S'il est difficile de faire des
prévisions justes, dans le domaine notamment des inventions
censées changer notre vie, c'est que, dans ce monde (Lapalisse
n'eut pas dit mieux) les choses ne se passent jamais comme on
croit qu'elles vont se passer!
Mais enfin, comment se passent-elles? Peut-on
mettre en évidence certaines lois stables que les faiseurs
de prévisions auraient intérêt à garder
présentes à l'esprit? Quelques leçons de
bon sens au moins?
Considérez le cas fameux de l'avion
scolaire. En 1960, avions à réaction et télévision
étaient des technologies qui faisaient encore rêver
les foules. Un expert proposa donc qu'un DC-6 volant à
7500 mètres d'altitude tourne à journées
faites au-dessus de l'État d'Indiana, pour diffuser un programme
éducatif aux écoles de six États du Midwest. L'homme
ne manquait pas d'arguments. "La maîtresse d'école,
libérée du souci de préparer ses classes,
pourra suivre de plus près chacun de ses élèves",
disait-il. Il ajoutait que son idée n'était pas
sans précédent, puisqu'en 1948 les Républicains
avaient diffusé de la même manière (une technique
qu'ils avaient nommée alors "Stratovision")
des reflets de leur Convention nationale et obtenu un grand succès.
Et bien sûr, ultima ratio, que la télévision
aérodiffusée, parce qu'elle combinait deux technologies
d'avenir, ne pouvait que déboucher sur un marché
nouveau et formidable.
Nul besoin d'être sorti de Harvard
pour comprendre ce qui a fait de ce projet un bide total. Fasciné
par les technologies en vogue, son auteur avait négligé
le fait que les maîtres sont payés pour préparer
leurs cours, et que cette préparation n'est en aucun cas
une espèce d'effet secondaire indésirable du processus
scolaire. Son projet aurait présenté des avantages
incontestables pour les maîtres, mais aucun pour les élèves,
qui n'auraient rien gagné à regarder un maître
virtuel leur faire la leçon à la télé
en lieu et place de leur maître en chair et en os. Un cas
extrême, en somme, d'innovation technologique pour le seul
amour de la technologie.
Et je ne dis rien du coût de cette
école aérodiffusée! Compte tenu de la faiblesse
des salaires des enseignants, un exploit technologique aussi
coûteux était d'évidence déplacé.
A moins que le propos eût été de réaliser
des économies d'échelle... ce que j'ai de la peine
à croire.
Attention excessive portée à
l'esprit du temps, fascination aveugle pour les technologies
à la mode, évocation abusive d'un précédent
historique: on trouve réunis là tous les poncifs
du genre. N'empêche que ce projet désastreux était
à deux doigts de voir juste, mais deux doigts qui comptent.
Il imaginait des avions diffusant des cours
télévisés... Il avait au fond raison, à
ceci près que ce sont des satellites et non des avions
qui assurent aujourd'hui le gros des télécommunications
mondiales (le marché des satellites ne cesse de croître,
alors que les avions, eux, continuent à tourner comme
des frelons au-dessus des aéroports engorgés, pour
le plus grand énervement des passagers qu'ils transportent).
Et que ce que les satellites diffusent, aujourd'hui, d'un seul
coup sur l'ensemble du territoire américain, ce ne sont
pas des cours mais des jeux et des quiz télévisés.
Les spécialistes des prévisions
avait donc bien "senti" que quelque chose allait advenir,
mais ils n'ont pas réussi à percevoir pas ce qui
allait vraiment se passer. Ils se sont au fond trompés
de technologie, n'ont pas su voir à quoi elle allait vraiment
servir, ni quels marchés elle allait conquérir.
Quelles leçons peut-on tirer de cette histoire quelque
peu rocambolesque? J'en vois sept.
Leçon no.1: Une invention
point n'aura automatiquement de succès commercial. La plupart des prévisions échouent
parce qu'elles sont beaucoup trop optimistes. On a tant écrit
sur l'innovation, la manière dont elle se répand,
les courbes de croissance, le cycle de vie des produits, et bien
sûr les techniques de prévision, que l'on en vient
à croire, malgré soi, qu'une technologie nouvelle
conduit forcément au succès commercial. A tort,
évidemment.
Du Pont de Nemours réussit, à
la veille de la Deuxième guerre, un coup fumant avec le
nylon. Il se convainquit donc qu'il pourrait rééditer
cet exploit avec le Kevlar, mais ce fut un échec. En rétrospective,
il apparaît que le Kevlar était plutôt la
règle, et le nylon l'exception!
Le Kevlar est pourtant une fibre remarquable,
très légère et cinq fois plus résistante
que l'acier. N'empêche qu'après vingt-cinq ans d'efforts,
700 millions de dollars d'investissements et 200 millions de
dollars de pertes, sans rien dire du temps colossal consacré
au produit, le Kevlar n'a trouvé que des usages et des
marchés ultra-marginaux. Pour le Corfam, une autre fibre
de Du Pont, ce fut encore pire. Ah! il est difficile de trouver
un autre nylon!
Malgré cela, beaucoup de gens pensent
que pour arriver à des inventions qui "marchent"
il faut laisser les inventeurs fous être fous. Il est vrai
d'ailleurs que lorsque l'on étudie en détail les
inventions à succès, leurs créateurs apparaissent
comme des hommes qui ont des espèces de visions et s'acharnent
à les matérialiser. Mais peut-on en peut déduire
que tous les inventeurs ayant des visions et de l'acharnement
vont produire des inventions à succès? Bien sûr
que non.
La plupart du temps, les inventeurs fous
produisent des idées folles, des idées qui ne connaissent
aucun lendemain. Pour une idée sortie de leur tête
qui connaît le succès, les échecs se comptent
par myriades. En étudiant toujours les succès,
jamais les échecs, nous nous condamnons nous-mêmes
à de perpétuelles erreurs de perspectives.
Leçon no. 2: L'invention efficace
jamais ne viendra de là où elle aurait dû
venir. Curieux mais vrai: les innovations
technologiques qui "marchent" sortent rarement des
entreprises qui eussent semblé leurs génitrices
naturelles. Les entreprises dominantes d'une industrie donnée
ont, dans leur propre domaine, beaucoup moins de clairvoyance
prévisionnelle que les outsiders. Il arrive même
souvent qu'elles soient les dernières à percevoir
le danger que certaines innovations extérieures font courir
à leurs grands produits gagne-pain.
Voyez le cas (extrême) des calculatrices
électroniques, des machines à calculer et des règles
à calcul. En 1967, Keuffel & Esser, un fabricant leader
dans le domaine des règles à calcul, reçut
mandat de faire une étude sur l'avenir de la branche.
Il rédigea un rapport plein de conclusions intéressantes,
dont quelques-unes se réalisèrent, et la plupart
pas. Ce rapport omettait cependant de prédire l'essentiel,
à savoir que la calculatrice électronique allait
tuer la règle à calcul dans les cinq ans, de sorte
qu'à la fin des années 70, un manager de Keuffel
& Esser allait devoir reconnaître: "Si nous vendons
maintenant 200 règles à calcul par an, c'est un
maximum." Des règles vendues comme autant de souvenirs
d'une ère révolue.
Si le cas est extrême, il n'est pas
rare. Tant que tout va bien pour eux, les leaders d'un marché
cèdent à l'autosatisfaction. Ils se concentrent
sur les produits qu'ils fabriquent, et négligent les tendances de fond qui pourraient les mettre en cause. Des menaces objectivement
imminentes ne leur paraissent ni imminentes ni menaçantes.
Ils s'offrent donc sans protection aux attaques de nouveaux venus,
qui ont plus d'oeil et de nez qu'eux.
Quant aux grands fabricants de machines
à calculer électromécaniques, ils avaient
plus encore à perdre de l'avènement des calculatrices
électroniques que Keuffel & Esser. Pourtant aucun
d'entre eux n'en prit conscience. Et lorsqu'ils finirent par
se lancer dans l'électronique, comme il eût été
naturel qu'ils fassent d'emblée, il était trop
tard, la place était déjà prise.
Ce schéma troublant on le retrouve
dans toutes les industries. Le stylo à bille n'a pas été
lancé par les grands fabricants de plume réservoir,
mais par les frères Biro, de Hongrie, qui développèrent
leur invention... en Argentine. Bien que le brevet pour les États-Unis ait été acheté par un grand fabricant de
stylos classiques, Eversharp and Eberhard Faber, il fut repris
par un industriel extérieur à la branche, Milton
Reynolds, qui avait vu le produit à Buenos Aires et l'avait
trouvé génial. L'histoire se répéta
plusieurs années plus tard: le stylo à bille jetable
ne fut en effet pas lancé par les grands fabricants de
stylos à bille, à leur tout bien installés,
mais par l'industriel français Marcel Bich, le créateur
des stylos Bic.
Dans les années 70, trois frères
installés à Brooklyn jugèrent que le temps
était venu de dessiner des jeans spécialement pour
les femmes. Ils lancèrent donc leurs jeans mode, auxquels
ils s'efforcèrent de donner une image de prestige, avec
une campagne de publicité majeure. Levis, le créateur
du jeans, ne bougea pas, se contentant de produire, à
côté de ses jeans, des pantalons classiques hauts
de gamme, mais ne portant pas sa marque. Peu après. les
hauts de gamme Levis s'effondrèrent alors que les jeans
mode des trois frères Jordache triomphaient. Levis avait
raté le coche même dont il aurait dû être
le conducteur.
La liste est infinie. Les livres de poche
ne furent pas lancés par de grands éditeurs, mais
par un outsider qui leur parut si peu menaçant qu'ils
lui vendirent leurs droits de réédition pour trois
fois rien. Les envois exprès privés ne furent pas
lancés aux États-Unis par la poste, les compagnies d'aviation
ou les transporteurs, qui ne voyaient pas l'intérêt
de garantir la remise d'un pli sous vingt-quatre heures et trouvaient
même idiote l'idée de concentrer tous les envois
dans une ville avant de les redistribue, mais par un nouveau
venu, Fred Smith, fondateur de Federal Express. Les pneus radiaux
ne furent pas lancés par les géants Goodyear, Firestone
ou Goodrich, mais par le petit Michelin. Les montres digitales, lorsqu'elles apparurent sur le marché, furent snobées
par les horlogers suisses. Les boissons à basses calories
et celles sans caféine ne furent lancées ni par
Coca, ni par Pepsi.
Les leaders d'un marché semblent
frappés d'une étrange myopie pour ce qui se passe
dans leur propre arrière-cour.
Leçon no.3: Jamais ne devineras
à quoi telle ou telle invention finira par servir. Lorsqu'une invention paraît, personne ne
sait quoi en faire ni, a fortiori, à quoi elle finira
par servir vraiment (si tant est qu'elle survive).
Comment se passent les choses en pratique?
Une invention jugée intéressante est testée
sur le marché sous différentes formes. La plupart
de ces test sont négatifs, jusqu'à ce qu'un jour
quelqu'un, par flair ou par chance, débusque un usage
qui trouve du répondant sur le marché. A partir
de ce point, le produit se transforme peu à peu dans son
contenu et son usage jusqu'à atteindre sa configuration
optimale.
Prenez les hélicoptères.
Jusqu'à la fin des années 50, on ne voyait pas
très bien ce qu'allait être leur usage final. Le
premier hélicoptère vraiment opérationnel
vola en 1948 et séduisit l'armée américaine.
Qui n'en fit vraiment un usage massif qu'une dizaine d'années
plus tard, au cours de la guerre du Vietnam. Parallèlement,
l'hélicoptère se révéla un moyen
avantageux de transporter des passagers civils sur de courtes
distances, alors que l'on avait cru longtemps que ce marché
spécifique serait réservé aux avions à
décollage vertical ou très court (les VSTOL). Les
hélicoptères, comme tant d'autres innovations,
se sont donc infiltrés dans leur marché réel
comme l'eau s'infiltre dans les fissures du sol... Fissures dont
personne n'avait vraiment prévu ni la forme ni la nature.
Les inventeurs eux-mêmes ont de la
peine à imaginer ce que sera l'usage final de leur invention.
Voyez le cas d'Univac, pionnier dans la fabrication des ordinateurs
commerciaux, qui dut céder très vite sa place de
tête à IBM. En 1950, les marketeurs d'Univac avaient
prédit qu'en l'an 2000 il y aurait en Amérique
quelque mille ordinateurs et prévoyaient dans l'immédiat
d'en vendre une douzaine, au Bureau américain du recensement,
aux Laboratoires Bell, à la Commission de l'Énergie atomique,
et quelques autres gros utilisateurs de ce genre. Les prévisions
d'Univac se révélèrent complètement
fausses (en 1984, il y avait aux États-Unis plus d'un million
d'ordinateurs) parce que l'entreprise avait fondé ses prévisions
sur l'idée (fausse) que son principal
marché potentiel serait le milieu de la recherche scientifique
de pointe. Alors que dans les faits, ce sont les entreprises,
sur lesquelles misa IBM, qui s'amourachèrent des ordinateurs
et en firent le plus grand usage.
Quant au Kevlar, la fibre de Du Pont "plus
résistante que l'acier", dont j'ai déjà
parlé, elle en est aujourd'hui encore à tester
sur le marché des usages divers, et n'a pas trouvé
sa vraie utilisation finale: on en fait ainsi des couvertures
militaires pesant huit kilos, sous lesquelles se blottissent des
soldats fatigués d'avoir dû les trimbaler; des câbles qui ont la fâcheuse manie casser quand on s'y attend le
moins; des voiles de bateaux qui se laissent déchirer
par la tempête, etc. Un des managers de Du Pont résume
ainsi la difficulté qu'il y a à trouver le marché
final du produit: "Kevlar était la réponse,
mais la réponse à quelle question, ça nous
l'ignorions."
Dernier exemple, les conditionneurs d'air.
Ils furent inventés au début du siècle par
Willis Haviland Carrier non pour rafraîchir les maisons
et les lieux publics durant les grandes chaleurs, mais pour assécher
l'air d'une imprimerie de Brooklyn dont le stock de papier était
si humide en été qu'il devenait inutilisable...
Leçon no. 4: Jamais ne devineras
la forme qu'un produit finira par prendre.
Considérez le cas de la TV projetée sur grand écran,
un marché qui se développe très rapidement.
L'un des pionniers du domaine, Kloss Video, tenait en 1987, avec
le Novabeam Model 100, un système de projection frontale,
40 à 50 % du marché des projecteurs frontaux. Mais
cette disposition changea peu à peu au profit d'une projection
depuis l'arrière de l'écran, qui évite de
devoir planter une machine au milieu des spectateurs. Le système
frontal devint très vite obsolète et Kloss se retrouva
avec 50 % d'un marché rétrécissant comme peau de
chagrin, ou mieux dit: avec 50 % de rien! Le produit original
de Kloss avait trouvé son juste usage, mais point encore
sa juste forme. Tout pionnière qu'elle était, l'entreprise
s'est retrouvée au bord de la faillite.
Leçon no.5: Jamais ne devineras
qui seront finalement les consommateurs d'un produit. Le destin des fours à micro-ondes et des
enregistreurs vidéo en donne une illustration typique,
puisqu'ils avaient été conçus à l'origine
pour des marchés industriels, et non la grande consommation.
Pareil cheminement est souvent nécessaire d'ailleurs:
au début le produit est coûteux et ne peut intéresser
que de gros utilisateurs, et ce n'est que lorsque son coût
baissera, qu'il pourra intéresser le marché de
la grande consommation.
Un autre cheminement conduit de l'usage
de technologies de pointe par les militaires et les lanceurs
d'engins spatiaux, aux utilisateurs industriels puis, enfin,
aux consommateurs. Bien que ce cheminement particulier soit souvent
invoquée pour justifier dépenses spatiales et militaires,
les résultats pratiques pour le consommateur (les chaussures
de course à coussins d'air Kangaroo par exemple, copiées
de chaussures utilisées par les astronautes) sont bien
maigres compte tenu des dépenses initialement engagées.
Leçon no.6: Rien n'ira aussi
vite que tu ne l'imagines. La tarte
à la crème c'est de dire que le monde ne cesse
de changer, et le fait de plus en plus vite. Or l'expérience
prouve juste le contraire. Les innovations à sensation
sont comme les spectacles de cabaret, ils doivent faire des années
de night-clubs miteux avant de triompher dans des établissements
de première classe.
Le transistor, un des plus grand succès
commerciaux du 20è siècle, fut inventé il
y a plus de quarante ans dans les Laboratoires Bell. Il fallut
une décennie, pratiquement, avant qu'il ne soit utilisé
dans les ordinateurs, et une décennie supplémentaire
pour qu'il soit intégré dans des produits de grande
consommation. Même chose pour les fours à micro-ondes,
qui tardèrent vingt ans pour s'imposer, freinés
notamment par une publicité adverse les accusant de laisser
échapper des radiations dangereuses.
Une étude de l'Institut Battelle
suggère qu'une innovation technologique prend en moyenne
19.2 ans pour trouver son marché. Patience et persévérance
sont donc indispensables pour lancer une nouveauté technologique.
Les spécialistes des prévisions seraient bien inspirés
d'en tenir compte au moment de formuler leurs verdicts.
Dans le même ordre d'idée,
on constate qu'à l'inverse les produits bien établis
résistent extrêmement bien aux aléas du marché
et ne disparaissent que lentement. Sur les vingt-cinq marques
américaines qui étaient en tête de leur catégorie
dans les années 20, vingt-trois le sont encore aujourd'hui.
Leçon no.7: Rien ne sert d'inventer
si les temps ne sont pas mûrs.
Les marketeurs peuvent hâter l'émergence d'un nouveau
marché, mais le phénomène de l'émergence
elle-même obéit à des lois mystérieuses
que personne ne contrôle. Ainsi les fours à micro-ondes,
pour les mentionner de nouveau, stagnèrent jusqu'à
ce que se multiplient les petites restreintes où tant
le mari que la femme travaillent, familles auxquelles cette nouvelle
technologie apparut particulièrement pratique. Dans un
autre ordre d'idée, le succès de l'eau minérale
Perrier aux États-Unis est une conséquence évidente
du souci de se bien porter qui y est désormais en vogue.
Des exemples innombrables prouvent qu'il est impossible de conquérir
un marché avec une technologie nouvelle avant que ce marché
ne soit "mûr" pour elle.
Derek Abell dit qu'à mesure que
le temps passe, des opportunités (ou "fenêtres
stratégiques") s'ouvrent pour certaines entreprises
et se ferment pour d'autres. Il conseille donc aux entreprises
de surveiller attentivement leur environnement pour repérer
aussi tôt que possible l'ouverture d'éventuelles
"fenêtres stratégiques". Ce qui implique,
le point est central, que les entreprises, loin de créer
les marchés, comme on le croit parfois, ne font que les
repérer.
Pour entrer sur un marché avec un
produit nouveau, l'art du "timing" est donc essentiel.
Les chaussures de course Nike n'auraient jamais connu un succès
aussi foudroyant si elles n'étaient apparues au milieu
des années 70, juste au début de la vogue du fitness.
Une fenêtre stratégique s'était ouverte pour
les produits de santé, Nike s'y est précipité,
cependant qu'une autre se fermait pour les marchands de tabac
et de boissons alcooliques, contraints dès lors de pédaler
à contre-pente par vent debout.
© Le Temps stratégique,
No 36, Genève, Octobre 1990. le.temps@edipresse.ch