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La fin des
grandes
chaînes TV
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locale
L'éclatement des pubs télé
Bibliographie
Les grandes chaînes
généralistes
mourront
Les chaînes
thématiques
et locales
vivront
La télé
dépendra moins
de l'argent de la pub
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Charly Schwarz,
mercaticien, spécialiste des médias électroniques,
est responsable du département audiovisuel de l'agence
de conseil en média Inititiative S.A., à Jouxtens-Mézery.

Les innovations technologiques qui modifieront
le monde audiovisuel dans les dix ou vingt années à
venir, existent déjà. Certes, elles sont encore
au stade expérimental, mais on imagine assez bien l'allure
qu'elles prendront. Il est plus difficile, en revanche, de définir
avec précision l'impact que cette télévision
nouvelle aura sur les téléspectateurs-consommateurs.
Dans ces conditions, le publicitaire, lorsqu'on lui demande de
quelle manière il s'apprête à aborder ce
défi inédit, est perplexe: la publicité
continuera-t-elle, dans ce nouvel univers, à se greffer
sur les programmes existants, ou créera-t-elle au contraire
ses propres programmes, voire ses propres chaînes?
Les années 1970 introduisirent la diffusion par câble
du signal de télévision , ce qui améliora
le confort de réception du téléspectateur
et lui donna accès à un plus large éventail
de programmes.
Au début des années 1990, apparurent de nouveaux
moyens de réception et de diffusion des images: l'antenne
parabolique individuelle de petite taille et la compression
numérique des signaux, respectivement. La compression
numérique ouvre la porte aux développements de
la télévision interactive, qui devraient mettre
un terme au binôme maîtres-esclaves qui caractérise
aujourd'hui encore la relation entre chaînes et téléspectateurs.
La télévision interactive
donnera en effet à l'usager, confortablement installé
chez lui, la possibilité de composer son propre programme
de divertissement ou d'information, et d'effectuer des achats
à sa guise. En "cliquant" sur son écran,
il obtiendra des informations détaillées sur les
produits qui l'intéressent. Il pourra ainsi faire son
choix tranquillement, et alors, s'il le veut, et seulement s'il
le veut, passer commande au distributeur le plus proche.
La télévision interactive permettra au téléspectateur
d'être au fond son propre réalisateur et de décider
lui-même de ce qu'il veut voir, acheter et entreprendre.
La télévision cessera d'être unidirectionnelle,
uniformisée, limitée, pour devenir personnalisée,
ouverte, multiforme.
La télévision interactive est testée depuis
le mois d'octobre 1994 à Orlando, en Floride, dans 4'000
foyers auxquels elle offre, outre l'ensemble des programmes retransmis
par satellites, câbles et voie hertzienne, de la vidéo
à la demande, des jeux téléchargés
et des services tels que le téléachat. En Suisse,
des expériences similaires sont prévues à
Nyon et à Granges (Soleure), auxquelles s'intéressent
évidemment de très près les publicitaires
suisses et européens.
Mais avant même que ne soient connus les résultats
de ces tests, le téléspectateur européen,
et donc suisse, pourra, s'il s'équipe d'une antenne parabolique
de 30 cm de diamètre et d'un décodeur numérique,
recevoir, dès 1997, un "bouquet" de plus de
deux cents chaînes de télévision. La plupart
d'entre elles seront des chaînes thématiques, s'adressant
à un public qualifié. Elles offriront aux annonceurs
la possibilité d'atteindre un public très "ciblé",
quoique dispersé physiquement sur un bassin de réception
très large. Une offre dont les publicitaires feront évidemment
le meilleur usage.
Lorsque nous serons soumis ainsi au tir de barrage des chaînes
thématiques, les chaînes généralistes
actuelles, comme TF1, RTL-TV ou la Télévision suisse-romande,
devront renoncer tant à leur goût de l'hégémonie
qu'à leur vocation de satisfaire "tout le monde",
et s'adresser, elles aussi, à des publics ciblés,
pour répondre aux demandes des téléspectateurs
et des annonceurs. Si elles refusent d'opérer ce changement
de cap radical, elles subiront une érosion continuelle
de leur audience et finiront par disparaître.
D'ailleurs, les grandes chaînes généralistes
sont menacées aujourd'hui déjà par les chaînes
locales. Ces dernières diffusent dans un périmètre
clairement défini et répondent mieux qu'elles,
de ce fait, au besoin d'enracinement communautaire de téléspectateurs
menacés de noyade par l'abondance des images offertes.
Les télévisions locales seront forcément
urbaines: seules les villes pourront leur fournir des
ressources publicitaires pour assurer leur indépendance
Aux États-Unis, le nombre de
stations locales a augmenté de 200% en dix ans. En
1991, elles étaient déjà 345. Les annonceurs
américains sont d'évidence sensibles à leur
impact, puisqu'ils leur ont consacré en 1994 quelque 54
% du total de leur budget publicitaire de télévision.
En Europe, la télévision locale commence seulement
à s'implanter. Elle obtient de bons résultats à
Bruxelles (Télé-Bruxelles atteint régulièrement
30 points d'audience), et en Suisse alémanique, où
TeleZüri a atteint 5 points d'audience après six
mois d'existence.
A l'avenir, le "marché" de la télévision
sera donc de plus en plus compartimenté. Les chaînes
et les publicitaires vont devoir assimiler rapidement cette réalité
nouvelle, et tout entreprendre pour satisfaire les désirs
spécifiques de publics-cibles de plus en plus "segmentés".
Ils devront développer des concepts de communication répondant
à des typologies et des habitudes de consommation spécifiques
plutôt qu'aux "goûts généraux"
du grand public. Le marketing de niche prendra, alors, une importance
majeure.
Aujourd'hui, en télévision, la publicité
tient forcément la vedette. Elle joue un rôle vital
au financement des chaînes, qu'elle jette de ce fait dans
une course à l'audience de plus en plus agressive, course
à l'audience qui influe inévitablement sur les
politiques de programmation.
L'avènement du numérique devrait changer tout cela.
La télévision numérique
pourra être en effet cryptée et payante (le téléspectateur
pourra souscrire à des abonnements, ou alors payer à
la séance - pay per view). Du coup, les chaînes
auront moins besoin de la manne publicitaire pour vivre. Si elles
font un succès d'audience (et encaissent les revenus correspondants),
elles pourront même se moquer de savoir si leurs programmes
séduisent ou non les publicitaires. Il est vrai que si
elles font de l'audience, les publicitaires viendront de toute
façon, tels des abeilles attirées par le miel.
Pour répondre aux besoins d'un marché aussi fragmenté,
les publicitaires devront faire tourner leur imagination à
plein régime, et se trouver de nouveaux repères.
Ils devront s'occuper moins du groupe, davantage de l'individu,
un individu-consommateur qui n'éprouvera plus, comme jadis,
une révérence automatique pour la publicité,
mais exigera au contraire d'entretenir une espèce de relation
directe et vraie avec les produits qui lui seront proposés.
C'est la raison pour laquelle la division des produits infantiles
de Nestlé répond de façon attentive, en
Suisse, à quelque 2'000 demandes téléphoniques
de renseignements chaque mois, ou Coca-Cola Suisse a mis en place,
dès le début des années 1990, un service
d'information à la clientèle qui a reçu
en 1994 quelque 30'000 demandes par mois. Les publicitaires devront
donc mettre en uvre un marketing pointu. Il ne pourront plus,
en effet, s'adresser de la même manière aux passionnés
de sports extrêmes qu'aux amoureux de musique classique
ou aux adeptes du "New Age", ils ne pourront plus parler
dans les mêmes termes aux habitants de Montpellier, à
ceux de Gand ou à ceux de Lausanne.
Pour déterminer ses campagnes, l'agence américaine
W.B. Doner, qui produit deux spots différents pour les
bananes "Chiquita", l'un qui s'adresse aux ménagères
de moins de 50 ans et passe sur les chaînes généralistes,
l'autre qui est destiné aux jeunes et passe exclusivement
sur la chaîne thématique musicale MTV, la plus regardée
en Europe par le public de cette catégorie d'âge,
doit pouvoir compter, aujourd'hui déjà, sur des
analyses fondées sur des critères autrement plus
sophistiqués que les usuels critères d'âge,
de sexe, de catégorie socioprofessionnelle ou de type
d'habitation.
L'avènement des chaînes thématiques aura
un autre effet encore. Certains annonceurs qui avaient renoncé
à la télévision parce qu'ils la trouvaient
trop généraliste pour atteindre la clientèle
élitaire qu'ils visent, changeront vraisemblablement leur
fusil d'épaule. L'exemple de "Cartier", qui
diffuse désormais un spot dans l'environnement haut de gamme de l'émission d'Anne Sinclair "7 sur 7", sur
TF1, donne à penser que des sociétés de
cette nature trouveront, demain, un intérêt réel
à passer des messages publicitaires sur des chaînes
s'adressant à un public spécifiquement consommateur
de produits de luxe. Faut-il souligner que jusqu'ici, ces annonceurs
"de luxe" privilégiaient les médias imprimés?
La télévision interactive, quant à elle,
nous promet l'avènement de chaînes de téléachat
et de chaînes "infomerciales".
Le consommateur branché sur les chaînes de téléachat
pourra faire depuis chez lui, 24 heures sur 24, son marché
de biens courants, et être livré dans les plus brefs
délais. La perspective de ces méga-hypermarchés,
qui mettront à disposition du consommateur tous les produits
qu'il désire à l'instant même où il
le désire, fait saliver les professionnels du marketing,
qui s'estiment aujourd'hui brimés par des "distributeurs-épiciers"
sachant toujours mieux qu'eux les gammes de produits que le consommateur
désire.
Aux États-Unis, la principale chaîne de téléachat,
Home Shopping Network, réalise un chiffre d'affaires annuel
de plus de 1 milliard de dollars, et l'on estime qu'en l'an 2000,
le marché américain du téléachat
sera, toutes chaînes confondues, de plus de 15 milliards
de dollars annuels.
Quant aux chaînes "infomerciales", qui n'existent
pour l'instant qu'aux États-Unis, elles proposent, par
le biais de programmes publicitaires prenant qui prennent souvent
l'apparence de programmes classiques, des produits qui doivent
être expliqués longuement et que le consommateur
n'acquiert qu'après mûre réflexion. Pour
rendre leurs messages plus crédibles, les chaînes
"infomerciales" recourent volontiers aux services de
personnalités du monde de la télévision,
du cinéma ou des lettres.
Le défi que les publicitaires devront relever demain sera
de jongler avec un nombre d'options de plus en plus grand, afin
de répartir savamment la pression publicitaire pour les
produits qu'ils défendent entre chaînes généralistes
et chaînes thématiques, chaînes locales et
chaînes de téléshopping. Étant entendu que
l'annonceur rentabilisera mieux l'investissement qu'il consent
en intéressant vraiment 1 million de personnes par une
communication ciblée qu'en "draguant" 10 millions
de personnes par un message racoleur.
Les alliances que nouaient traditionnellement l'annonceur et
le publicitaire afin de séduire le consommateur devront
changer de nature. Une entreprise ne pourra, pour accroître
sa notoriété, confier simplement à un publicitaire
la mission de "lui faire un spot" pour une ou deux
grosses chaînes généralistes massives. Elle
devra aussi s'impliquer "personnellement". Naviguer
entre les chaînes. Dialoguer avec elles. Dialoguer avec
ses clients consommateurs. Et dialoguer bien sûr avec le
publicitaire. Ce sera une nouvelle alliance, multipartite.
S'ils consentent à cet effort, les annonceurs réussiront
à sélectionner mieux leurs supports, à éviter
les déperditions, à répartir leurs investissements
de manière optimale. Ils réussiront surtout à
personnaliser leurs messages et donc à en accroître
l'impact. Pour eux, c'est ce qui compte.

ADDENDA
DOSSIER
© Le Temps stratégique,
No 66, Genève, octobre 1995. le.temps@edipresse.ch
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