. Ces derniers pour leur part, avait la possibilité d’obtenir leur affranchissement versant à leur maître la somme équivalant à leur prix d’achat. Ils étaient donc en droit de demander à leur propriétaire l’autorisation de travailler à leur compte, en dehors des heures de service, chez une tierce personne. En possession d’un capital conséquent, ils demandaient alors leur libération. Les anciens maîtres devaient leur remettre un acte d’affranchissement et une aide matérielle et financière suffisante pour ne pas retomber dans l’esclavage comme ce fut le cas beaucoup plus tard en Amérique:  » Rédigez un contrat d’affranchissement pour ceux de vos esclaves qui le désirent, si vous reconnaissez en eux des qualités et donnez-leur des biens que Dieu vous a accordés  » (S. XXIV, 33).

L’histoire nous apprend que la juridiction musulmane, à partir du règne des Omayyades, toléra l’hérédité des esclaves, leur achat et leur capture. C’étaient des mesures que le Coran ne prévoyait pourtant pas; elles n’étaient en vigueur ni au temps du Prophète, ni sous les khalifes  » bien dirigés. « 

Il est évident que les textes coraniques et les Hadith peuvent se conformer à la vie moderne. Nous mentionnerons à titre d’exemple cette adaptation judicieuse de Marcel A. Boisard d’un Hadith:  » Vos subordonnés (esclaves) sont vos frères que Dieu a placés sous vos ordres. Que celui qui emploie un ouvrier (possède un esclave) ne le charge d’aucune tâche dépassant ses forces; s’il doit le faire, qu’il vienne à son aide. Si l’employé (esclave) commet une faute, qu’il la lui pardonne, ou qu’il le révoque (qu’il l’échange), mais ne le maltraite pas (torture) point. « 

Des textes juridiques relatifs au monde du travail sont élaborés en vue d’organiser le bon fonctionnement des entreprises. Ils n’ont pas néanmoins cette empreinte spirituelle qui moralise les relations patron-ouvriers. La même projection dans la vie contemporaine peut aisément se réaliser à propos de toutes les formes de servitude: l’exploitation, la colonisation, l’oppression et la tyrannie, l’injustice, l’inégalité sociale…

Il n’est donc pas superflu de parler d’esclavage à une ère où cette institution est complètement abolie si d’autres formes de servitude n’existaient pas encore. Les colonisateurs, les dictateurs asservissent toujours des peuples. Dans les régimes dit démocratiques, les relations patron-ouvriers relèvent de l’exploitation économique et de la domination politique. Il s’agit de nos jours de contribuer à la libération de l’homme de toutes les formes d’aliénation, de participer à la lutte pour le recouvrement de la dignité humaine et l’épanouissement des libertés. En d’autres termes, il convient d’agir inlassablement pour que l’égalité naturelle des hommes entre eux et devant Dieu ne soit pas un vain mot.

ESPRIT

Les docteurs musulmans font une distinction entre le vocable  » âme  » traduit par  » nafs  » et celui de  » rûh  » qui définit tantôt  » Esprit « , tantôt  » Souffle.  » L’un a un caractère charnel, matériel, corporel. L’autre revêt un sens spirituel, immatériel. C’est le second aspect du terme que nous étudierons.

Dans le Coran, l’expression  » Esprit fidèle  » est attribuée à l’ange Gabriel en sa qualité d’intermédiaire entre Dieu et le Prophète quant à la communication de la Révélation:  » Oui, le Coran est une Révélation du Seigneur des mondes; -l’Esprit fidèle est descendu avec lui sur ton coeur pour que tu sois au nombre des avertisseurs  » (S. XXVI, 192, 193, 194).

Gabriel, étant l’ange de la Révélation, Dieu l’envoyait aux serviteurs choisis par Lui pour en faire des avertisseurs auprès des hommes :  » L’Esprit provient de son Commandement, il le lance sur qui il veut parmi ses serviteurs avec la mission d’avertir les hommes  » (S. XL, 15).

Le mot s’applique également au même ange quand celui-ci apparut sous une forme humaine à Marie, mère de Jésus:  » Nous lui avons envoyé notre Esprit; il se présenta devant elle sous la forme d’un homme parfait  » (S. XIX, 17).

 » L’Esprit de sainteté  » est aussi une dénomination de l’ange Gabriel désigné par Dieu pour assister Jésus dans sa mission:  » Nous avons accordé des preuves incontestables à Jésus, fils de Marie, et nous l’avons fortifié par l’Esprit de Sainteté  » (S. II, 87 et 253),  » O Jésus, fils de Marie… Je t’ai fortifié par l’Esprit de Sainteté  » (S. V, 110).

Le terme  » Esprit  » revient dans le Coran pour désigner le Souffle divin qui avait donné vie à Adam :  » Après que je l’aurai harmonieusement formé, et quand j’aurai insufflé en lui de mon esprit  » (S. XV, 29).

Il est encore utilisé dans le sens de  » Souffle  » quant à la conception de Jésus, celui-ci étant le  » Verbe de Dieu  » (kalimatu-hu):  » Sa parole qu’il a jetée en Marie  » (S. IV, 171).  » Et celle qui était restée vierge… nous lui avons insufflé de notre Esprit. Nous avons fait d’elle et de son fils un Signe pour les mondes  » (S. XXI, 91). Notons que Dieu ne dit pas  » fils « , mais  » fils de Marie « , expression qui revient chaque fois qu’il est question de Jésus.

Comme nous l’avons indiqué, la définition traditionnelle de  » Esprit fidèle  » et  » Esprit de Sainteté  » se réfère à l’ange Gabriel. Ibn Sinâ, par contre, fait une distinction entre les deux expressions. En ce qui le concerne,  » Esprit de Sainteté  » est bien de l’ordre des Chérubins, quant à  » Esprit fidèle « , d’un rang inférieur, est de l’ordre des  » substances spirituelles immuables « .

ÉVANGILE

Nous nous limiterons ici à situer l’Évangile par rapport à l’authenticité de la Révélation et à insister par la même occasion sur l’un des passages qui indique que Jésus avait annoncé la venue du Prophète Muhammad.

Dieu envoya Jésus pour confirmer ce qui avait été antérieurement révélé à Moïse et réhabiliter l’enseignement divin que les hommes et le temps avaient altéré. Il lui donna à cet effet l’Évangile pour exhorter les hommes à suivre la vraie Direction. L’Évangile avait donc pour but non pas d’abolir la Loi déjà contenue dans la Tora mais bien de redresser les déviations et de remettre ceux qui craignaient Dieu dans la Voie vraie :  » N’allez pas croire que je sois venu abroger la Loi ou les prophètes, je ne suis pas venu abroger, mais accomplir  » (Matthieu : V, 17). Cette parole de Jésus est confirmée par le Coran:  » Nous avons envoyé, à la suite des prophètes, Jésus, fils de Marie, pour confirmer ce qui était avant lui, de la Tora. Nous lui avons donné l’Évangile où se trouvent une Direction et une Lumière, pour confirmer ce qui était avant lui de la Tora, une Direction et un avertissement destinés à ceux qui craignent Dieu  » (S. V, 46).

Jésus n’a pas écrit l’Évangile. Il ne l’a pas également dicté. Ce fut la tâche d’hommes qui n’ont pas vécu les événements de la vie de Jésus. Le récit de sa vie et le prêche qu’il a fait oralement durant trois années ont été reproduits plus ou moins fidèlement en araméen ou en hébreu sur la foi de témoignages indirects.

Plusieurs versions de l’Évangile ont été écrites parmi lesquelles une soixantaine appelées apocryphes. Les faits ont été relatés à une époque ultérieure à celle de Jésus. Le temps aidant, des omissions et des altérations se sont nécessairement produites sinon l’histoire n’aurait pas enregistré le développement d’une diversité de sectes chrétiennes aux doctrines contradictoires, quant au fond, par nombre de leurs aspects.

La mémoire des hommes n’est pas infaillible encore moins si les événements enregistrés datent de plus d’un siècle. Les amputations et les déformations sont toujours prévues et Jésus n’a pas manqué en son temps de mettre en garde contre les transgressions de la Loi divine. L’Évangile selon Matthieu le rappelle :  » Car, en vérité, je vous le déclare, avant que passent le ciel et la terre, pas un i, pas un point sur l’i ne passera de la loi, que tout ne soit arrivé. Dès lors celui qui transgressera un seul de ces plus petits commandements et enseignera aux hommes à faire de même sera déclaré le plus petit dans le Royaume des cieux ; au contraire, celui qui les mettra en pratique et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le Royaume des cieux. Car je vous le dis : si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, non, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux  » (V, 18 à 20).

Au moment de la prédication du dernier des prophètes, il était évident que l’Évangile tel qu’il a été révélé n’a pas été respecté, ce qui provoquera des polémiques entre les Chrétiens qui émettaient, à partir des erreurs accumulées dans la transmission du message de Jésus, des interprétations erronées, des additions déviant le fond du véritable sens de la Loi, de faux jugements sur l’Islam. Ce fut ainsi que la Parole de Dieu communiquée à Jésus revient, sous une autre forme, dans la bouche du Prophète Muhammad :  » Que les gens de l’Évangile jugent les hommes d’après ce que Dieu a révélé. Les pervers sont ceux qui ne jugent pas les hommes d’après ce que Dieu a révélé  » (S. V, 47).  » S’ils avaient observé la Tora, l’Évangile et ce qui leur a été révélé par leur Seigneur, Ils auraient certainement joui des biens du ciel et de ceux de la terre. Il existe parmi eux des gens modérés, mais beaucoup d’entre eux font le mal « .  » Dis : O gens du Livre ! Vous ne vous appuyez sur rien, tant que vous n’observez pas la Tora et l’Évangile et ce qui a été révélé par votre Seigneur  » (S. V, 66, 68).

L’Église chrétienne n’a officialisé des Évangiles que ceux de Matthieu, Marc, Luc et Jean. Ces écrits se caractérisent également par des contradictions et des anachronismes historiques. Comparés au Coran révélé pour confirmer les Écritures anciennes, ils renferment, entre autres, à la suite de la traduction du texte grec, un contresens relatif à la mission de Muhammad.

Le Coran rappelle que Jésus a annoncé la venue d’un Messager nommé  » Ahmad  » : .. Jésus, fils de Marie, dit : O fils d’Israël ! Je suis, en vérité, le prophète de Dieu envoyé vers vous pour confirmer ce qui, de la Tora, existait avant moi, pour vous annoncer la bonne nouvelle d’un Prophète qui viendra après moi et dont le nom sera Ahmad  » (S. LXI, 6). Nous trouvons cette indication dans l’Évangile de Jean qui rapporta les derniers entretiens de Jésus avant son arrestation et sa condamnation.

 » Le Paraclet, l’Esprit Saint que le père enverra en mon nom, vous communiquera toutes choses, et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit  » (XIV, 26). Il est dit encore dans un autre passage :  » Cependant, je vous ai dit la vérité: c’est votre avantage que je m’en aille ; en effet, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous ; si au contraire, je pars, je vous l’enverrai. Et lui, par sa venue, il confondra le monde en matière de péché, de justice et de jugement… J’ai encore bien des choses à vous dire mais actuellement, vous n’êtes pas à même de les supporter ; lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité toute entière, car il ne parlera pas de son vrai chef, mais il dira ce qu’il entendra et il vous communiquera tout ce qui doit venir. Il me glorifiera car il recevra de ce qui est moi et il vous le communiquera…  » (XVI, 7 à 14).

C’est le mot Paraclet qui soulève les divergences entre Chrétiens et Musulmans. Il a été traduit du mot grecParaklêtos qui signifie défense ou intercesseur. Il aurait fallu certainement lire Périclytos qui a pour sens le  » loué « , c’est-à-dire Ahmad.

La lecture de ces passages de l’Évangile de Jean montre que la personne qui viendra après Jésus sera envoyée par Dieu. Elle ne fera que communiquer ce qu’elle entendra. Elle confondra ceux qui ont jugé Jésus et l’on fait condamner. Jésus, avant de quitter ce monde, affirma également à ses disciples que sa doctrine était intentionnellement incomplète. L’intercesseur annoncé développera son enseignement et transmettra à l’humanité la Vérité dans son intégralité. Il fera comprendre avec plus d’évidence ce qu’est Direction et achèvera ainsi son oeuvre. N’est-ce pas là la mission du Prophète Muhammad ?

Après avoir analysé les textes ci-dessus de l’Évangile, comparés au texte grec de base, Maurice Bucaille conclut :  » On est alors conduit en toute logique à voir dans le Paraclet de Jean un être humain comme Jésus, doué de faculté d’audition et de parole, facultés que le texte grec de Jean implique de façon formelle. Jésus annonce donc que Dieu enverra plus tard un être humain sur cette terre pour y avoir le Rôle défini par Jean qui est, soit dit en un mot, celui d’un prophète entendant la voix de Dieu et répétant aux hommes son message. Telle est l’interprétation logique du texte de Jean si l’on donne aux mots leur sens réel.

 » La présence des mots Esprit Saint dans le texte que nous possédons aujourd’hui pourrait fort bien relever d’une addition ultérieure tout à fait volontaire, destinée à modifier le sens primitif d’un passage qui, annonçant la venue d’un prophète après Jésus, était en contradiction avec l’enseignement des Églises chrétiennes naissantes, voulant que Jésus fût dernier des prophètes. « 

Dieu révéla la Tora et ensuite l’Évangile; tels qu’ils ont été enseignés par Moïse et Jésus, ils gardent, pour le Musulman, toute leur autorité. En d’autres termes, la doctrine des Écritures pratiquées actuellement n’est pas à rejeter en bloc car le Coran est la Vérité qui confirme les révélations antérieures:  » Il a fait descendre sur toi (il s’agit du Prophète Muhammad) le Livre, en toute vérité; celui-ci déclare véridique ce qui était avant toi. Il avait fait descendre la Tora et l’Évangile -Direction, auparavant, pour les hommes- et il avait fait descendre la Loi  » (S. III, 3, 4). A ce titre, nous ne devons pas nous étonner de relever des similitudes entre les trois religions monothéistes au lieu de s’obstiner à découvrir mal intentionnellement des sources terrestres au Coran, sachant pertinemment bien que la Révélation est UNE. Dans leur authenticité, la Tora, l’Évangile, et avant eux tout ce qui a été révélé et promis à Abraham en territoires et en bienfaits spirituels ainsi qu’à tous les autres prophètes appartient également au patrimoine du monde musulman.

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