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Nous ne sommes pas égaux devant la mort
L'espérance de vie des êtres humains, moyennée
sur tout le globe, est passée de 61 ans en 1980 à
65 ans actuellement. Mais si la durée de vie a augmenté
dans la majorité des pays, elle est en régression
dans les pays les plus pauvres. Tandis que les Japonais peuvent
espérer vivre jusqu'à 78 ans, les Ougandais voient
leur espérance de vie réduite à 43 ans,
deux années de moins que ce qu'elle était il y
a vingt ans. Si l'Afrique se trouve dans une situation alarmante,
les pays de l'Europe de l'Est suscitent aussi quelque inquiétude:
l'espérance de vie en Russie a perdu plus de trois années
pendant la période 1992-1993. A l'origine de cette situation,
la recrudescence ou la réapparition de maladies dues à
la pauvreté: le choléra, la tuberculose, la diphtérie
et même la peste.
Nouvel élément dans le dossier de la disparition
des dinosaures
A la fin de l'ère secondaire, il y a 65 millions d'années,
les dinosaures et de nombreuses autres espèces animales
et végétales ont brutalement disparu de la surface
terrestre. Il semble très probable que cette extinction
de masse soit due à la chute d'une énorme météorite
à proximité de l'actuelle péninsule du Yucatan
(Mexique). Les partisans d'une origine volcanique du désastre
ne désarment pas pour autant, les formidables épanchements
de lave qui tapissent sur plusieurs kilomètres d'épaisseur
la région indienne du Deccan s'étant effectivement
mis en place à cette époque, en "seulement"
500 000 ans. Certains spécialistes avaient avancé
récemment l'hypothèse que la chute de la météorite
aurait pu déclencher de l'autre côté de la
planète cette extraordinaire activité volcanique.
Des chercheurs indiens viennent de démontrer que cette
hypothèse ne tient pas. Ayant réussi à localiser
dans le Deccan la couche géologique de sédiments
qui, sur tous les continents, marque la séparation entre
le crétacé (à la fin du secondaire) et le
début de l'ère tertiaire, ils se sont rendu compte
que cette couche, riche de l'iridium que la météorite
contenait et qu'elle a répandu sur toute la surface du
globe, est coincée entre deux coulées de lave.
Cela prouve de manière incontestable que le volcanisme
du Deccan a commencé à se manifester bien avant
que la météorite ne sonne le glas du règne
des dinosaures.
Avalanche de "records" dans les sciences de la Terre
En Australie, où l'on trouve les plus vieilles roches
terrestres, des chercheurs viennent de découvrir le morceau
de croûte continentale émergée le plus âgé
de tous ceux que l'on connaît, formé il y a 3 milliards
500 millions d'années. Cette découverte permettra
d'affiner la théorie de la tectonique des plaques, selon
laquelle l'écorce terrestre est morcelée en une
douzaine de plaques dites lithosphériques qui s'entrechoquent
et se chevauchent. L'étude de ce doyen du plancher des
vaches laisse espérer en particulier une meilleure compréhension
des mécanismes de destruction et de création de
la croûte continentale, dont on ne sait toujours pas si
elle s'accumule sans cesse aux frontières des plaques
convergentes, ou si le bilan entre sa création et sa destruction
est nul. Dans ce deuxième cas, des continents se seraient
formés il y a longtemps, et les distributions actuelles
de leurs âges et de leurs masses ne feraient que traduire
le lent travail de la dérive des continents. Un autre
"record", publié une semaine seulement après
la découverte australienne, recule de 800 millions d'années
l'âge de la première trace connue de subduction.
On appelle subduction le passage d'une plaque lithosphérique
sous une autre. En étudiant les profils sismiques d'une
région du Canada que sa surface désignait comme
une zone de collision entre deux plaques, des chercheurs canadiens
ont pu mettre en évidence que cette collision a été
précédée par la disparition d'un bassin
océanique, en d'autres termes qu'un morceau de croûte
océanique est passé sous une plaque avec toute
la masse d'eau et de sédiments qu'il supportait, selon
le même processus de subduction qui est à l'oeuvre
actuellement dans de nombreuses régions du monde... A
cette différence près que le phénomène
canadien s'est produit il y a 2 milliards 700 millions d'années!
On a ainsi la preuve que le mécanisme de la tectonique
des plaques, qui explique entre autres la formation des montagnes
et des grandes structures géologiques, fonctionne depuis
fort longtemps sur notre planète. Rappelons que cette
dernière, âgée de 4 milliards et demi d'années,
est le seul astre du système solaire à présenter
une telle activité. A propos de subduction, on vient de
mesurer la plus grande vitesse actuelle de convergence entre
deux plaques lithosphériques: de 24 cm/an, elle caractérise
l'enfoncement de la plaque du Pacifique sous celle de l'Australie,
à l'aplomb des îles Tonga. A cette vitesse, il suffit
de 10 millions d'années pour qu'un océan de 2400
km de "large" disparaisse entièrement, une durée
comparable à l'âge des premiers hominidés...

DOSSIER
© Le Temps stratégique,
No 66, Genève, octobre 1995. le.temps@edipresse.ch
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