Bref aperçu du cinéma égyptien

     
extrait de Encyclopædia Universalis, sous le chapitre Cinéma (histoire)
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En raison de son ancienneté et de la place de l'Égypte, intermédiaire entre le Maghreb et le Moyen-Orient, le cinéma égyptien est le plus important du monde arabophone et, à ce titre, son fournisseur principal : c'est par les films égyptiens que les populations du Maghreb encore colonisé ont entendu parler - et surtout chanter - en arabe au cinéma. Dès 1917, l'Égypte compte quatre-vingts salles. Le premier film entièrement national au niveau de l'équipe, Leila , date de 1927.

Au cours des années trente et quarante se développe un genre typiquement égyptien, la comédie musicale, qui va connaître dès le début du parlant, un immense succès populaire dans tout le monde arabe. Des chanteurs et chanteuses deviennent de véritables idoles, grâce au cinéma et à la radio : Oum Kalthoum (6 films entre 1935 et 1947, dont Le Chant de l'espoir  d'Ahmed Badrakhan, 1937), Farid el-Atrache (24 films entre 1940 et 1960). Le premier film parlant (La Rose blanche ) de Mohamed Karim en 1932, avec le chanteur Abdelwahab, est un film "chantant ". L'Égypte, entre 1937-1938, compte quatre studios principaux et produit dix-sept films, à dominante mélodramatique et "musicale".

L'autre grand courant du cinéma égyptien, moins populaire, est à l'enseigne du réalisme et apparaît dès 1939 avec La Volonté  de Kamal Salim (mort en 1945). Les personnages sortent des palais et des décors fastueux pour évoluer dans la rue en simples gens du peuple. La voie est ouverte à un cinéma "néo-réaliste" et de critique sociale. Le plus fameux des cinéastes de cette tendance fut Salâh Abou Seif. Citons ceux de ses films qui eurent pour scénariste Naguib Mahfouz, plus tard Prix Nobel, et chef de file du réalisme en littérature : Ton Jour viendra  (1951), Le Costaud  (1957), Entre ciel et terre  (1959), Mort parmi les vivants  (1960). Mahfouz fut aussi le scénariste de La Ruelle des fous  (1955) de Tewfik Salah, autre cinéaste important qui, avant de quitter l'Égypte, a réalisé Le Journal d'un substitut de campagne  (1968) d'après Tawfiq al-Hakim. Il a tourné en Syrie, en 1971, Les Dupes , l'un des meilleurs films sur le drame palestinien.

Le plus connu des cinéastes égyptiens hors du monde arabe est Youssef Chahine, dont l'oeuvre personnelle circule entre les genres. Gare centrale , de 1958, est l'un de ses films les plus éclairants. Chahine lui-même y interprète le personnage central, annonçant le penchant autobiographique de Alexandrie Pourquoi ?  (1978) et de La Mémoire  (1982), La Terre  (1968) fonde la description de la vie des fellahs sur une narration classique. Le Choix  (1970, scénario de Naguib Mahfouz) poursuit l'analyse du rôle des intellectuels. Le Moineau  (1972), fondé sur une pluralité de "voix narratives", évoque et analyse la défaite de 1967. Les films de Chahine oscillent entre l'introspection autobiographique et la critique historique et sociale, avec une grande attention portée à la narration. Les cinéastes égyptiens, en général, ne se sont pas intéressés aux recherches formelles, à l'exception de Chadi Abdelsalam, rendu célèbre par un seul long métrage (La Momie , 1969).

Une "nouvelle vague" du cinéma égyptien s'est manifestée au cours des années quatre-vingt sans apporter d'orientations vraiment nouvelles. La production annuelle moyenne se situe alors autour de soixante-dix films. La critique sociale devient plus discrète, abordant la vie quotidienne au détriment des grandes problématiques ; la société égyptienne est décrite de façon plus subtile, les portraits individuels gagnent en épaisseur. Le jeu des acteurs, souvent les mêmes que pour les mélodrames et les comédies musicales (en régression mais toujours majoritaires), satisfait la demande du public en intensifiant les effets dramatiques. Le plus important des cinéastes de cette nouvelle génération est Mohamed Khan, dont la maîtrise s'est confirmée entre Un oiseau sur la route  (1983), Le Retour d'un citoyen  (1986), récit des changements d'une société à travers la dispersion d'une famille, La Femme d'un homme important  (1987), drame de l'ambition effrénée et de l'amour dans une société en dérive, et Le Chevalier de l'asphalte  (1991). Citons aussi Atef el-Tayeb avec L'Innocent  (1986), histoire d'un fellah dont on fait un tortionnaire pour camp de concentration, Khairi Beshara (Crabes , 1990) et Rafat el-Mihi (Les Yeux ouverts , 1981). Le dernier nom en date est celui d'une femme, Asma el-Bakri, dont le film Mendiants et orgueilleux  (1991, d'après Albert Cossery) est une galerie renouvelée de portraits de gens du Caire.


© 1995 Encyclopædia Universalis France S.A. Octobre 1995.
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