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Par Charly Schwarz

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L'exemple d'OCN, dans la banlieue de Los Angeles
" Orange County News (OCN) a su occuper un créneau qui, curieusement, était jusqu'alors assez mal exploité. En effet, les grandes stations de Los Angeles consacrent plusieurs heures par jour aux informations locales, mais elles ont toujours négligé le comté d'Orange (...). Or pour ceux qui y vivent, le comté d'Orange n'est pas une banlieue anonyme, mais une région dynamique de deux millions d'habitants, qui compte une trentaine de municipalités, des universités et des centres de recherche prestigieux, des industries puissantes et diversifiées. Le comté d'Orange, c'est aussi le célèbre parc Disneyland et, surtout, les plus belles plages de Californie (...).
On a là un terrain très propice à l'implantation d'une chaîne de sensibilité strictement locale qui, juste retour des choses, exclut de ses préoccupations le reste de la métropole californienne.

Pas d'émeutes en direct
" OCN a d'ailleurs décidé de pousser ce principe à l'extrême: ainsi, en avril 1992, elle n'a rien montré des terribles émeutes qui ont ensanglanté Los Angeles. Car le comté d'Orange, lui, est resté calme, et ses résidents, abreuvés d'images terrifiantes par toutes les autres chaînes, se sentaient privilégiés de vivre un peu à l'écart. OCN a compris que , dans cette période de crise, son rôle était de bien marquer cette différence et cette distance.
Cela dit, ce n'est pas une chaîne frivole. Au contraire. Elle donne résolument la priorité à la vie politique et économique du comté: élections, décisions municipales, problèmes industriels, santé publique, conflits du travail, aménagements urbains, environnement... Par ailleurs, les crimes, accidents et faits divers sont traités abondamment, mais le plus souvent avec sobriété. Il y a aussi, bien sûr, la circulation, et la météo, agrémentée de bulletins spéciaux pour les surfeurs, où l'on apprend tout sur la taille, la forme et la vitesse des vagues, plage par plage. Le journal télévisé est réactualisé toutes les heures, mais de nombreuses séquences sont rediffusées régulièrement tout au long de la journée et de la nuit. OCN n'est pas une chaîne devant laquelle on s'installe, son objectif est que les téléspectateurs la regardent pendant vingt à trente minutes, une à deux fois par jour si possible. (...)

Publicité hyperlocale
" La seule source de revenus possible pour OCN est la publicité. Or, bien évidemment, elle aussi est surtout locale. Les grands annonceurs nationaux ont tendance à négliger les petites chaînes, qui ne peuvent pas fournir de chiffres d'audience vérifiables, puisque les instruments de mesure ne sont pas adaptés à des territoires aussi restreints. Au prix de gros efforts, OCN a réussi à attirer quelques annonceurs nationaux mais, pour l'essentiel, les clients viennent du comté d'Orange: cordonniers, marchands de voitures d'occasion, supermarchés, restaurants, cabinets d'avocats, hôpitaux, universités, et même pompes funèbres. Tous se contentent de spots minimalistes, fabriqués à l'économie, et ne paient pas plus de quelques centaines de dollars par passage. (...)

Des robots à la place des cameramen
OCN fonctionne [également] au moindre coût. L'idée de base n'a rien de révolutionnaire, puisqu'elle a consisté à miser au maximum sur les nouvelles technologies afin de réduire autant que possible le nombre des postes travail: OCN fonctionne 24 heures sur 24 avec seulement une soixantaine d'employés, dont une quinzaine de journalistes. Dans les studios, un calme surprenant pour qui est habitué à l'agitation régnant d'ordinaire dans ce type d'endroit. Seule la salle de rédaction semble vivre un peu. Au fond, un unique plateau abrite plusieurs décors astucieusement disposés. Dans l'un d'entre eux, un journaliste présente un bulletin d'information en direct, mais il n'y a personne derrière les caméras: elles sont robotisées. Alentour, aucun technicien: ni preneur de son, ni éclairagiste, ni chef de plateau. Tout est automatique. Lorsque le journaliste a terminé, les caméras, montées sur chenillettes, se détournent de lui, puis se dirigent toutes seules vers le décor suivant, où un nouveau présentateur les attend... Pour certaines rubriques, répétitives ou rudimentaires, le présentateur lui même est un robot, ou plus exactement une banque de sons informatisée qui parle en recombinant des syllabes préenregistrées. Tout ce qui n'est pas préprogrammé est télécommandé depuis la régie centrale par un seul et unique opérateur (...). Son rôle ne se limite pas à gérer le plateau: c'est lui qui active les caméras automatiques qu'OCN a installées à demeures dans plusieurs salles de tribunal du comté pour retransmettre des procès en direct; c'est encore lui qui, depuis son tableau de bord, puise directement dans la banque d'images informatique contenant tous les graphiques et les photos dont il se sert pour illustrer les journaux télévisés et les débats.

Cartes en temps réel
" Le stock d'images de synthèse est actualisé en permanence par un graphiste travaillant sur écran. Lui aussi travaille en temps réel: pour fournir des cartes du comté parfaitement à jour, indiquant avec exactitude le lieu des accidents de la route, des embouteillages et les itinéraires de rechange, il écoute en permanence une radio qui capte tous les messages de la police.
Pour les reportages, les équipes sont réduites à deux personnes, un journaliste et un technicien cameraman. En revanche, le matériel est abondant: sept camionnettes de tournage très perfectionnées, dont deux équipées pour les émissions en direct. Même lorsque le reportage n'est pas diffusé en direct, les journalistes utilisent souvent ces moyens de transmission mobiles pour envoyer leurs images en salle de montage, sans avoir à rentrer à la station.(...)

" Grâce à cette organisation futuriste, OCN est pratiquement autonome. (...) Tout le monde dans la région connaît son existence, et un récent sondage a montré que 66% des abonnés au câble la regardent au moins de temps en temps. Désormais, elle est cités par les autres médias et les politiciens locaux, et elle reçoit de plus en plus d'appels de téléspectateurs désireux de lui communiquer un scoop: jusqu'à trois mille par jour en cas d'ouragan ou d'inondation."

Source: "Essor des chaînes hyperlocales aux États-Unis", par Yves Eudes. In: Le Monde diplomatique, février 1994.


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De deux termes cités

La télévision interactive d'Orlando

Les gens préfèrent leur télé locale

L'éclatement des pubs télé

Bibliographie

DOSSIER 

La fin des grandes chaînes TV


© Le Temps stratégique, No 66, Genève, octobre 1995. le.temps@edipresse.ch

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