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De quelques termes médicaux
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à la surface de l'eau...
Bibliographie
Au cri du bébé
le Bushman réagit
en 6 secondes
l'Occidental
en 5 minutes...
L'appareil vocal
n'est pas vraiment
destiné à produire
des sons
La voix se scinde
en autant de voix
qu'il y a d'oreilles
pour l'entendre
Se refaire
une nouvelle voix
une nouvelle
image de marque
|
Branka Zei,
docteur en psychologie, linguiste, phonéticienne, directrice
du VOX Institute de Genève, chercheur à la Division
de médecine psychosomatique des Institutions universitaires
de psychiatrie de Genève, auteur de nombreuses publications
dans le domaine de la psycholinguistique, est spécialisée
dans l'analyse de la voix par ordinateur et l'application des
sciences du langage à la communication orale normale et
pathologique.

AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE CRI
En Occident, vérité et preuves
ne peuvent avoir aujourd'hui de forme qu'écrite. La preuve
que nous existons n'est pas dans notre chair et dans nos os,
mais dans les papiers que nous pouvons montrer. Dites la vérité
à haute voix, et l'on vous rétorquera: "Mettez
moi ça par écrit!" Écrivez en toutes lettres
un mensonge, et chacun vous croira. Jamais on ne vous demandera:
"Dites cela à haute voix". C'est que la vive
voix, jugée trop subjective, trop éphémère,
n'a aujourd'hui qu'à moitié voix au chapitre.
Pourtant, elle a toujours eu une importance capitale dans les
relations humaines. Les négociations de paix (ou de guerre)
se font de vive voix. L'ouverture et la clôture des grandes
assemblées ne sont effectives qu'une fois annoncées
de vive voix. Au tribunal, le plaidoyer sera plus ou mois décisif
selon la voix et le style vocal de l'avocat.
Mais qu'est-ce qu'un style vocal?
La diversité des définitions est embarrassante.
Le Larousse définit le style vocal comme une "façon
particulière dont un écrivain, un orateur exprime
sa pensée". Mais les termes "façon de
s'exprimer" ou "manière de parler" sont
si communs qu'ils ne signifient plus grand chose.
J'aimerais donc jeter ici un peu de lumière sur le rôle
de la voix, évident et pourtant occulté par notre
civilisation de l'écrit.
Au commencement était le cri. C'est par le cri que le
nouveau-né annonce son arrivée. Sa première
signature est une empreinte vocale. Sa voix le singularise dès
sa naissance et continuera à le singulariser toute sa
vie. Elle lui appartient en propre, son corps la produit. Mais
d'emblée, elle est donnée aux autres. En pénétrant
dans leurs oreilles, elle entre chez eux, dépose là
son empreinte, et s'évade aussitôt. La voix est
éphémère.
Du point de vue acoustique, le cri néonatal est un phénomène
sonore d'une durée de 1 à 4 secondes, d'une intensité de 82 décibels
environ, et d'une hauteur fréquentielle plutôt aiguë
de 350 à 500 Hz (à titre de comparaison, la fréquence fondamentale moyenne
de la parole des femmes est de 200 à 250 Hz.)
Du point de vue médical, le cri permet au nouveau-né
d'expulser certaines substances obstruant ses voies respiratoires,
et d'augmenter la ventilation et la température de son
corps. Le cri du nouveau-né indique le changement de son
mode respiratoire et circulatoire, conséquence de son
passage du milieu aquatique maternel à un milieu aérien.
Ontogénétiquement,
le cri de naissance et la voix des pleurs constituent, semble-t-il,
un des premiers mécanismes de survie de l'enfant. Un mécanisme
greffé sur la respiration, mais qui fonctionne comme une
sorte de cordon ombilical auditif assurant le contact entre l'enfant
et son environnement, afin qu'il soit protégé des
prédateurs ou de l'abandon. Le petit, même perdu
de vue, reste localisable par sa mère, et reconnaissable
par elle comme étant sien.
D'un point de vue psychologique, enfin, les cris et les pleurs
du nouveau-né provoquent des échanges sensoriels
qui fondent les premières interactions entre la mère
et l'enfant. Ils "représentent pour les parents,
comme le dit Cismaresco, la première véritable
demande de la part du nouveau-né, les premières
décisions à prendre, les premières joies,
le premier stress..."
Le cri du bébé est une sirène de brume.
La mère interprète les cris et les pleurs de son
enfant comme exprimant ses besoins et ses états émotionnels.
Ainsi le cri du nouveau-né est-il un signal d'alarme auquel
certaines mères, les mères Bushmen du Kalahari
par exemple, répondent dans un délai moyen de six
secondes. Dans les sociétés occidentales, ce délai
varie de 5 à 30 minutes. Les chercheurs ont même
pu montrer qu'il existe un lien entre le cri du bébé
et la température cutanée du sein maternel. La
température du sein augmente sept minutes environ après
le début des cris, de manière à être
prêt pour la tétée. Les mères et les
sages-femmes acquièrent la capacité de distinguer
les cris du nouveau-né dus à la douleur, à
la faim ou à l'inconfort. (Les hommes semblent moins doués.)
Depuis quelques années, les médecins et les phonéticiens
analysent les cris des bébés afin de dresser une
symptomatologie acoustique des différentes pathologies.
Une équipe finlandaise a répertorié par
exemple les caractéristiques acoustiques des cris du nouveau-né
dans le cas d'une perturbation métabolique telle que l'hyperbilirubinémie
[qui se traduit par un excès de pigment rouge dans la
bile et dans le sang] et montré que les cris se modifient
un ou deux jours déjà avant que le taux de bilirubine
ne s'élève. Une meilleure connaissance de la voix
du nouveau-né pourrait sans doute aider à établir,
ou à affiner, un diagnostic précoce permettant
d'éviter des traitements tels que la photothérapie
ou les transfusions sanguines.
ET LA VOIX FUT. L'appareil qui produit la voix, composé
d'éléments disparates empruntés aux système
respiratoire et digestif, n'est pas spécifiquement destiné
à produire des sons. Son fonctionnement ressemble à
celui d'un instrument à vent, avec une soufflerie (les
poumons), un vibrateur (les cordes vocales) et un résonateur
(la cavité pharyngo-buccale). Le souffle provenant des
poumons s'engage dans la trachée en haut de laquelle il
se heurte aux cordes vocales (muscles thyro-aryténoïdiens).
A chaque ouverture des cordes vocales, l'air pulmonaire est débité
en bouffées qui se succèdent plus ou mois rapidement
au rythme des vibrations des cordes vocales.
Ainsi naît le son laryngé, matière première
de la voix humaine, de cette voix qui sera le messager de nos
émotions.
Avant de devenir notre "vraie voix", le son laryngé
est encore modifié au passage des différentes cavités
supra-glottiques (pharyngale, buccale, labiale et nasale). Le
produit final - la voix de la parole - est donc un son complexe
composé d'un ton fondamental (F0), d'harmoniques, et de
bruits couvrant un spectre de fréquences qui peuvent dépasser
20'000 Hz.
Bien que l'homme n'ait probablement pas été créé
pour parler ou chanter, il a réussi, au cours de son évolution,
à faire un usage de plus en plus sophistiqué de
sa voix, jusqu'à maîtriser parfaitement les 196
muscles sollicités par la parole et le chant.
LA VIVE VOIX CONTRE LA LETTRE MORTE. La voix, parce qu'elle est
le produit acoustique d'un comportement sensori-moteur, porte
l'empreinte corporelle des trois systèmes (respiratoire,
phonatoire, articulatoire) impliqués dans sa production.
Or, le fonctionnement de ces systèmes est influencé
par l'état émotionnel du sujet. C'est pourquoi
l'isomorphisme voix-émotion
est presque parfait: à l'intensité de l'émotion
correspond une modification d'intensité de l'activité
phonatoire et articulatoire.
Ainsi, en cas de stress, l'action accrue du système nerveux
sympathique conduit à une phonation tendue, qui se manifeste
dans l'intensité de la voix, sa hauteur, et la façon
d'articuler les sons du langage. Les émotions tendres
provoquent, par exemple, le prolongement des voyelles, les émotions
agressives celui des consonnes. A tout moment, la voix reflète
l'état d'âme du locuteur, car elle est à
la fois dedans et dehors. Elle la fenêtre à
travers laquelle on "espionne" les sentiments.
La configuration glottale et l'accolement des cordes vocales
diffèrent selon le type d'émotion exprimée:
[figure 1, Fonagy p 44]
Les changements phoniques résultant des ces différentes
configurations glottales sont faciles à percevoir par
l'oreille humaine. Les spectres fréquenciels de la tendresse
et de la colère donnent ceci, représentés
sur des spectrogrammes tridimensionnels:
[figure 2]
Ces différences phoniques sont de véritables codes,
parallèles au code linguistique, mais des codes spontanés.
Elles élargissent le cadre interprétatif du discours
en donnant aux propos un sens spécifique au moment de
l'énonciation. C'est pourquoi la communication orale est
moins ambiguë que la communication écrite. La lettre
"morte", lorsqu'elle est interprétée
vocalement, s'enrichit des vibrations de l'âme de celui
qui parle.
UNE DETTE ENVERS FERDINAND DE SAUSSURE.
Ferdinand de Saussure (1857-1913) a été le premier
à distinguer la langue de la parole. La
langue est un système de signes servant à la
communication. La signification de chaque signe est conventionnellement
fixée car les sons qu'on utilise pour signifier une idée
sont arbitrairement choisis par la communauté parlante.
Nombreux sont les exemples, où la même suite de
sons signifie autre chose dans une autre langue. La parole
est l'ensemble des choix lexicaux, articulatoires et acoustiques
réalisés lors d'une communication orale dans une
langue donnée. L'acte de parole est destiné à
satisfaire les besoins communicatifs d'un sujet parlant dans
une situation concrète.
C'est justement cette situation concrète qui détermine
l'état émotionnel de l'organisme produisant la
voix, les sons du langage et un style vocal correspondant aux
intentions communicatives du locuteur. Ce style vocal porte à
haute voix la signature de son interprète. Le style vocal
a donc sa place dans la parole, et non pas dans la langue.
Il donne un ensemble d'indices qui se coordonnent avec le langage
pour exprimer d'infinies nuances de sens.
IL Y A 2000 ANS C'ÉTAIT DEJA TARD. Cicéron (106-43 av.
J.-C.) s'étonnait de ce que l'étude de l'art oratoire
fût arrivé à Athènes, cité-mère
de l'éloquence, au VIe siècle av. J.-C. seulement,
c'est-à-dire au temps de Solon et de Pisistrate, époque
à laquelle Athènes avait une existence déjà
plus longue que Rome au moment où Cicéron parlait.
Pourtant la façon de parler devait occuper depuis longtemps
une place importante, plaidait-il, sinon pour quelle raison Homère
aurait-il loué l'éloquence d'Ulysse et de Nestor?
Dans De Oratore (55 av. J.-C.), Cicéron donne des
explications très précises sur les styles vocaux
et l'utilisation de la voix dans l'art de la persuasion. Pour
lui, comme pour Aristote, un bon orateur doit être capable
d'instruire (chose due), de donner du plaisir (chose gracieusement
offerte) et d'émouvoir (chose franchement nécessaire).
La voix est le support du plaisir et de l'émotion. Entendre
une voix est une émotion.
On sait, dit Lucrèce (98-53 av. J.-C.) dans De natura rerum, que le cri d'un seul messager frappe les oreilles
d'une foule entière: sa voix unique se scinde en autant
de voix qu'il y a d'oreilles pour l'entendre. Elle contourne
les obstacles, elle passe à travers les murs, elle va
droit au coeur.
Pour saint Augustin, dans ses Confessions (397-401), la
voix qui entre dans le corps donne du plaisir sensuel. Elle enchante
et séduit sans que l'on s'en rende compte, en tout cas
dans l'immédiat.
Les orateurs et des philosophes de l'Antiquité connaissaient
bien le pouvoir de séduction et de persuasion de la voix.
Platon et Aristote disaient que le style vocal suffit à
rendre les faits et les arguments crédibles et convaincants,
et à infléchir le sens des mots en renforçant
ou en diminuant leur effet sémantique. Démosthène
(384-322 av. J.-C.) et Quintilien (30-100 ap. J.-C.), orateurs
célèbres, donnaient des indications très
détaillées sur l'utilisation de la voix à
des fins de persuasion.
Comment se fait-il, dès lors, qu'aujourd'hui, 2000 ans
plus tard, l'école n'enseigne systématiquement
ni le style vocal, ni l'art oratoire? Les élèves
s'exercent pour l'essentiel à écrire des textes.
Ils apprennent, au mieux, à réciter un poème
par coeur, mais ce qui compte, souvent, c'est le par coeur
et non l'interprétation orale du poème. Or le sens
du poème dépend du ton qu'on lui prête. Le
ton peut démentir une déclaration d'amour, comme
il peut raviver une expression banale. Pourquoi enseigner l'art
d'argumenter par écrit et négliger l'art d'argumenter
en utilisant sa voix? Quiconque sort aujourd'hui de l'école
sait tout des styles écrits, rien des styles vocaux. En
cette fin de XXe siècle, le style vocal n'est pas à
l'ordre du jour.
INTERMÈDE MUSICAL. Dans la musique vocale et instrumentale européenne,
la tristesse et l'angoisse s'expriment souvent par une forte
réduction de la gamme mélodique.
[Mozart: Fonagy page 128]
La transcription musicale d'une expression verbale de l'angoisse
ou de tristesse montre la même tendance à la monotonie.
[page 128]
La mélodie de la phrase semble refléter directement
l'état émotionnel du sujet parlant. De ce fait
elle fonctionne, indépendamment de la langue, comme indice
musical de l'affectivité. On est tenté de se demander
si la composition musicale ne s'inspire pas de la musicalité
de la voix.
DEPUIS QUE LES ORDINATEURS PARLENT. Les connaissances scientifiques
à propos de la voix avancent à pas de géant
depuis que la phonétique acoustique s'est dotée
de moyens informatiques. Les logiciels spécialement conçus
pour le traitement du signal acoustique dévoilent les
secrets les plus subtils de la voix humaine.
Si les rhétoriciens de l'Antiquité avaient un savoir
et un savoir-faire intuitifs, les phonéticiens de la fin
du XXe siècle disposent de données scientifiques
qui leur permettent de comprendre la structure fine de la voix
et de conduire des expériences dans de nombreux domaines
touchant à la communication, à l'émotion
ou à la gestion.
Les analyses informatisées permettent de mesurer les principaux
paramètres de la voix et de déterminer ainsi, par
exemple, les attributs les plus importants de la personnalité,
de l'affectivité, des attitudes, etc. La plupart de ces
attributs dépendent de quatre dimensions vocales: la fréquence
fondamentale (F0), responsable de la hauteur de la voix; l'intensité;
le spectre (distribution de l'énergie dans le champ fréquentiel);
et la vitesse d'élocution (mesurée en nombre de
syllabes prononcées par seconde).
On constate par exemple qu'un débit rapide et une voix
forte caractérisent souvent une personnalité extravertie;
qu'une parole lente, couplée avec une voix de faible intensité
et monocorde, caractérise volontiers un locuteur triste,
manquant d'énergie, apathique. Telle configuration des
paramètres vocaux caractérisera un locuteur stressé,
telle autre révélera une personnalité active,
indépendante, dominante, telle autre fera ressortir la
passivité ou la soumission du locuteur.
Le maniement informatisé du signal acoustique a également
ouvert une voie prometteuse à la synthèse de la
parole. Les ordinateurs parlent déjà. Mais leur
voix est étrange, et même déplaisante, car
elle manque de couleur émotionnelle.
LA VOIX SYMPTÔME. De nombreux travaux démontrent qu'il
y a relation entre les troubles affectifs et les caractéristiques
acoustiques de la voix. La monotonie de la voix et une faible
intensité vocale constituent les symptômes vocaux
de la dépression. Des chercheurs londoniens ont même
réussi, en analysant les voix de leurs patients, à
différencier deux types de schizophrénie.
L'analyse informatisée de la voix aide également
au raffinement du tableau clinique des patients somatiques, elle
permet d'évaluer par exemple les conséquences de
la neuropathie du système
nerveux autonome chez les diabétiques; elle aide au
diagnostic et au suivi des patients souffrant de divers troubles
affectifs, comme la présence de l'angoisse ou de la colère
comme sentiments non verbalisés; elle facilite le diagnostic
des troubles d'aprosodie chez les
patients cérébrolésés; elle facilite
le diagnostic de la dépression chez l'enfant; elle permet
de contrôler les effets des psychotropes chez les patients;
etc.
Une technique couramment utilisée consiste à récolter
des échantillons de la voix du patient lorsqu'il évoque
des situations émotionnelles vécues. L'enregistrement
de sa voix est alors digitalisé et analysé. De
cette façon, les émotions deviennent mesurables.
LA VOIX INDIQUE LA TAILLE DE L'ANIMAL. Lorsqu'ils se sentent
en danger, les oiseaux et les mammifères ont un cri plus
grave qu'à l'ordinaire. Une voix basse étant produite
par des cordes vocales longues et épaisses, elle évoque
en effet un animal puissant et de grande taille: en lançant
un cri grave, l'animal en danger semble essayer d'intimider son
ennemi en faisant illusion sur sa taille.
Il en va de même chez l'homme. Une voix aiguë suggère
la petite taille du locuteur, c'est pourquoi l'on tend à
utiliser des vocalisations plus aiguës que d'habitude lorsque
l'on essaie de décourager l'agressivité de quelqu'un,
de lui faire entendre que l'on se subordonne ou que l'on se soumet
à lui, ou que l'on désire coopérer avec
lui. Une voix grave a des connotations inverses, de confiance
en soi, d'affirmation, de domination, d'autosuffisance, etc.
LA VOIX DU DIALOGUE. La voix joue un rôle important dans
la régulation de l'interaction verbale. La voix du dialogue
diffère de celle du monologue, car les interlocuteurs
s'influencent mutuellement. Les façons de parler sont
d'ailleurs contagieuses. A un ton de confiance répond
un ton de confiance. Les amoureux parlent souvent de la même
manière. Un enfant bègue peut "contaminer"
un petit camarade.
L'étude de la voix est d'un intérêt particulier
pour le management: comment l'utiliser en situation de compétition,
de prise de décision, de conflit?
Le comportement vocal des interlocuteurs joue un rôle important
dans une négociation. Les locuteurs seront perçus
comme collaborants ou hostiles, selon le degré d'adaptation
de leurs styles vocaux. L'adaptation peut être bilatérale
ou unilatérale. La position hiérarchique détermine
souvent, si ce n'est toujours, quel locuteur va s'adapter à
l'autre. Mais il arrive aussi, lorsqu'un personnage dominant
s'adresse à un dominé avec une intensité
vocale accrue, que le dominé renonce à augmenter
l'intensité de sa propre voix, pour signaler qu'il accepte
la répartition des rôles qui lui est imposée.
Le principe psychologique qui sous-tend l'adaptation langagière
est le principe de l'attirance par la ressemblance: le ressemblant
étant plus prévisible, paraît en effet moins
dangereux.
La manière de s'exprimer vocalement est influencée
aussi par des données géographiques et culturelles.
Les habitants des régions chaudes, exposées aux
vents violents, ont l'habitude de parler plus fort. Les locuteurs
venant de lieux où la vie sociale se déroule souvent
à l'extérieur, sur les places ou dans les rues,
ont des habitudes vocales très différentes de locuteurs
habitués à communiquer dans des lieux fermés.
C'est l'une des raisons sans doute pour lesquelles les voix des
locuteurs de certaines régions méditerranéennes
paraissent criardes, voire agressives, aux oreilles de personnes
venant de régions plus septentrionales.
Quant à la culture, elle influe surtout sur la censure
tacite de l'expression émotionnelle: dans certaines cultures,
les expressions de colère ou de joie sont réprimées,
dans d'autres elles ne le sont pas.
UN "LIFTING" POUR LA VOIX. Des professionnels de plus
en plus nombreux se préoccupent de soigner leur image
de marque vocale. Tel ex-premier ministre britannique, dont la
voix était trop haut perchée pour qu'il puisse
assumer ses fonctions de femme d'État, procéda à
un "lifting" de sa voix. Les chasseurs de têtes
se mettent à analyser la voix des personnalités
auxquelles ils s'intéressent. Les enseignants prennent
conscience que leur voix est leur principal outil de travail;
monotone, elle risque d'endormir l'auditoire, aiguë, avec
de fréquentes intonations montantes, elle risque de l'irriter.
Les entreprises adhérant à l'idée de la
"qualité totale" organisent des cours pour leurs
téléphonistes ou leurs secrétaires, dont
la voix est souvent le premier contact du client.
Dans la pratique, avant de "lifter" une voix, il faut
déterminer pourquoi on veut le faire; il n'y a pas, en
effet, de voix universellement bonnes, ou efficaces en toutes
circonstances.
Après quoi, la personne intéressée livre
plusieurs échantillons de sa voix à un spécialiste
qui, par une analyse informatisée, en révèle
les principales caractéristiques. Un programme de travail
sur la voix peut alors être établi.
L'intéressé détermine sa "nouvelle"
voix à l'avance. La technologie permet en effet de "maquiller"
un enregistrement original en en modifiant artificiellement certaines
caractéristiques, de telle sorte qu'une voix aiguë
devienne grave ou qu'une élocution lente s'accélère
(sans changement de qualité vocale). La "nouvelle"
voix ainsi élaborée sera le modèle que le
locuteur s'exercera à reproduire.
Que la vive voix retrouve, en cette veille de troisième
millénaire, voix au chapitre!

ADDENDA
DOSSIER
© Le Temps stratégique,
No 66, Genève, octobre 1995. le.temps@edipresse.ch
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