"(...) une logique binaire n'arrive pas à rendre compte de l'infinie diversité des
manifestations de l'énergie dans notre monde : poussant dans leurs ultimes retranchements
les postulats de la logique classique, l'oeuvre de Stéphane Lupasco nous a fait
découvrir que seule une logique ternaire était capable de rendre compte de l'ensemble de
la réalité. (...) L'homme et ses trois éthiques développe les concepts de la
logique ternaire dans les différents domaines qui rendent compte de l'activité humaine
spécifique : physique et biologique, mais également psychique, sous ses diverses formes
: affectivité, art, philosophie et politique, religion..."
L'auteur est physicien théoricien au C.N.R.S.
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extraits significatifs :
p. 13 ; "(...) l'énergie possède les propriétés constitutives non seulement
de l'hétérogénéité et de l'homogénéité, mais aussi celles de la potentialisation
et de l'actualisation."
p. 67 ; "C'est en cela que cette dialectique est conforme à la logique classique,
admettant l'une comme l'autre la succession de la thèse et de l'antithèse, qui doit
aboutir à la disparition des deux dans une synthèse, troisième terme de la dialectique
hégélienne et marxiste. Elle s'en différencierait si elle admettait la contradiction
dans une même chose, en même temps et en un même lieu.
Mais, inversement, une éthique biologique trop forte, trop exigeante, trop instinctuelle,
qui s'empare de l'homme, peut le conduire à un individualisme excessif, à une sorte de
carnage mental des autres hommes, de la société, à une anarchie vouée à
l'hétérogénéisation de son existence quotidienne (la rechercher du plaisir égoïste
et finalement cruel) aussi bien qu'aux orientations de sa destinée. Une destinée qui est
alors consacrée à la lutte biologique de ce qu'on appelle le libéralisme ou capitalisme
sauvage, selon lesquels ne compte plus que la réussite propre, individuelle, au
détriment de tous les autres, un capitalisme à la recherche d'une diversité dans tous
les domaines, de plus en plus envahissant et finalement stérilisant. Pourquoi
stérilisant ? Parce qu'il s'agit d'un capitalisme qui fonctionne grâce à l'abolition
progressive d'un dynamisme antagoniste d'homogénéité et une perte d'affectivité,
fonction d'une contradiction qui s'affaiblit et d'une énergie par là même en
dissolution. De là s'ensuivent l'ennui, le cafard, la drogue, les paradis artificiels,
mais aussi la chute dans la psychose maniaco-dépressive car c'est ici une excroissance du
système afférent, tandis que celle du système efférent engendre la schizophrénie (se
référer aux pages consacrées à la maladie mentale.)"
p. 79 ; "On peut le dire, l'homogénéité, voilà l'ennemie !"
p. 87 ; "On peut dire que toute âme est singulière ou elle n'est pas, et aussi que
l'art se déroule et doit se dérouler dans l'âme ou il n'est pas. L'artiste est un
explorateur de l'âme, un magicien du psychisme (...)
(...) L'artiste connaît les lignes, les couleurs, les formes, le musicien connaît les
notes, la composition, mais lorsque l'un ou l'autre créent, c'est leur âme, leur
psychisme qui jaillissent d'eux-mêmes sur la toile ou sur la partition musicale."
p. 95 ; "Dès lors, toute matière-énergie contenant des noyaux atomiques, de ces
profondeurs subtiles les plus micro-physiques jusqu'aux vastes formations astrophysiques
-planète, étoiles, galaxies, amas de galaxies- on pourrait conclure qu'à la base
la plus intime des choses et des êtres se trouvent et
opèrent les noyaux atomiques comme centres neuropsychiques.
p. 103 ; "(...) La finalité est intrinsèque à l'énergie elle-même."
p. 105 ; "(...) selon l'interprétation de Stéphane Lupasco, la contradiction est
quelque chose d'inhérent dans tous les systèmes naturels. Or c'est une idée difficile
à accepter car elle conçoit la contradiction comme agissant au même moment du temps ."
p. 107 ; "(...) l'interprétation de Stéphane Lupasco est l'évidence même car
sinon comment peut-on comprendre autrement le fait que la particule quantique est en même
temps onde et particule ? En effet, cette particule ne se conduit pas soit comme
une onde ou soit comme un corpuscule tel qu'on a essayé de le dire, et tel qu'on le dit
encore dans les mauvais ouvrages de vulgarisation, mais cet "objet" nouveau, cet
événement quantique, est expérimentalement corpuscule et onde à la fois, il est
"contradiction" ; donc, à partir de cette constatation, les fondements d'une
nouvelle logique peuvent être formulés. Sinon, on transforme la physique quantique en un
ensemble de "recettes" efficaces sur le plan "opératoire", mais où
l'on ne voit aucune ambition de comprendre le pourquoi des choses."
p. 108-109 ; "Vous pouvez dire qu'il y a une évolution de l'homme vers un
développement de la matière psychique qui aboutit à la conscience de la conscience et
à la connaissance de la connaissance.
(...) Et on peut considérer que l'évolution est une évolution qui augmente de plus en
plus la matière psychique de l'homme."
p. 114 ; "(...) un arbre est un chimiste qui sait choisir dans la terre les
éléments chimiques dont il a besoin. Il y a donc, même chez le végétal, une sorte de
somato-psychique et nous pouvons dire que le végétal a également une conscience et une
connaissance, c'est-à-dire au fond un psychisme:"
p. 120 ; "S.L.- Je reproche, par exemple, aux hommes politiques d'ignorer
complètement non seulement le psychique mais le biologique. Le socialisme est une
doctrine d'homogénéisation macrophysique. Une société socialiste ou communiste est
homogénéisante, je l'ai dit. Sans le savoir, Marx adopte une philosophie de
l'entropie."
p. 122 ; "B.N.- Le retour à la pensée mythique ou à la pensée traditionnelle
n'exprimerait-il pas le signe ou ne serait-il pas le germe d'un autre type de société
?"
p. 123 ; "Vous dites : "La contradiction, c'est la vie." Or dans beaucoup
de textes traditionnels, on exhorte l'être à rejoindre l'univers. Il est dit à peu
près qu'en intégrant l'univers on retrouve l'unité. Or, d'après votre logique, le
concept d'unité n'existe pas, je voudrais que nous en parlions. Ce concept d'unité
n'existe pas ?
(...) Pourquoi associez-vous l'unité à l'homogénéisation ? Pourquoi ne peut-on penser
à une unité du contradictoire, une unité de l'interaction des systèmes de systèmes ?
Il s'agit aussi d'une unité.
S.L.- Une unité du contradictoire, c'est très intelligent. C'est remarquable ! Le
contradictoire constitue au fond une unité des forces antagonistes homogénéisantes et
hétérogénéisantes.
B.N.- Je dirais même que c'est le coeur de votre pensée, car en fait vous dépassez
l'opposition, la séparation et ce qui vous intéresse, c'est justement l'unité des
contradictoires.
S.M.N.- (...) Ce principe d'unité peut être envisagé par votre logique, à condition
que l'on comprenne qu'il s'agit d'unité des contradictoires et non pas d'unité
homogénéisante."
p. 126 ; "Est-ce que vous seriez d'accord pour dire que vous ouvrez un chemin qui se
situe au coeur de la dualité entre la mystique et la glose ?
S.L.- Je suis d'accord avec cette proposition."
p. 128 ; "Enfin, malheureusement, le monde semble marcher de plus en plus vers
l'opposition et non pas vers la contradiction. C'est à ce niveau extrêmement concret que
je parle de barrage."
p. 131 ; "Dans tout dynamisme, il y a une possibilité de connaissance dans la mesure
où la connaissance est précisément la potentialisation."
p. 153 ; "(...) la contradiction n'est pas opposition la contradiction est un
équilibre."
p. p. 162-163 , "(...) je dis que l'énergie est cognitive. L'énergie connaît.
Ce n'est pas mon cerveau qui connaît, c'est l'énergie qui connaît en moi. Elle est
dans un état tel que l'énergie elle-même prend conscience d'elle-même. C'est ce qui
explique que nous arrivons à ce que nous venons de dire."
p. 167 ; "Toute l'éthique scientifique a été fondée, jusqu'à présent, sur la
pensée du XIXème siècle qui exclut l'homme. L'homme est toujours exclu de la
connaissance scientifique parce qu'il introduit l'élément subjectif, sa présence
introduit l'aléatoire, l'irrationalité, or seul le principe d'objectivité intéresse
cette connaissance. Mais dans cette logique de l'énergie, nous voyons apparaître une
nouvelle objectivité."
p. 169 ; "(...) un problème très grave et urgent s'impose dans ces conditions,
c'est précisément le problème de la pensée mathématique, c'est-à-dire du langage
mathématique. je crois et je préconise qu'il faudrait effectuer une réforme de la
pensée mathématique elle-même parce qu'il est certain que dans la mesure où un
physicien et un biologiste mathématisent une expérience, une expérimentation, à ce
moment-là nous retombons dans la logique classique de non-contradiction des causes. Il
faut donc créer des mathématiques nouvelles."
p. 170 ; "Matila Ghyka qui, dans un livre célèbre qui s'appelle "Le nombre
d'or", a montré qu'il y a une certaine correspondance entre les mathématiques, les
proportions et les sentiments."
Extraits de L'homme et ses trois éthiques par Stéphane Lupasco avec la
collaboration de Solange de Mailly-Nesle et Basarab Nicolescu (Monaco, éditions du
Rocher, 1986).
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