SCIENCE

La science ?
Il ne lui reste plus rien
à découvrir!

Par John Horgan

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POLEMIQUE

La science ? Il ne lui reste plus rien à découvrir!
Par John Horgan

POLEMIQUE / CONTRE-ARGUMENT 1

Finie la science ?
Tout reste à découvrir !

 

ADDENDA

Les théories fusillées
par John Horgan

Who's who pratique

Bibliographie

 

 

 

 

 

 

 

 

POLEMIQUE / CONTRE-ARGUMENT 2

La faiblesse de la thèse de John Horgan

est qu'elle aussi est improuvable!

Tout est de la faute de Mary Shelley. Lorsque son anti-héros, Victor Frankenstein, s'est mis à fricoter avec des forces qu'il ne comprenait pas, elle s'est fait la porte-parole de ceux qui doutent de la science. Depuis lors, ce doute horrible n'a cessé de prospérer. Et le voici maintenant qui s'immisce dans l'establishment. John Horgan, ancien journaliste du "Scientific American", auteur de The End of Science [La fin de la science], ouvrage dont il reprend les thèmes principaux dans l'article ci-contre, prétend que l'âge d'or de la science est passé, et que l'humanité devra continuer à vivre avec beaucoup de choses incompréhensibles. La thèse de Horgan n'est pas très convaincante.

Certes, il peut être tentant pour des scientifiques de penser que les théories actuelles ne seront peut-être jamais surpassées. Richard Feynman, prix Nobel de physique, est de ceux-là: "Nous avons de la chance, dit-il, de vivre à une époque où il est encore possible de faire des découvertes. C'est comme l'Amérique: on ne peut la découvrir qu'une fois."

La messe est dite?

C'est vite dit!

John Horgan considère que dans de nombreux domaines de la science, la messe est dite. La biologie a tout ce qu'il lui faut avec Darwin et la génétique moderne; la cosmologie, avec le Big Bang; la physique, avec la mécanique quantique et la description standard de la structure de la matière. Horgan considère que dans d'autres domaines, la définition de la conscience ou l'unification des sciences sociales notamment, la science sera à jamais impuissante.

Que reste-t-il alors? John Horgan, empruntant à la théorie littéraire le terme "ironique", suggère que ce qui reste c'est la science "ironique": une spéculation érudite mais impossible à prouver, sur la signification des théories scientifiques existantes et leurs interconnexions: telles les "cordes" (superstrings) d'Edward Witten, physicien à Princeton, qui seraient des brins d'énergie multidimensionnels inimaginablement petits, ou tels les "trous de vers" de Stephen Hawking, cosmologiste britannique, censés relier entre elles des régions éloignées de l'espace-temps.

Newton faisait aussi de la science "ironique"

Mais la science n'est-elle affaire que de grande théorie? Assurément non. La "simple résolution de problèmes", comme dit un peu sèchement John Horgan dans son livre, occupe en effet l'essentiel du temps des chercheurs aujourd'hui. Et puis la distinction que Horgan fait entre la science "ironique" et la science "réelle" tient difficilement la route. Que faisait Newton lorsqu'il spéculait sur la structure de la matière? Et Kepler, lorsqu'il évoquait la musique des sphères célestes? Les "ironies" des savants de jadis ont été soit oubliées, soit transformées en théories modernes de plein droit.

Mais la vraie faiblesse de John Horgan est qu'il invoque un argument lui aussi impossible à prouver. Les théories sont par définition efficaces lorsqu'elles permettent d'expliquer ce pour quoi les gens d'une époque donnée ont envie d'explications. Les faiblesses des théories n'apparaissent que plus tard, lorsque des faits nouveaux sont débusqués et que certains faits anciens prennent un sens neuf. Notre fin de 20è siècle est-elle vraiment le dernier âge des grandes théories, comme l'affirme Horgan? Il est possible que la réponse soit oui. Mais il est aussi possible qu'elle soit non. Chi lo sà?

Edward Carr, "The reliability of science. Beyond our ken?", in:"The Economist", 20 juillet 1996.

© paru dans Le Temps stratégique, No 84, novembre-décembre 1998.

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© @rchipress 1998

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