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حسناً أيها العصر ... لقد هزمتني ولكنني لا أجد في كل هذا الشرق , مكاناً مرتفعاً ... أنصب عليه راية إستسلامي محمد الماغوط
Tracés
DEPART A L'AUBE. Trop haute, trop longue, une vie d’homme ne peut dire la croissance d’une ville, d’un pays. Comment englober du haut de ses vingt et quelques années d’existence, une mutation-éclair de centaines et milliers de kilomètres carrés ? Une silhouette parcourt au pas de course la ville et ses environs, estimant les millions d’âmes pris entre campagne et bourgs environnants ; s’offre alors à elle le dépaysement d’un tissu urbain nouvellement germé, de cette nation s’émancipant par la concentration humaine et l’agglomération de béton et goudron. Enfance et innocence ; la silhouette trotte, alerte, et observe tout alentour, elle fait en ce moment précis le trait d’union, le lien rare entre tous ces quartiers disparates, ces territoires fragmentés sur lesquels se sont montés des bouts d’Europe et d’orient, des époques décalées, des couches de société et l’habitat dépareillé. Juste après l’apaisante prière de l’aube, le garçon enfile sur des chaussettes rapiécées une paire de sandales en plastique et traverse la ville, avant que ne se lèvent poussière et fumées. Sorti un peu plus d’une heure plus tôt de son ghetto, le voici parvenu à une carrière de sable surplombant la ville. Vue panoramique, rétrospective. L’athlète à l’ombre filiforme croit encore se cacher en fermant les yeux ; il imagine encore réduire les distances, taire le monde d’alentour en plissant les paupières. Jeunesse espiègle, au temps où l’insouciance la rendait belle. PARCOURS PERI-URBAIN. Courant le long d’une plage atlantique sur du sable humide et damé, la silhouette, fine traversière, voit à son horizon pointer le minaret géant. Boussole urbaine pour le coureur des crépuscules, champion du lendemain. Une brume suspecte enveloppe la métropole. Sur la desserte des plages, tout un collier de propriétés qui, imitant Versailles, Santa Monica ou Saint Tropez, montre de quoi sont capables les nouveaux riches, de quelle (télé)vision ils s’abreuvent en parvenus résidents de la périphérie balnéaire. Invraisemblance tenace. PREMIER MOUVEMENT, VALSE D’ÉTONNEMENT. il faut voir les gens de la ville, confrontés à un réel parfois sordide, vivre et produire du neuf par manipulation d’usures en tous genres. Immatérielle, l’oralité se structure, densifiée en logique, urbaine, à mesure que s’énonce la cité, mythologie actualisée, revivifiée par la toxicité de l’air ambiant. Rien de plus exaltant que cet enfantement au milieu de béton et bitume, misère et clameurs, poussière et lumière. Chantonner la complainte des malheureux, comme cet athlète qui à l’aube court, en sandales de quatre sous, la longitudinale ; promesse d’un championnat mondial à ravir. Cette silhouette véloce court avec une remarquable élégance à l’entraînement qui lui octroiera un jour renommée et subsistance. Elle se retrouvera, en temps réel, dévalant le mont Olympe, retransmis sur tous les écrans du globe. Née ici, la silhouette chétive, patiente, s’agrandit et embellit au fur et à mesure qu’elle a traversé quelques centaines de fois les kilomètres du périphérique. Gasoil, terrains en brûlis, murs de torchis, poussière, camions… Gare ! Motards et flicaille en embuscade, rackets des bandes vandales ; courses buissonnières au beau milieu des cactus, échappée belle…l’extase et la sueur sale. L’espace urbain se nappe de tous ses messages locaux, simples mais codés, qui finalement donnent les clés de la ville à qui aime l’écoute et sonde par-delà ses nuisances. Le langage des villes. SECOND MOUVEMENT, ÉLOGE DE L'IGNORANCE. Mais les mots, concepts, idées, artisanat inventé et produit aux frottements du quotidien, sèchent parfois au soleil comme il furent ailleurs vitrifiés par le froid. Figés, arides, c’est ainsi que l’on se représente de bons fragments idéologiques. Sur ce site malpropre, j’ai pu expérimenter, in vivo, le mélange géant, j’assiste au brassage de l’histoire, réduite à une bouillie qui fait du neuf avec l’ancien très ancien, toujours d’actualité chaque fois que l’indigence ressemble à l’abstinence. Primat revu par une poétique de l’histoire, l’illusion mystique est toujours possible au sein de la mégalopole. Recommencement, retour à l’âge de l’ignorance, Jahiliya. Bouillie d’histoires, préhistoire. retour à l’étape précédente, magie d’avant la scène du sceau de la prophétie. Avant l’exode, avant l’hégire. jahiliya, grandiose certitude, enfance et transcendance dans l’ignorance. Poésie aussi, toujours. L’Ignorance précède la connaissance, le poème annonce le Livre. Je dis que c’est là la bordure du chaos, la crête du possible, lave féconde, qu’il faut se laver dans sa création, sa révélation. Ressourcement garanti, au risque de mourir pour renaître comme l’oiseau mythique, proche divinité, une et infinité. -----------------------------------------------------------
Plongée APNEE. A l’approche d’un raz de marée, rien ne sert d’argumenter. Devant l’imminence de la catastrophe, rhétorique ni bombes assourdissantes ne peuvent endiguer, ni dissuader : les remèdes proposés seront insignifiants, lettre morte, ou alors s’avéreront pire que le mal annoncé. Quand menace le cataclysme, mieux vaut prendre ses jambes à son cou, essayant de le devancer en direction du nord, ou alors s'enchaîner à un beau et fort rocher, seule manière de s’agripper au dur. VAGUES. Une façon peut-être de franchir les turbulences d’une eau profonde consiste non pas à passer outre mais à plonger en plein dedans, tête baissée. A un moment donné, l’instinct dira qu’il faudra dévier le cours de la descente sous-marine. Un peu de courage et beaucoup d’humilité peuvent, avec de la chance, laisser la vie sauve. Cela requiert le sens de l’observation et du silence. Taire sa palabre monotone, calmer sa respiration si l’on veut chercher à exister comme sous-marin, à la façon d’une courte et douce dissidence : voici déjà de la résistance. Pour ce faire, il faut apprendre à retenir son souffle. Après initiation il faudra être capable de le retenir, parfois des semaines durant, dans les pires conditions, au cas où l’on serait pris dans une marée humaine. Le plongeur en apnée a une longueur d’avance dans cet exercice. Rappelez-vous le fils de la mer que vous étiez, lorsqu’il fallait descendre jusqu’à dix mètres de profondeur. Là, blotti dans la fente d’un rocher, caressant d’une palme la tête de murène, une ceinture de coquillages autour de la taille, le souffle suspendu une centaine de secondes, le regard pointait au zénith. L’ultrason, prévenant à tribord, précédait le sillon d’un hors-bord véloce. Puis la houle dangereuse qui débute la tempête, vue selon votre angle, était un tout autre paysage, un aperçu étrange du ciel et de la lumière. En cas de gros temps, la barre atlantique pouvait casser n’importe quelle jetée, elle ne pouvait strictement rien contre ce corps pur et perspicace qui la pénétrait là où il faut, par-dessous sa robe de mousse blanche. L’écume défile, le nageur perçoit son bruit assourdissant, voit ses tourbillons happer à l’envers des choses et des êtres, lui seul s’en retourne indemne. A condition d’émerger dans le juste espacement, celui du calme provisoire, petit entracte jusqu’à la lame suivante. Remontez à la surface des choses en dehors de l’entre-vague, et vous risquez d’être projeté au péril de votre vie, sur les airs, dans les rochers, la rue et même sur l’écran cathodique. Remonté au mauvais instant, commandé par un traître instinct, votre sort dépendra de l’intensité de la houle, de l’humeur de la foule. Vous aimiez l’océan comme l’ermite aime le mystère, vous le craigniez autant que l’enfant redoute le noir. Et pourtant, vous osiez taquiner, à coups d’apnées successives, ses franges ravageuses. Combien de proches voisins avez-vous vu engloutis par la grande dévoreuse, accidents survenus au milieu d’une journée de détente et de joie. Cet enfant noyé dans un demi mètre d’eau, au milieu d’une nuée de gamins piailleurs, ou ce cousin, bel athlète fracassé sur les rochers d’une baie en colère, retourné à la vie, hémiplégique. Chaque tribut payé à la mer cruelle et capricieuse est aussi l’hymne à la vie ; chaque mère, notre matrice qui enfante puis étouffe les êtres de son choix. Sous océan, on peut vivre, à condition de comprimer le peu d’air qui enfle nos poumons. Provisoirement. Vivre intensément, mais au-delà des premières poignées de secondes sous-marines, mieux vaut s’abstenir de penser, ne pas gaspiller inutilement son stock d’oxygène. L’ECUME DES CHOSES. Je vois la vie comme la mer vue depuis un satellite. Je vois le Livre comme « l’océan sans rivage ». Par-dessus les sept premiers seuils d’une profondeur infinie, la vague contemporaine (fondamentaliste ?) déferle ; elle n’effleure que ce qui flotte, volatile, dans l’air du temps. En surface, tournoyant au-dessus de la nappe divine, la société est happée par sa propre ombre sur l’eau, livre sacré. L’ombre enfante l’écume qui à son tour déclenche la tempête. Seul le nageur d’élite évite la noyade dans l’ombre et l’écume qu’il fait dans l’eau. Seul celui qui voit et entend à la source, ignore les gesticulations et vociférations de groupe. Rien ne sert d’argumenter à l’approche du raz de marée ; pourra-t-il fondre en l’idée profonde ? Réda Benkirane
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