
Des origines lointaines de la kabbale
La kabbale (étymologiquement
tradition reçue) désigne de façon
générique les traditions mystiques du judaïsme
depuis l'Antiquité. Mais ce n'est qu'à partir du
XIIe siècle que, sur la base d'un fond ancien de sagesse
et d'interprétation des textes, de leurs signes et de
leurs symboles, elle s'érige en doctrine, avec une cohérence
interne, des références à des auteurs et
à des oeuvres spécifiques -plus particulièrement
au Sud de la France, d'où elle diffuse vers l'Espagne
(Gérone, Barcelone, Burgos).
La kabbale espagnole s'ouvre, elle, à différents
courants philosophiques (Maïmonide, Averroes) et même
au courant mystique musulman (soufisme),
jusqu'à ce que la montée de l'intolérance
religieuse et la persécution des juifs séfarades,
au XVe siècle, tarissent ses sources.
Le savoir ésotérique de la kabbale
passe alors en Italie, où les débuts de la Renaissance
créent un climat favorable au métissage des savoirs.
Une kabbale chrétienne se développe, qui cherche
des synthèses nouvelles entre hellénisme, judaïsme
et christianisme.
Le relais de la kabbale proprement judaïque sera pris au
XVIe siècle par le centre théologique de Safed,
en Galilée, puis au XVIIe siècle par le sabbataïsme,
un mouvement messianique.
Les deux oeuvres majeures de
la kabbale
Le Sefer ha-Bahir
(Livre de la Clarté), premier ouvrage proprement kabbalistique,
paraît en Provence dans la seconde moitié du XIIe
siècle. Son manuscrit, mélange de textes en hébreu
et en araméen, parvenu en fragments, serait une compilation
de sources gnostiques orientales [la gnose (du grec gnôsis,
connaissance) prétend à une connaissance ésotérique
des choses divines, communicables par tradition et par initiation].
Le Sefer ha-Zohar (Livre de la Splendeur) est le grand
ouvrage de la kabbale. Son auteur principal, l'Espagnol Moïse
de Léon (1240-1305), entendait lutter contre le courant
rationaliste qui s'étendait au sein du judaïsme.
Le Zohar est un commentaire de la Torah, écrit en hébreu
et en araméen, accompagné d'un volume dans lequel
figure les soixante-dix interprétations du premier mot
de la Torah [la Torah désigne les cinq premiers livres
de la Bible, qui formulent les lois de Moïse]. Tout comme
pour le Bahir, le Zohar s'attache à la description des
attributs divins (Sephirots), moteurs de la Création,
qui entrent en relation avec les créatures et leur dévoilant,
notamment, les symboles de la Torah, laquelle est définie
comme un organisme vivant, synonyme de l'ensemble du macrocosme.
Quant à Dieu, son occultation et sa dimension infinie
('En-Soph) le rendent inaccessible, inconnaissable et indicible;
seuls peuvent être appréhendés ses attributs.
La place de la kabbale dans
le judaïsme
La kabbale tient une place particulière
dans le judaïsme,
non seulement parce qu'elle révèle des sens cachés
de la Torah, mais aussi parce qu'elle donne un sens à
l'histoire des juifs. En postulant le retour aux textes sacrés,
la kabbale incite en effet ces derniers à redécouvrir
les causes de leurs malheurs et à les traduire en connaissances
ésotériques. Lors de l'expulsion des juifs d'Espagne,
en 1492, la kabbale leur permet d'expliquer l'exil comme un accident
historique et cosmique. L'école de Safed, en Galilée,
et notamment la kabbale de Luria, vont relancer cette interprétation
métaphysique de l'histoire, ce qui permettra aux juifs
de ne point se sentir en exil, mais en attente du messie. Cette
attente culmine avec le "sabbataïsme" du XVIIe
siècle, du nom de Sabbatai Zevi (1626-1676), un juif originaire
de Smyrne qui se proclame Messie. Fait prisonnier par les Ottomans
en raison des remous qu'il provoque dans les milieux rabbiniques
de l'empire, il annonce sa conversion à l'islam, une apostasie
qui précipite le judaïsme dans une crise interne
sans précédent.
Source: La Kabbale par Roland Goetschel (Paris, PUF, collection
Que sais-je?, 1985). Le judaïsme par Hans
Küng (Paris, Seuil, 1995).
retour à l'article
Pour la Kabbale il y a toujours un
sens sous le sens sous le sens...
[haut
de la page] |