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A Tchernobyl, les hommes, les animaux, les plantes
vivent mieux qu'avant...
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Tchernobyl, 26 avril 1986, 01
h 23...
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CONTREPOINT
A Tchernobyl,
aujourd'hui, tout n'est pas si rose
De quelques conséquences
médicales de la catastrophe
Dans la centrale même, trois personnes
ont péri par traumatisme et brûlures au moment de
l'explosion. Parmi les sauveteurs qui sont intervenus juste après
la catastrophe, 237 ont été hospitalisés
pour un syndrome aigu d'irradiation et 28 sont morts quelques
semaines plus tard. On ne connaît pas l'état de
santé actuel des survivants.
Les "liquidateurs"
Le sort des personnes ayant participé ultérieurement
aux tâches d'assainissement dans le périmètre
de 30 km autour de la centrale (les liquidateurs) est également
incertain. Leur nombre officiel, de 600'000 à 800'000,
originaires d'Ukraine, de Russie, de Biélorussie et des
pays baltes, est actuellement revu à la baisse par les
gouvernements respectifs, le statut de liquidateur, qui donne
certains avantages, un suivi médical régulier notamment,
coûtant cher aux autorités. Quelles que soient les
populations de référence prises par les différents
experts de la CEI, aucune surmortalité n'est actuellement
rapportée chez les "liquidateurs". Un rapport
publié en 1994 a même trouvé, dans un groupe
de 140 000 liquidateurs, une mortalité inférieure
à celle de la population témoin. En revanche, la
plupart des recherches ont mis en évidence, dans ces groupes,
une augmentation importante des affections habituelles de la
population générales (maladies cardio-vasculaires
et digestives, bronchites chroniques, rhumatisme articulaire),
une fréquence inhabituelle de désordres neuro-psychologiques
et un vieillissement accéléré de l'organisme.
Les enfants
L'un des effets marquants de la catastrophe de Tchernobyl est
l'augmentation des cancers de la thyroïde en Biélorussie,
en Ukraine et en Russie. Une forte augmentation des cancers chez
l'enfant a été détectée en Biélorussie
dès 1989-1990, ensuite en Ukraine, plus récemment
dans une des zones contaminées de Russie, la région
de Briansk. De nombreuses recherches médicales et épidémiologiques
ont été menées en Biélorussie, en
particulier par le professeur Theodor Abellin, directeur de l'Institut
de Médecine sociale et préventive de l'Université
de Berne et expert de l'OMS. Parce que le cancer de la thyroïde
chez l'enfant est particulièrement agressif, qu'il se
manifeste rapidement et que sa détection clinique est
aisée, le professeur Abellin considère que l'on
ne saurait attribuer l'augmentation constatée à
la seule mise en place de campagnes de dépistage.
Entre 1986 et 1994, les médecins ont diagnostiqué
dans les régions contaminées 333 nouveaux cas de
cancer chez l'enfant. Ce qui signifie que le taux de cancer de
la thyroïde chez les enfants âgés de moins
de 15 ans en 1986 a été multiplié par 30
depuis la catastrophe de Tchernobyl.
Pour l'ensemble de la Biélorussie, le taux de cancer est
actuellement de 3,06 pour 100'000 enfants, alors que le taux
naturel (celui des pays baltes par exemple) est de 0,1 cas pour
100'000 enfants. Dans la région de Gomel, où les
retombées radioactives furent particulièrement
importantes, le taux varie entre 8,39 et 13,08 pour 100 000 enfants.
Le taux de cancer de la thyroïde chez les adultes a été
multiplié par trois. En Ukraine, les médecins ont
diagnostiqué entre 1986 et 1994 quelque 200 cas dans les
cinq régions les plus contaminées situées
au nord du pays, soit un taux 10 fois supérieur à
celui des années précédentes. En Russie,
120 nouveaux cancers ont été détectées
entre 1990 et 1994, mais les données sont, là,
plus lacunaires.
Après la catastrophe, les scientifiques s'attendaient
par ailleurs à une forte augmentation des cancers solides
et des leucémies, en raison de la sensibilité de
la moelle osseuse aux rayonnements. A ce jour, cependant,
aucun excès de ce type de cancers n'a été
mis en évidence, éventuellement à cause
de l'absence de statistiques fiables et comparables.
En revanche, les conséquences psychosociales de la catastrophe
de Tchernobyl - insomnies, fatigues chroniques, états
dépressifs et autres maladies induites par le stress -
constituent un problème majeur pour les trois républiques
concernées.
Point de vue étroit
ou point de vue large
Le jugement porté sur les conséquences sanitaires
de l'accident de Tchernobyl dépend du point de vue adopté.
Si, comme les défenseurs du nucléaire, l'on compte
comme victimes les seules personnes atteintes aujourd'hui dans
leur santé, les chiffres sont relativement faibles, pas
supérieurs en tout cas à ceux relevés dans
d'autres catastrophes technologiques ou naturelles.
Si l'on se fonde en revanche sur la définition de l'OMS
selon laquelle "la santé est un état complet
de bien-être physique, mental et social, et ne consiste
pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité",
le nombre de victimes de Tchernobyl est très élevé:
la catastrophe a eu un effet déstabilisateur global sur
la société; des millions de personnes ont été
irradiées à doses faibles, des centaines de milliers
à doses plus élevées. Or à moyenne
ou faible dose, la radioactivité choisit ses victimes
au hasard, les risques se transmettant aux générations
futures. Une menace plane donc constamment sur la population
affectée, qui vit dans un état de stress post-traumatique
caractérisé par une grande anxiété,
des dépressions, des troubles du sommeil, des fatigues
chroniques, des maladies physiques ou psychosomatiques, des réalités
médicales qui nécessitent des soins. A quoi il
faut ajouter que 130 000 personnes ont été déplacées
qui, en plus d'avoir tout perdu, y compris l'espoir de retourner
chez elles, se sentent ostracisées par leurs nouveaux
voisins, jaloux des avantages (rations alimentaires supplémentaires,
suivi médical) dont elles bénéficient.
Sources: Tchernobyl 9 ans après
(Institut de protection et de sûreté nucléaire,
Paris 1995), et conférence du Dr Jacques Moser (Lausanne)
sur "les aspects médicaux et psychosociaux de
la catastrophe de Tchernobyl", Université de
Genève, 1995.

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© Le Temps stratégique,
No 66, Genève, octobre 1995. le.temps@edipresse.ch
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