Edizine

Voies multiples de l'immatériel


Nous vivons une époque proprement sidérante. Convaincus de la "fin des certitudes", nous assistons depuis près d'une décennie à l'affaissement de toutes les idéologies - y compris celles du scientisme et de l'économie.

Nous avons cherché dans ce numéro un fil conducteur aux articles initialement parus dans Animan, Bilan et Le Temps stratégique. Nous avons cru repérer le continuum, la jonction entre quelques vérités locales et immémoriales. L'immatériel imprègne désormais les champs économique, technologique et socio-culturels. A cet égard, l'itinéraire du jeune entrepreneur genevois Fabrice Giger est fort révélateur: un artisan de l'édition qui, épris de bandes dessinées et de comptabilité, bâtit en moins de dix ans un puissant groupe de communication.

Imperceptiblement, nous délaissons le quantum, ses indicateurs, pour nous (re)tourner vers l'immatériel, fait d'imaginaire, d'invisible ou d'indicible. Nous redécouvrons l'intelligence, non seulement humaine mais aussi artificielle, celle qui loge dans nos machines, mais aussi dans les objets, les minéraux, les végétaux...

Toutefois, quelques signes temoignent d'une derive vers la fast-culture. Certains s'en inquietent ("L'humanite perdue", "L'homme seul") d'autres vivent avec ravissement l'annonce d'un nouvel age. Il y a risque effectivement qu'à vouloir tout stocker in silico, nos machines - qui déjà pensent et travaillent beaucoup à notre place - n'en viennent à nous rendre un jour totalement amnésiques. Nous pourrions toujours nous souvenir que la culture est ce qui reste lorsque tout est oublié.

Mais ce numéro révèle un scénario plus optimiste. Nos sociétés pourraient fort être capables d'élaborer une synthèse combinant haute technologie et haute spiritualité, vérifiant ainsi la prophétie d'André Malraux.

Réda BENKIRANE

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