Misères de l’abondance

Les misères de l’abondance, sept questions sur la croissance

Jean Gray et Daniel Carrière, éditions Entente, Paris, 1975.

 

« l’abondance des uns exige-t-elle la misère des autres ?… »

Jean Gray est un spécialiste de la formation professionnelle, il est, de 1960 à 1973, secrétaire de l’Entente Communautaire.

Daniel Carrière est consultant de l’O.C.D.E. et de l’O.N.U.D.I. .

 

extraits significatifs

p. 17 ; « Le travail de la femme à la maison, de la mère de famille, si important dans la vie d’une société, est négligé par la science économique : il n’est pas rétribué. »

p. 17-19 ; « Un ministre anglais du XIXème siècle a dit que le mensonge comportait trois degrés ; le mensonge simple, le mensonge méchant et… la statistique. Il ne faut pas trop se fier par exemple aux statistiques fiscales pour être renseigné sur l’importance des fortunes : aux Etats-Unis Henry Ford II n’a pas payé d’impôt en 1970 ! »

p. 29 ; « (…) il faut préciser que, comme tout système économique, le système actuel est une organisation de l’économie qui dépend de l’histoire et de la culture d’une société donnée. Il a changé pour s’adapter aux évènements et, sans renier sa logique profonde, il change encore. Il peut continuer à évoluer et, pourquoi pas, faire place à une autre manière d’organiser l’économie, avec de nouvelles règles ?

Comme la pluie et l’orage ?

Aucune société ne fait ce qu’elle veut sur le plan de l’économie. Elle est liée par les contraintes matérielles. Il y aura toujours un amènagement onéreux du monde, mais il n’est pas interdit d’organiser autrement cet amènagement et ses conséquences, d’une manière qui réponde mieux aux volontés et aux besoins des hommes intéressés. »

p. 36 ; « Un sondage récent (1974) en France et en Hollande indiquait que devant les critiques de certains sur les méfaits de la croissance, 80 % des personnes interrogées estimaient que la croissance devait continuait comme auparavant. Sans doute les motivations de ces 80 % étaient-elles différentes, les unes visant plus d’investissements, d’autres encore l’affermissement de leur situation, et certaines peut-être même, la possibilité d’un mieux-être social. Ces réactions s’expliquent en réalité par la manière dont le public est informé. »

p. 43 ; « Les embouteillages sur les routes et dans les villes, par la consommation accrue d’essence, augmentent le P.N.B. ! Il en est de même des produits offerts pour pallier les nuisances, tel l’oxygène que l’on peut respirer dans les rues de Tokyo par des distributeurs automatiques moyennant quelques pièces de monnaie ! »

p. 44-45 ; « Les conditions de travail ont beaucoup évolué en cent ans. Il faut se souvenir de la misère du prolétariat au cours du XIXème siècle. Sous l’influence des luttes sociales, beaucoup de changements ont été réalisés sur ce plan-là. Si lents et si difficiles à obtenir qu’ils furent, ils n’en constituent pas moins des progrès réels dans la condition des travailleurs. Or, ils ne sont pas du tout pris en compte dans l’évolution chiffrée de la croissance économique. Il faut même remarquer que, loin être pris en compte, ils ont été le plus souvent jugés par les industriels et les économistes comme des obstacles à la croissance de la production. On pourrait citer d’édifiantes affirmations concernant par exemple la journée de huit heures, le repos du dimanche ou les congés payés. Et encore aujourd’hui, beaucoup de revendications tout à fait légitimes sont considérées de la même manière.

Si cet apport positif n’est pas compté, beaucoup de pertes occasionnées par la croissance, parce qu’elles ne peuvent pas être comptabilisées, ne sont pas non plus déduites de l’indice. En voici quelques exemples : la fatigue imposée à certains travailleurs par les transports quotidiens, la sujétion et l’abrutissement supportés pendant les longues heures passées sur les lieux de travail, les agressions de l’environnement, etc., toutes ces pertes réelles n’apparaissent nulle part dans les calculs économiques. Il faudrait y ajouter les méfaits de l’urbanisation sur la santé physique et morale dans les grandes agglomérations, où les bidonvilles dessinent une frange misérable, et aussi la détérioration du cadre naturel où autrefois les travailleurs pouvaient facilement prendre des plaisirs qui ne coûtaient rien. La preuve est faite maintenant qu’ils valent quelque chose, puisque, devenus rares, ceux qui en ont les moyens doivent les acheter.

(…) Ainsi les services rendus gratuitement par des personnes bénévoles pour l’éducation, la santé, les loisirs. De même, le travail des femmes au foyer et des mères de famile pour l’éducation des enfants. »

p. 47 ; « De jeunes économistes américains ont montré qu’on pouvait réduire de moitié le P.N.B. des Etats-Unis sans réduire pour autant le bien-être de chaque Américain. Il suffirait de diminuer les dépenses d’armement (on était alors dans la guere du Viêt-nam -mais les fournitures continuent ailleurs), les dépenses de publicité, le gaspillage, la consommation ostentatoire et inutile, les dépenses de prestige, les investissements politiques pour soutenir tel gouvernement dictatorial d’Amérique du Sud ou en renverser d’autres, moins favorables aux intérêts américains, etc. Même si ces propos revêtent quelque exagération, ils ont l’intérêt de démythifier un indice de croissance qui ne saurait être assimilé au mieux-être des citoyens et dont l’augmentation ne saurait en aucun cas passer pour une augmentation du bien-être ou du progrès social. »

p. 72 ; « Par un mauvais usage du sol, l’homme accroît les déserts : ainsi le Sahara s’étend de 12 000 hectares tous les ans. »

p. 73 , « Il faut abattre environ dix-sept arbres pour obtenir une tonne de papier. Aux Etats-Unis, la consommation de papier est de 65 millions de tonnes par an.

(…) Après l’érosion hydraulique vient l’érosion du vent, puis les tempètes de sable. Des déserts entiers, en Libye, en Inde, au Brésil, ont été créés par l’homme et lui doivent leur stérilité… »

p. 76 ; « Sur le plan physique, les réserves connues de nombreuses matières premières représentent peu d’années de consommation au niveau actuel et encore moins si la croissance continue au même rythme que précédemment.

On peut compter dix-sept ans pour le plomb, vingt ans pour le zinc, en prenant comme base de calcul la consommation mondiale de 1972. »

p. 118 ; « Un des premiers théoriciens du système, Adam Smith, après avoir décrit comment on doit fabriquer une épingle en une multitude d’opérations, comme si chaque opération était un métier particulier, a expliqué les conséquences de ce système, tout en semblant les apprécier : « Un homme, écrit-il, qui passe toute sa vie à remplir un petit nombre d’opérations simples dont les effets sont ainsi toujours les mêmes, ou très aproximativement les mêmes, n’a pas lieu d’exercer son intelligence, ni d’exercer son imagination à chercher des expédients pour éviter des difficultés qui ne§viennent jamais, il perd donc naturellement l’habitude de déployer ou d’exercer ses facultés et devient en général aussi stupide et ignorant qu’il soit possible à une créature humaine de le devenir. » On ne peut trouver critique plus cinglante de ce mode d’organisation chez un de ceux qui l’ont propagé dans la mesure même où il le considère comme favorable à la production. Ce texte fait d’ailleurs écho aux déclarations de Taylor, le théoricien de l’organisation scientifique du travail, du « taylorisme ». »

p. 131 ; « L’origine historique du sous-développement dans les pays du Tiers-Monde vient de l’intégration de ces pays dans le marché capitaliste international. Cette intégration remonte, pour l’Amérique latine, au XVIIème siècle, car le commerce occidental avait déjà, avant l’industrialisation, inauguré cette intégration. Elle se situe au XIXème siècle pour l’Orient arabe et l’Asie, pratiquement au XXème siècle pour l’Afrique noire. »

p. 142-143 ; « Jusqu’à maintenant, le partage entre pays riches et pays pauvres se faisait essentiellement par la valeur de transformation ajoutée par le travail à la matière première. Les transformations qui avaient le plus de valeur se situaient dans les pays riches ou sous leur contrôle. Les transformations aux valeurs les plus faibles, fondées sur l’emploi d’une main-d’oeuvre peu qualifiée et non pas sur l’emploi d’un capital technique matériel et immatériel (la recherche) important, se situant dans les pays pauvres.

Cette voie nouvelle va changer complètement cette situation et amener à une nouvelle division internationale du travail.

C’est déjà une espèce de révolution.

Les industries occidentales, du moins une très grande partie d’entre elles, ne pourront plus, à cause du prix excessif, utiliser la grande quantité de matières premières et d’énergie qu’elles utilisaient auparavant. Elles devront se reconvertir et s’orienter vers des activités à faible utilisation de matière grise, vers les services, la recherche, l’ingéniérie, la formation, vers les biens d’équipement, la mécanique de précision, l’information, les télécommunications, etc.

Le problème de la main-d’oeuvre se posera également à plus ou moins long terme. Les industries du secteur capitaliste ont utilisé pour leur croissance non seulement un potentiel de matières premières et d’énergie à bon marché, mais aussi un potentiel considérable de main-d’oeuvre immigrée. Or, dans la mesure où les pays du Tiers-Monde pourront développer une industrie importante, ils devront, pour le développement de leurs pays, non seulement créer des industries à investissement lourd, mais aussi des industries légères de transformation à forte utilisation de main-d’oeuvre. Dès lors les travailleurs de ces pays pourront rester chez eux et les économies des pays riches devront se passer d’une main-d’oeuvre que leur pays d’origine pourront utiliser.

Il s’agit certes dans tout cela d’une perspective à long terme. Mais si les réalisations sont encore très réduites -le changement est tout récent – déjà le mouvement est en marche. Des pays comme l’Algérie et l’Iran s’y acheminent. » sociétés dites développées s’orientent vers les services alors que certains pays du Tiers-Monde récupèrent l’initiative dans l’industrie. Algérie, Iran.

p. 144 ; Solidarité syndicale face aux miltinationales. »Des mouvements de solidarité ont déjà été engagés. Les travailleurs d’une usine turque de la société allemande Hoechst ont vu leurs revendications aboutir grâce à la solidarité des travailleurs allemands de la même société, après une grève de soixante-cinq jours.

Une grève de cinquante-trois jours aux usines de Tokyo et de Kobé de la société Tesco dont le siège est à Genève s’est terminée par une victoire grâce à la solidarité des travailleurs de la même firme dans plus d’une douzaine de pays.

Dans toutes les filiales étrangères d’Air Liquide de dix pays ont été organisés des arrêts de travail pour soutenir les travailleurs français en grève dans huit usines de cette société en France. Aux Etats-Unis, les travailleurs en grève de la fabrique de biscuits Nabisco furent soutenus par les travailleurs des filiales de la même société dans les différents pays où elles existent (Danemark, France, R.F.A., Italie, Espagne, Royaume-Uni, Mexique, Venezuela, Australie et Nouvelle-Zelande). Des arrêts de travail furent organisés. La lutte s’acheva victorieusement. Des conseils mondiaux existent également dans l’industrie automobile, pour chaque grande firme qui possède des usines dans le monde entier : General Motors, Ford, Fiat, Chrysler, Volkswagen, Mercedes, etc.

(…) On a vu récemment dans un congrès syndical de la même confédération internationale s’affronter les travailleurs des uns et des autres pays dont les intérêts ne concordaient pas. » intérêts divergent entre travailleurs du Nord et du Sud

p. 150 ; Des chiffres accusateurs…

Les chiffres ici sont significatifs :

15 % de la population du globe s’approprient 85 % de la production mondiale. Si tout continuait comme maintenant, dans vingt ans, 90 % de l’ensemble des produits du globe appartiendraient à 10 % seulement de la population..

(…) 60 % de la population mondiale ont donc moins de 2200 calories par jour : ce sont ceux qui ont faim.

On estime qu’environ 150 millions de mères et de jeunes enfants sont dans ce cas.

Nous pouvons lire dans un livre récent que la production industrielle de nourriture pour chiens a représenté par chien américain environ ce que gagne en moyenne chaque Indien. »

p. 152-153 ; « Un spécialiste issu du Tiers-Monde écrivait : « La faim est un produit indirect de la croissance économique, comme ailleurs les maladies cardio-vasculaires et de dégénérescence.

Au fond, ces deux groupes de maladies, de civilisation et de carence, sont produits par ce même despotisme de la frénétique civilisation du profit. Les unes produites directement sur place, les autres produites indirectement à distance . »

(…) Les Etats-Unis comprennent seulement 6 % de la population mondiale. Or, ils consomment pour eux-même (1970) 40 % de la production mondiale de pâte à papier, 36 % des combustibles fossiles, 25 % de l’acier et des engrais, 20 % du coton. Si l’on ajoute à la consommation des Etats-Unis celle des autres pays industrialisés, on arrive aux chiffres cités plus haut : 85 % des produits pour 15 % de la population.

(…) Les chiffres eux-mêmes l’indiquent. Le revenu moyen par habitant en Birmanie, en Indonésie, au Burundi était en 1973 près de 80 fois inférieur à celui d’un habitant des Etats-Unis. »

p. 154 ; « Plus de 500 millions d’habitants de la terre ont un revenu annuel compris entre 300 et 500 francs, tandis que 220 millions ont plus de 20 000 francs, soit de 40 à 60 fois plus.

Les chiffres, nous le savons déjà, donnent des moyennes et renseignent guère sur la réalité. Indiquer pour un pays le revenu moyen par habitant n’apprend rien sur la manière dont on peut vivre avec de si pauvres ressources, ni la répartition de la consommation dans ce pays. »

p. 160-161 ; « D’après l’Institut de la Statistique, en 1972, le salaire moyen du salarié était de 1830 francs, ce qui veut dire que la moitié des salariés étaient au dessous de ce chiffre.

D’après les revenus déclarés, les 10 % des hauts salaires étaient 28 fois plus importants que les 10 % les plus bas.

3000 gros contribualbles déclaraient 400 000 francs de revenu imposable, soit 1100 francs par jour.

L’écart d’un manoeuvre à un P.D.G. était en moyenne de 1 à 25.

Les principaux dirigeants des grandes sociétés françaises -elles sont citées dans l’enquête- soit 5 à 10 personnes -touchent en moyenne de 500 000 à 600 000 francs par an. Quand le PD.G. est propriétaire de son affaire, ce chiffre peut doubler ou quadrupler.

Il s’agit ici de revenus déclarés. On sait qu’ils sont inférieurs aux revenus réels. Pour les dirigeants d’entreprises, par exemple, s’ajoutent les frais de représentation, de voyage, la voiture de fonction, les commissions de toutes sortes, etc…

Et quand ces revenus ne sont pas des salaires, ils peuvent être encore plus loin de la réalité.Ainsi pour les professions libérales d’un haut niveau, les promoteurs immobiliers, les gros commerçants, les gros agriculteurs, les vedettes du « show business », etc…

Ces chiffres seront jugés différemment -suivant l’idée qu’on se fait de l’équité.

Mais ils ne sont qu’une conséquence de l’orientation donnée au système économique dans son ensemble- et c’est cela sans doute le plus important… »

p. 166 ; « Une revue économique américaine à grand tirage l’exprime ainsi :

« Le citoyen américain vit en état de siège, de l’aube jusqu’au moment où il se couche… Pratiquement tout ce qu’il voit, entend, touche, goûte ou sent, représente un effort pour lui vendre quelque chose. »

p. 170 ; « En fait, la grande majorité de la population ne témoigne pas, contrairement à ce que croient ceux qui vantent la consommation opulente, d’une préférence inconditionnelle et spontanée pour ce qui est offert et pour les choix qu’impose la société économique. Mais on est pris dans l’engrenage du mode de vie et on est incapable de définir et de préférer autre chose.

Ainsi se trouvent refoulés de vrais besoins, comme les besoins de création, d’activité autonome, de culture, de communication, de solidarité. »

p. 172-173 ; « Des mouvements de consommateurs, des syndicats, des associations familiales, des organisations, comme en France, le Laboratoire coopératif, essaient d’alerter l’opinion sur les problèmes posés par la domination de la production et l’idéologie de la croissance.

(…) Mais l’exemple le plus caractéristique reste l’action menée aux Etats-Unis par un jeune avocat, Ralph Nader, qui, dit-il, a voulu « montrer à la masse des citoyens comment elle est méprisée, manipulée, dominée et volée par les pratiques des groupes privés et de leurs défenseurs patentés au sein de l’Etat « 

(…) « La fraude et la tromperie sont devenues pratiques courantes dans une industrie après l’autre. Quand les industriels font fabriquer des choses, leur souci n’est jamais le bien-être des gens. L’eau, l’air et les produits chimiques qu’ils injectent dans les aliments ont une seule fonction : accroître leur poids et donc augmenter le profit. Par la seule injection d’eau dans les poulets on vole 34 millions de dollars par an dans la poche des consommateurs. Selon une estimation d’un sénateur, plus du quart des produits achetés chaque année sont dépourvus de toute valeur d’usage. La fonction économique de la tromperie n’est pas seulement de majorer les profits : elle sert aussi à stimuler la croissance économique.

Celle-ci a cessé d’être synonyme de mieux-être ; dans une large mesure, la croissance réflète seulement l’essor d’industries et de services parasitaires qui réparent les défauts de produits et services qu’on nous vend en premier lieu. Prenez l’exemple des pare-chocs : ils sont conçus de manière que la collision de deux voitures roulant au pas cause à chacune d’elles une moyenne de 1250 francs de dégâts. Grâce à quoi, le marché des pièces rechange et des réparations représente aux Etats-Unis 500 millions ,de dollars par an. Voici un exemple de croissance fondée sur la tromperie, sur la consommation forcée. »

p. 202 ; « (…) ces prêts sont généralement « liés », c’est-à-dire que les bénéficiaires doivent obligatoirement acheter les produits offerts par les pays prêteurs, sans qu’ils puissent juger ni du prix, ni de la qualité, ni des frais annexes (le transport par exemple). Un rapport américain estime que les pays emprunteurs perdent ainsi 20 % de la somme prêtée. »

p. 205 ; « (…) selon la maxime du sage chinois : « Beaucoup doivent produire la richesse, peu la consommer. » »

p. 209 ; « Selon certains, dans les années 80, 200 à 300 firmes géantes assureront 75 % de toutes les productions mondiales, domineront tout le commerce international et contrôleront les trois quarts de la richesse industrielle du monde « occidental ». Sur les 100 plus grandes puissances économiques mondiales, classées d’après leur Produit National Brut (P.N.B.), 49 sont des Etats, 51 sont des sociétés multinationales. La General Motors vient au 11ème rang, entre la Suède et les Pays-Bas, la Standard Oil au 15 ème rang entre la Belgique et le Danemark. Mais leur taux de croissance est plus rapide que celui des Etats. Pour mieux caractériser ces empires économiques, voici deux exemples aux noms très connus.

I.B.M., qui couvre 70 % du marché mondial de l’informatique, des ordinateurs, a un chiffre d’affaires de 11 milliards de dollars. Ses réserves en capital sont énormes : 3,8 milliards de dollars. Elle possède 93 usines ou laboratoires aux Etats-Unis, en Europe, au Japon, en Amérique latine et emploie 275 000 personnes.

I.B.M., célèbre en raison du complot ourdi au Chili contre le gouvernement Allende, a 1000 sociétés dans 70 pays, 400 000 employés et a fait en 1970 un chiffre d’affaires de 10 milliards de dollars. Elle contrôle en France, entre autres, L.M.T., L.T.T.,C.G.C.T., Océanic, Sonolor, Pigier, Claude, Phénix, etc. »

p. 213 ; « Ces avoirs en argent, en actions, en biens fonciers, ou en biens d’équipement, qui produisent 90 % de la richesse mondiale, sont entre les mains d’un très petit nombre de gens.

Aux Etats-Unis, 6 % possèdent 65 % de ces avoirs.

En Europe, la proportion est encore plus forte.

En Allemagne (R.F.A.), 1,70 % de la population possèdent 70 % du capital privé.

En France, en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, 1 à 3 % de la population possèdent 40 à 50 % de la fortune nationale et 75 à 85 % des industries et du capital industriel. »

p. 216-217 ; « L’esprit du système capitaliste n’a jamais été mieux exprimé ni autant à l’état pur qu’il y a bien longtemps par un Américain célèbre, Benjamin Franklin, l’inventeur du paratonnerre :

« Rappelle-toi, écrivait-il au XVIIIème siècle, que le temps est de l’argent ; celui qui pourrait en un jour gagner dix shillings et qui, pendant la moitié du jour, se promène ou paresse dans sa chambre, quand il n’aurait dépensé que six pence pour son plaisi, doit compter qu’en outre il a dépensé ou plutôt jeté cinq shillings à l’eau. Rappelle-toi que la puissance génitale et la fécondité appartienent à l’argent. L’argent engendre l’argent et les rejetons peuvent engendrer à leur tour et ainsi de suite. Cinq shillings se changent en six, puis en sept shillings trois pence et ainsi de suite jusqu’à devenir une livre sterling. L’argent produit d’autant plus qu’il y en a davantage, de telle sorte que le profit croît de plus en plus vite. Celui qui tue une truie anéantit sa descendance jusqu’au millier. Celui qui tue une pièce de cinq shillings assassine tout ce qu’elle aurait pu produire : des colonnes entières de livres sterling . »

p. 222 ; « (…) l’économie est la science des moyens et non la science des fins. Elle est une technique, capable d’assurer dans les meilleures conditions le bon fonctionnement de l’appareil de production, dont la seule règle est l’efficacité. Le reste est du ressort de la morale et de la politique. »

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