Technologie numérique 1

Lorsque la télévision sera tombée
personne ne pourra plus arrêter la révolution

Par Andrew Lippman

Andrew Lippman est, à Boston, directeur associé du Media Lab du M.I.T. (Massachusetts Institute of Technology), dont il a été l’un des fondateurs. Étudiant, puis professeur au M.I.T., il a été membre du conseil d’administration de plusieurs jeunes entreprises, mais aussi d’IBM. Il est, aujourd’hui, l’un des conseillers scientifiques du programme de la Corporation for National Research Initiative, qui vise à développer des infrastructures planétaires de la communication.

Le Temps stratégique, No 66Savez-vous combien de bits numériques l’on trouve dans une fleur? Ou dans un film? Ou dans 50 francs suisses? Non? Hé! bien, vous le saurez bientôt, parce que la révolution électronique qui, pour l’heure, ne fascine guère que les mordus, est à deux doigts de faire irruption dans votre salon. Elle est déjà dans les magasins de fleurs, les banques, les écoles et les usines. L’industrie des ordinateurs prépare cette invasion depuis vingt-cinq ans. Plusieurs fois déjà elle a essayé de la lancer, mais à chaque coup les innovations qu’elle proposait au public donnaient à ce dernier le sentiment désagréable du déjà vu.

Cette fois-ci, cependant, devrait être la bonne. Si vous ne me croyez pas, jetez un oeil, ce soir, dans la chambre de votre collégien de fils. Non, non, vous ne le trouverez pas en train de se droguer ou de s’avachir devant la télé. En fait, vous ne le trouverez pas du tout. Car il sera loin, dans le cyberespace, dans l’éther, sur Internet, en train d’explorer des univers d’information lointains, de gambader dans des communautés planétaires partageant les mêmes passions que lui, ou alors de simuler un trou noir gravitationnel à l’intérieur de son univers numérique personnel. Ce que vous verrez là n’est cependant que la pointe de l’iceberg. Attendez deux ou trois ans, et vous verrez le reste!

Le développement fulgurant d’Internet, cette toile d’araignée dont les fils relient aujourd’hui 40 millions d’ordinateurs dispersés à travers le monde, est l’élément de cette révolution qui a le plus attiré l’attention au cours des derniers mois. Internet, qui a été imaginé il y a vingt-cinq ans par le département américain de la Défense, fait aujourd’hui descendre les bibliothèques et les supermarchés de toute la planète dans votre salon. Cela est particulièrement vrai depuis que le fameux WWW (World Wide Web, ou Toile d’Araignée Planétaire, dont je reparlerai plus loin), a rendu la navigation cyberspatiale accessible, voire aisée, aux utilisateurs de petits ordinateurs personnels.

Internet induit une démocratisation des médias telle que l’on n’en a plus connue depuis les débuts de la Révolution industrielle. Il y a 200 ans, l’invention des presses rotatives à vapeur a permis à n’importe quel homme d’affaires de publier de l’information, activité jusque là réservée à une petite élite centralisée. Les journaux se sont multipliés dès lors et l’industrie du livre a vu le jour, mais en raison du coût des machines et de la fabrication, les médias sont restés concentrés dans un petit nombre d’entreprises relativement importantes. Mais cette mécanique et ces coûts sont en train de se dissoudre, si bien qu’aujourd’hui les moyens de production et de distribution de l’information se répandent dans la population de manière incontrôlable et universelle.

Ironiquement, c’est en essayant de contrôler le développement des nouveaux médias que les gouvernements ont, sans le vouloir bien sûr, déclenché cette révolution. Ils proposèrent en effet, au début des années 1990, de créer une Infrastructure Internationale de l’Information (les « autoroutes de l’information ») afin de permettre aux hommes d’affaires, aux chercheurs et aux étudiants d’échanger des données électroniques grâce à un standard unique, homogène et efficace. Il n’y avait que des gouvernements pour pouvoir s’exciter sur une idée plus rasoir que la première théorie venue sur l’immortalité des boutons de guêtre! Mais ces « autoroutes » ennuyeuses à mourir deviennent malgré tout excitantes lorsque, tout à coup, elles débouchent dans votre salon. Les gouvernements avaient oublié un détail, en effet: chaque fois que l’on construit des structures pour les affaires « sérieuses », le commun des mortels, lui, se les approprie pour s’amuser!

Comment les choses se sont-elles passées?

Il faut voir que les « autoroutes de l’information » sont construites sur trois piliers. Et que chacun de ces piliers, en construction depuis des années, est important en soi.

Premier pilier: la télévision. La télévision est en train d’être réinventée et n’aura bientôt plus rien à avoir avec ce qu’elle était à l’origine. Elle est en effet en train de devenir numérique, ce qui va changer de manière massive la manière dont on crée les programmes de télévision, dont on les diffuse, dont on les regarde et dont on paie pour y avoir accès. A plus long terme, la révolution numérique changera aussi la nature des programmes de télévision et la nature des chaînes qui les diffusent.

Ici, la technologie est secondaire. Ce qu’il faut voir, c’est que l’on trouve des téléviseurs partout, dans chaque pays du monde, et dans chaque foyer moyen de chaque pays du monde. La nuit est percée de leur scintillement bleuté jusque sur les rives des affluents de l’Amazone. Le poste de télévision est partout un bien familial précieux: la famille chinoise moyenne en a un; la famille américaine typique en a deux, avant même d’avoir le téléphone. Lorsque la télévision est réinventée, chacun est concerné.

Il faut savoir que l’affichage d’une image de télévision requiert une quantité énorme de bits (unités élémentaires d’information, 0 et 1 des systèmes informatiques). Considérez en effet ceci: une conversation téléphonique numérique requiert environ 64’000 bits par seconde, soit un million de bits environ par appel. Il faut 8 millions de bits pour transmettre le contenu d’un grand journal quotidien. Dix fois cette quantité, si vous voulez pouvoir coller dans votre album une photo d’excellente qualité. Pourtant, si vous additionnez tous les bits évoqués dans ce paragraphe, vous aurez à peine de quoi transmettre de 2.5 à 8 secondes de télévision!

Pour dire les choses autrement: si vous parliez sans arrêt durant la moitié du temps où vous êtes éveillé, en une année vous produiriez 84 milliards de bytes (1 byte égale 8 bits), un peu moins qu’il n’en faut pour transmettre une journée de programmes d’une seule chaîne.

Si donc nous voulons que nos autoroutes de l’information transportent aussi des images télévisées, il faudra qu’elles soient vraiment larges, du genre huit pistes, goudronnées au piccolo, assez solides pour supporter des norias de camions, assez vastes pour permettre à chacun de partir en vacances en même temps.

La télévision était l’un des ultimes bastions du signal analogique dans un univers désormais numérique. Ce bastion est en train de tomber.

Le texte, lui, était numérisé depuis belle lurette. Il y a dix ans que le « Wall Street Journal » est transmis électroniquement à ses imprimeries situées aux quatre coins du globe; vingt ans que les journaux et les livres sont produits par ordinateur; longtemps enfin que chacun de nous traite des piles de texte sur son ordinateur personnel sans plus en éprouver le moindre étonnement. Le son aussi est numérisé. Les photographies sont numérisées.

Ce qui veut dire que le jour où la télévision sera numérisée, toutes les données que nous utilisons dans notre « vie communicante » quotidienne pourront voyager le long des mêmes câbles ou sur les mêmes ondes hertziennes, être traitées par les mêmes appareils, stockées sur les mêmes disques compacts, sur les mêmes bandes magnétiques, dans les mêmes machines. Lorsque les gens parlent de multimédia, c’est de cela qu’ils parlent.

Le chamboulement est en cours. Aux États-Unis, un système de diffusion par satellite déverse d’ores et déjà 980 millions de bits par seconde sur chaque antenne parabolique du pays (l’équivalent, chaque seconde, du contenu de 125 grands journaux). Personne ne peut se débarrasser de ces bits, ils pleuvent sur les gens jour et nuit, que cela leur plaise ou non. Les réseaux câblés et téléphoniques déjà prévus tripleront ce déluge. A quoi il faudra ajouter un milliard de bits par seconde le jour où la télévision sera numérique. Pour faire bon poids, comptez encore les bits stockés sur vos disques compacts, et vous obtiendrez un véritable blizzard de données, capable de transporter plus de 1000 programmes de télévision, bien plus que ne pourraient transporter aujourd’hui tous les câbles transatlantiques en existence.

Il est certes tout à fait improbable que cette capacité faramineuse soit utilisée uniquement pour la télévision. Personne n’a envie de capter 1000 programmes; la plupart d’entre nous sommes satisfaits d’en avoir un ou deux. C’est pourquoi, plutôt qu’une suite de programmes complets, la télévision sera demain une ressource générale, à disposition de quiconque voudra l’utiliser.

Deuxième pilier technologique des « autoroutes de l’information »: les ordinateurs personnels.

Il y a quarante ans, certains pensaient qu’un jour il suffirait de trois ou quatre gros ordinateurs pour faire marcher un pays entier. Les faits ont ridiculisé cette prédiction, puisqu’aujourd’hui les ordinateurs personnels sont des produits de grande consommation. En 1994, Intel a vendu plus de 40 millions de ces machines, chacune d’entre elle plus puissante que les ordinateurs imaginés par nos visionnaires il y a quarante ans. Les plus puissants des ordinateurs personnels sont installés désormais au domicile des gens, qui ont découvert dans leur entreprise (informatiquement au bord de la saturation) le plaisir du jeu électronique, de la couleur, du son, de la vidéo.

Troisième pilier enfin, le réseau, type Internet, que j’évoquais au début de cet article.

La télévision est un ruban d’asphalte, l’ordinateur quelque chose que l’on peut faire rouler sur l’asphalte, mais seul le réseau donne à cet ensemble un sens, peut en faire un média d’une puissance sans exemple dans l’Histoire.

Le World Wide Web (le Web), un élément clé du réseau, a été inventé par quelques chercheurs en informatique qui travaillaient dans le même bureau, au CERN (Centre Européen de la Recherche Nucléaire), à Genève. A l’origine, leur objectif était de permettre à des physiciens géographiquement éparpillés d’écrire ensemble des articles et d’y joindre des références de travaux tiers. Pensaient-ils déclencher une révolution de l’information? Peut-être, mais ils n’en ont jamais rien dit. (Dès que le Web devint populaire, le CERN mit fin au programme, qui émigra alors au sud de la France…). Web n’est pas en soi une oeuvre monumentale, n’empêche que ses effets de levier sont incroyables. Le Web vous permet, par exemple, de construire des pages et des pages d’information dont chaque mot, chaque image, chaque son, auront été pompés dans une toutes sortes d’ordinateurs situés un peu partout dans le monde. De surcroît, chaque mot ou chaque image pourra servir de porte d’entrée conduisant à de nouvelles pages et à de nouvelles images. Les dossiers réunis par chaque participant du Web sont en quelque sorte les éléments dispersés d’une formidable bibliothèque planétaire. L’utilisateur du Web peut feuilleter cet hypertexte page après page, sans qu’il lui soit jamais nécessaire de savoir si telle page provient d’une bibliothèque ou de vingt bibliothèques. Et chaque pépite d’information intéressante figure sur cette page conduit, par simple clic de la souris, sur des pages qui complètent l’information qu’elle donne, pages qui, à leur tour, peuvent conduire à d’autres pages, et ainsi de suite, à l’infini.

Que signifie ce chambardement?

La première chose qu’il faut comprendre et accepter est que l' »autoroute » numérique fondée sur le Web est un nouveau média. Les chercheurs l’utilisent depuis des années. Les entreprises commerciales, elles, commencent tout juste à s’y mettre: des sociétés aussi différentes que Boeing (les avions) et Grolsch (la bière) ont des pages à elles sur le Web. Tout comme votre fils, sans doute. C’est dire que le réseau est sorti du confinement des laboratoires, qu’il est désormais un forum public. Dans quelques mois, il sera un supermarché. Dès que l’on se décidera à utiliser des techniques qui existent pour saura envoyer par le réseau, de manière sûre, c’est-à-dire indéchiffrable par des tiers, de l’argent numérique anonyme ou un numéro de carte de crédit.

Mais pour qu’un réseau devienne un vrai média, il faut qu’il construise une communauté humaine. C’est l’objet même du Web. La révolution n’est pas le Web, mais la communauté planétaire. C’est elle que votre fils invite dans sa chambre, le soir. Pour les uns, elle est un « Chat Forum » (un Salon où l’on cause, disons), une espèce de « party » planétaire, avec un hôte et un visiteur célèbre, comme dans un « talk show » télévisé. Pour les autres, elle est le « Multi-User Dungeons » (les Donjons à plusieurs joueurs), un jeu qui vous permet de prendre une nouvelle personnalité et d’explorer des espaces de synthèse. [On lira, à ce propos, dans « Le Temps stratégique » No 63, d’avril 1995, « Nous allons tous pouvoir nous shooter au virtuel », de Philippe Quéau].

Mais le cyberespace résonne aussi des échos de médias plus anciens. Une étudiante de doctorat du Media Laboratory du MIT (Massachusetts Institute of Technology) propose par exemple des cartes électroniques de salutations, brèves, illustrées, que l’on peut envoyer à qui l’on veut sur le réseau. Depuis qu’elle a lancé ce service, 20’000 personnes se sont arrêtées à son guichet pour jeter un oeil, 12’000 ont envoyé des cartes de salutations, et trois sociétés (non-américaines) lui ont demandé le droit de les exploiter. Tout cela à partir de l’ordinateur personnel sur lequel elle est supposée rédiger sa thèse!

Il a fallu aux gouvernements des centaines d’années pour bricoler le réseau du commerce international. Internet et le Web ont créé un réseau similaire en moins de trois ans. L’information numérique, le commerce numérique, la communauté numérique, se moquent des limites que les frontières politiques et les règlements imposent traditionnellement aux êtres humains en chair et en os et aux médias physiques. Le Web et Internet se fichent des distances: alors que pour le téléphone, plus votre interlocuteur est éloigné, plus vous lui parlez longtemps, et plus vous payez, sur Internet il vous suffit de payer un abonnement, et après vous n’avez plus à vous soucier de savoir d’où viennent réellement les bits qui viennent s’afficher sur l’écran de votre ordinateur

La vraie magie du Web, cependant, est qu’il ne vous livre pas des paquets tout ficelés, mais des blocs avec lesquels vous réalisez vos propres constructions. Lorsque vous voyez une page sur votre écran, les mots affichés viennent peut-être d’une bibliothèque aux Pays-Bas, les sons des États-Unis, et les images d’une flopée d’ordinateurs personnels situés dans le salon de gens vivant aux quatre coins du monde. Grâce à quoi, si vous êtes intéressé par le sport, vous n’avez plus besoin de souscrire au journal entier: des services automatisés peuvent sélectionner à votre intention juste ce que vous voulez, pour vous le livrer au fur et à mesure que cela paraît. La météo peut venir du spécialiste du temps à la télé, les nouvelles de foot directement du stade.

Vous direz que les juristes spécialisés dans les copyrights vont s’arracher les cheveux. C’est vrai. Mais enfin, que je sache, nous avons survécu aux assauts des enregistreurs et des photocopieuses sans perte irréparable de notre sang légal. Nous réussirons donc bien à survivre à la question du paiement des droits pour quelques pages d’un roman, trois secondes d’un film, 33’000 copies du fragment de photographie collé par votre fils et ses copains sur les lettres que leur école envoie à des tas de petits correspondants à travers le monde.

Peut-être avons-nous vécu jusqu’ici dans un confort abusif, convaincus qu’il serait toujours possible de retrouver un plagiaire, un calomniateur, un pornographe, un pirate, par les traces physiques qu’il laisse forcément derrière lui (pour donner un exemple: il n’est point imaginable, aujourd’hui, qu’une cargaison de disques compacts copiés sans droit passe totalement inaperçue). Il se trouve que les bits électroniques, eux, sont évanescents. On ne peut que souhaiter bonne chance à qui voudrait débusquer les auteurs de chaque illustration d’un livre composé sur un tableau d’affichage planétaire d’Internet. Il faut se souvenir de la leçon du multimédia: la « chose » n’est un livre que lorsqu’elle est imprimée; avant, elle n’est qu’une suite de signaux électroniques, identiques à ceux qui courent dans les fils du téléphone lorsque vous appelez votre vieille tante.

A partir de là, où va-t-on?

Inutile de demander quand va éclater la révolution de l’information: elle est en cours. Lorsqu’une technologie nouvelle apparaît, d’ordinaire elle commence par patauger, puis décolle brusquement, ou alors s’effondre sans rémission. Voyez le vidéodisque, qui est apparu en 1978, mais patauge encore. Le disque compact a décollé brusquement, s’imposant plus rapidement que tous les autres médias de l’histoire. L’ordinateur personnel, c’est encore une autre histoire: dans ses dix premières années, il a pénétré les domiciles privés au moins deux fois plus vite que le disque compact, et plus vite, bien sûr, que la radio, la télévision et le téléphone. Les jeux, les traitements de texte, les encyclopédies sur disques compacts exercent sur l’utilisateur privé un attrait irrésistible. Les ordinateurs personnels, par leur nombre, ont atteint d’ores et déjà ce que l’on pourrait appeler une masse critique.

Si vous ajoutez à ces développements, celui des réseaux, le Web et Internet, vous avez le tableau complet actuel. Ce nouveau média est-il une mode? Non, trop tard. Une fois que les réseaux construisent des communautés planétaires, on ne peut plus les démanteler, pas plus qu’on ne peut rembobiner la Suisse jusqu’à ses trois cantons primitifs ou ramener les États-Unis dans le giron de l’Empire britannique. Le marketing et le commerce, qui savent s’engouffrer dans les opérations qui marchent, ont humé d’ores et déjà le pouvoir incroyable du nouveau média.

Voici le nouvel âge démocratique: des millions de voix individuelles et plus de frontières. Quelques explorateurs cherchent encore ses limites extrêmes, mais, fondamentalement, tout est en place. L’Histoire récente a montré que les pays où la liberté d’expression a fleuri sont prospères, ceux où elle a été étouffée ont disparu; la même chose vaut pour l’information.

Ceux qui s’y exercent au nouveau média seront prêts, le moment venu. Ceux qui traînent les pieds seront laissés au bord de la route.

© Le Temps stratégique, No 66, Genève, octobre 1995.

ADDENDA

De deux termes
en phase avec notre temps

Bit

Contraction de « binary digit », le bit, terme apparu pour la première fois en 1949, est l’unité de quantité d’information représentée par un chiffre binaire 0 ou 1, valable pour tous les systèmes informatiques et de communication de données numériques. Il peut être défini comme une unité résultant du choix entre les deux termes exclusifs d’une alternative (par exemple entre oui et non, « on » et « off », et plus généralement entre 0 et 1). Le bit par seconde ou bit/s (bps en anglais) est l’unité de débit d’information ou quantité d’information transmise en une seconde. Huit bits équivalent à un octet ou « byte », lequel représente pratiquement la plus petite unité de stockage d’information. Lorsque des symboles tels que des mots, des images ou des nombres sont numérisés, ils sont réduits en suites binaires de 1 et de 0. Ensuite ils peuvent être mémorisés dans des mémoires de stockage (disquettes, disque dur, etc.) ou circuler dans des réseaux de communication. Des milliards de milliards de 1 et de 0 sont ainsi déplacés dans les systèmes de communication, codant appels téléphoniques, transactions de carte de crédit, documents écrits ou visuels, etc.

Informations analogique et numérique (ou digitale)

Le signal analogique est une information (par exemple du son ou des images) transformée au moyen d’un dispositif approprié (par exemple un microphone ou une caméra) en un courant électrique qui varie au rythme de cette information sur un support de transmission (fil métallique, fibre optique, onde radio). Dan le téléphone analogique, par exemple, les ondes sonores de la voix, matérialisées par la vibration de l’air, sont converties par un microphone en courant électrique circulant sur une ligne de cuivre. A l’autre bout de cette ligne, le signal électrique est restitué en signal sonore par les vibrations de la membrane d’un écouteur, qui est une enceinte acoustique miniature. Le signal analogique subit des distorsions lors de la transmission et n’est pas reproduit fidèlement à la réception. Ces distorsions, qui peuvent être corrigées pour le son et l’image, provoquent en revanche, dans la transmission de données, des taux d’erreurs inacceptables. La solution de ce problème réside dans la numérisation du signal.La numérisation d’un signal électrique consiste à le découper en échantillons à intervalles réguliers et à les coder sous forme numérique en suites de 0 et 1. Ce signal est alors transmis sur un support approprié, et l’information initiale est restituée à la réception pratiquement sans altération. On peut comparer ce phénomène à la copie des nombres figurant dans une étude statistique: si ces nombres sont reproduits avec précision, les résultats de la nouvelle étude statistique seront identiques aux résultats de l’ancienne. Par rapport au procédé analogique, la technologie digitale permet d’augmenter la qualité, la précision et la vitesse de la transmission de données.

Source: Architecture et technologie des ordinateurs, par Paolo Zanella et Yves Ligier (Paris, Dunod, 1993).


Cyberspace

Espace d’information navigable grâce à des interfaces cerveau-ordinateur. Le mot « cyberspace » est apparu pour la première fois en 1984 dans le roman « Neuromancien » de William Gibson. Il est lié à la culture « cyberpunk », un sous-genre (« new wave ») de la littérature de science-fiction. De nos jours, le terme renvoie à l’espace virtuel constitué par les réseaux informatiques. Il est aujourd’hui illustré par le réseau des réseaux Internet, qui relie de façon anarchique et par-delà les frontières (politiques, géographiques, culturelles) des milliers de centres informatiques dans le monde. Le téléphone établit une connexion de type un/un, la télévision fonctionne selon le schéma en étoile un/tous et de manière unidirectionnelle (jusqu’à présent). Le cyberspace instaure le nouveau paradigme « de tous à tous » qui permet l’interconnexion sur une échelle inimaginable, par claviers interposés. En l’an 2000, on estime que 100 millions de personnes dans le monde disposeront d’une adresse électronique (contre 20 millions en 1994).

Le cyberspace est un espace en formation et il est difficile de cerner l’ensemble de ses implications sur la société. Il existe une abondante littérature sur le cyberspace, qui va de l’apologie la plus extrême (nouvel LSD) au scepticisme le plus radical (rétrécissement du temps, catastrophe pour l’humanité), en passant par les ambitions les plus hautes (démocratie virtuelle, intelligence collective).

Le cyberspace est-il une drogue ou une « prothèse cognitive »? La réalité virtuelle pose un certain nombre de problèmes éthiques. Les droits de l’homme ne seront-ils pas mis à mal si l’ordinateur domestique devient une espèce d’espion et la confidentialité des données électroniques individuelle est menacée? Et comment éviter que le cyberspace ne soit utilisé abusivement par des entreprises commerciales peu scrupuleuses, ou ne devienne une chambre d’écho planétaire à la propagande politique d’activistes peu soucieux de vérité? Il est clair que ce qui est délinquance dans l’espace public l’est aussi dans l’espace virtuel. A ces questions nouvelles, viendront assurément s’en ajouter d’autres que nous ne sommes pas en mesure de nous figurer actuellement.

Mais parmi les avancées permises par l’expansion du cyberspace, il y a le rapport au savoir. Ce pourrait être « là », c’est-à-dire nulle part et partout en même temps, que naîtra le nouveau milieu de communication, de pensée et de travail des sociétés humaines, qui transcendera l’espace (les frontières politiques, géographiques et culturelles) et le temps. On peut imaginer même que se constituera un jour une sorte d' »hypercortex » mondial. En tout cas, l’on assiste d’ores et déjà à la naissance d’un « intellectuel collectif »: des personnes disséminée dans le monde, travaillant un même champ de recherche et faisant avancer, de manière coordonnée et en temps réel, l’état des connaissances.

Source: internet/news/faq/alt.cyberspace.

Hypertexte

Concept et technologie de liaison de textes entre eux, permettant à l’utilisateur de passer aisément des uns aux autres. Dans le réseau Internet, les liens hypertexte tels qu’ils apparaissent dans les pages Web sont signifiés par la couleur bleue de certains mots; en cliquant sur ces mots à l’aide de la souris de l’ordinateur, d’autres pages s’ouvrent à l’utilisateur dans lesquelles il trouvera d’autres liens hypertexte, et ainsi de suite.

Selon Ted Nelson, un des penseurs de l’hypertexte, on peut le définir comme une « écriture non séquentielle » constituant un « groupement non-linéaire de noeuds liés ».

L’hypertexte en tant que forme d’écriture non-linéaire est une notion qui a traversé les siècles. Les encyclopédistes du XVIIIè siècle introduisirent par exemple une classification du savoir fonctionnant par renvois internes. Mais l’idée d’un système électronique reliant entre eux des groupes de textes fut évoquée pour la première fois en 1945 par Vannevar Bush, un ingénieur responsable des services informatiques de l’administration Roosevelt, à la tête d’une communauté de 6000 scientifiques. Dans un article intitulé « As We May Think » (« Comme nous pourrions penser »), l’auteur notait que la somme de l’expérience humaine s’accroissait à une vitesse vertigineuse, mais que les moyens utilisés pour se faufiler dans le labyrinthe de ces connaissances restaient archaïques. Vannevar Bush imagina une « machine conceptuelle », le « memex », capable de créer des liens couplant des textes et des illustrations. Il considérait qu’une technologie de l’information privilégiant la sélection par association plutôt que par indexation correspondait à la manière dont l’esprit humain structure l’information.

En 1981, Ted Nelson développa les idées de Bush dans son livre « Literary Machines » pour les intégrer à son projet « Xanadu », visant à rassembler l’ensemble du patrimoine écrit de l’humanité en de gigantesques bases de données (constituées par des milliers de milliards de mots) que les individus consulteraient à l’aide de liens. Ted Nelson poursuit le rêve moniste de l’unification ultime, de la mise en réseau de tout. « Je n’ai jamais fait de différence entre la technique et la poétique. J’ai toujours pensé qu’il y avait là un continuum (…) Je récuse toute idée de dichotomie. Tout logiciel est, à mon sens, une extension de soi. »

Sources: « As We May Think » par Bush Vannevar, in: Atlantic Monthly, 176/1, July 1945. Literary Machines,par Nelson T.H. publié à compte d’auteur, 1981, disponible également en versions électroniques.

Source: internet/news/faq/alt.hypertext.

 

Pour en savoir plus

* sur la littérature cyberpunk, se reporter aux ouvrages Neuromancien (1988), Gravé sur chrome (1990) etLumière virtuelle (1995) de William Gibson, Paris, Éditions J’ai Lu.

* sur le développement des réseaux et du multimédia, consulter L’homme symbiotique, par Joël de Rosnay (Paris. Le Seuil, 1995).

* pour une réflexion philosophique sur le cyberspace, lire L’intelligence collective, pour une anthropologie du cyberspace, par Pierre Lévy (Paris, Éditions La Découverte, 1994).

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