Luc Steels. Intelligence artificielle, évolutive et ascendante

La cognition, l’innée et l’acquise

 « Il semble possible de construire des programmes hautement complexes, équivalents en termes de performance à l’intelligence humaine pour un domaine particulier, mais ces programmes seront incapables d’intégrer l’évolution ou la nature contextuelle de l’intelligence. »

Luc Steels, When Are Robots Intelligent Autonomous Agents ?

 

 

L’IA, évolutive et ascendante         
Entretien avec Luc Steels, EPFL, Lausanne 1999, 55 mn.

Luc Steels, grammairien de l’intelligence artificielle

Luc Steels a étudié l’informatique au MIT (Massachusetts Institute of T echnology) ainsi que la linguistique et la philosophie à l’Université libre de Bruxelles, au sein de laquelle il a fondé, en 1983, le Laboratoire de recherche en intelligence artificielle. Professeur en informatique à Bruxelles et directeur du Sony Computer Science Laboratory à Paris, ce chercheur belge est spécialisé dans l’intelligence et la vie artificielles appliquées
à la robotique et à l’étude du langage.

La clarté de son discours le distingue d’autant mieux que les nouvelles disciplines scientifiques auxquelles il oeuvre visent à étudier ce qu’il y a de plus difficile à comprendre : l’intelligence, la conscience, la vie. Il est un concepteur de robots dont l’ambition est de donner du corps et du sens à ses créatures. Luc Steels appartient à un courant philosophique qui cherche à doter les robots d’une autonomie et d’une capacité d’apprentissage qui puissent évoluer avec leur propre environnement. Car il ne croit pas – ou ne croit plus – qu’il soit réaliste de programmer l’intelligence d’une machine ou l’interaction entre homme et machine ou entre machines. Pour progresser sur la voie de l’intelligence, le chercheur estime qu’il faut travailler à générer des processus émergents, même lorsqu’il s’agit de contenus aussi difficiles et intangibles que le lexique ou la grammaire d’un langage donné. Sa position de principe est que la connaissance s’acquiert par le biais de l’évolution et des interactions possibles au sein d’un environnement donné. Dans le cadre du laboratoire Sony, il a notamment mis en place le projet Talking Heads (« têtes parlantes ») où il a développé un processus d’acquisition du langage par des robots sommaires. Ce qu’il constate, c’est que, même pour des robots, la capacité d’évolution est très importante, jusqu’au point où ces machines rudimentaires peuvent acquérir un langage, inventer de nouveaux mots et les transmettre à de nouvelles générations de robots selon un tri qui s’apparenterait à une sorte de « sélection culturelle ».

Sa formation de linguiste lui a permis de renouveler avec force et créativité la compréhension de ce qu’est et n’est pas l’intelligence, notamment pour tout ce qui est lié à l’apprentissage social et aux représentations du sens. L’une de ses grandes sources d’inspiration, qui est en quelque sorte son milieu culturel, est l’école de Bruxelles de l’auto-organisation fondée par Ilya Prigogine. Au croisement de plusieurs disciplines et écoles de pensée, engagé au plus haut niveau à la fois dans la théorie et la pratique sur la scène de l’intelligence et de la vie artificielles,
Luc Steels, par la rigueur et l’intelligibilité de sa démarche, est l’un des représentants les plus brillants de la multidisciplinarité dans les sciences contemporaines.

Réda Benkirane

 

Luc Steels a dirigé la publication de The Artificial Life Route to Artificial Intelligence. Building Situated Embodied Agents (avec Rodney Brooks, New Haven, Lawrence Erlbaum Associates, 1993), The Biology and T echnology of Intelligent Autonomous Agents (Berlin, Springer-Verlag, 1995) et Cooperative Robots : A Case Study in Animal Robotics (avec D. McFarland, Cambridge, Ma, MIT Press, 1997).

 

 

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Réda Benkirane, La Complexité, vertiges et promesses. Dix-huit histoires de sciences.Paris, Le Pommier, 408 pages, 2013.Réda Benkirane, La Complexité, vertiges et promesses. Dix-huit histoires de sciences.Paris, Le Pommier, 408 pages, 2013.

 

 

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