Veda d’un Physicien

Ma conception du monde,
le Veda d’un Physicien

Erwin Schrödinger (Paris, Le Mail, 1982)

« Prix Nobel de physique, l’Autrichien Erwin Schrödinger a été avec Louis de Broglie, Niels Bohr et Werner Heisenberg, l’un des fondateurs de la mécanique quantique. Et l’on sait quelle révolution radicale elle a introduit dans le champ de la pensée scientifique du XXème siècle. La description de la réalité par la physique quantique remet en effet totalement en question les philosophies matérialistes ou « rationalistes » classiques, allant jusqu’à obliger à un changement de référence de tous nos cadres de réflexion. Afin de pouvoir penser la discipline qu’il inventait alors, Erwin Schrödinger allait être poussé à sortir de la philosophie occidentale et à se tourner vers la métaphysique indienne, en particulier vers les textes du Veda, pour y trouver le cadre de pensée qui lui semblait le plus adéquat. »

Veda d'un physicienExtraits significatifs ;

p. 15 ; « Il s’avère en effet beaucoup plus difficile de rendre compréhensible, de présenter rationnellement, ne serait-ce que le domaine spécialisé le plus restreint de n’importe quelle branche des sciences, si on en retire toute métaphysique. »

p. 16 ; « Une véritable suppression de la métaphysique ferait de l’art et de la science des squelettes pétrifiée, dépourvus d’âme, incapable du moindre développement ultérieur. »

p. 17 ; « dresser successivement des barrières pour limiter le rôle de la métaphysique, dans la mesure où elle influe sur la description des faits tenus pour vrais dans divers domaines scientifiques ; mais la préserver en même temps en tant que soutien indispensable de notre connaissance générale aussi bien que particulière. L’apparente contradiction de cette formule constitue justement le problème à résoudre.

On peut avoir recours à une image, en disant que nous avançons sur le chemin de la connaissance et qu’il faut nous laisser guider par la main invisible de la métaphysique qui se tend vers nous comme sortant du brouillard »

p. 19 ; « Cet « éléphantiasis » partiel a fait négliger les autres orientations du développement de la culture, de la connaissance, de la pensée occidentale ou appelez cela comme vous voudrez, et il a permis une décadence plus forte que jamais auparavant. »

p. 20 ; « l’Église n’est plus qu’un parti politique, et la morale ne constitue rien d’autre qu’une restriction un peu gênante qui s’effondre à son tour, une fois privée du soutien qui lui fut longtemps apporté par la croyance en des épouvantails devenus désormais inacceptables. Un atavisme général semble s’être pour ainsi dire manifesté. L’homme occidental menace de retomber à un niveau antérieur de développement qu’il n’aurait jamais totalement surmonté: l’égoïsme brutal lève sa face grimaçante et tend sa poigne implacable, endurcie par la vieille habitude ancestrale, vers la barre du navire en dérive. »

p. 26 ; « il y a eu des philosophes grandement renommés -comme Schopenhauer- qui ont déclaré que notre monde était extrêmement mal fait et triste, et d’autres -comme Leibniz- qui l’ont trouvé le meilleur des mondes possibles. »

p. 27 ; « l’existence de ces relations nous ramène toujours vers la métaphysique, c’est-à-dire vers quelque chose qui transcende ce qui est directement perceptible »

p. 54 ; « Il est fort curieux que la philosophie occidentale, qui a presque universellement accepté l’idée que la mort de l’individu ne met aucunement fin à quoi que ce soit d’essentiel de la vie, ait à peine honoré d’une pensée (excepté chez Platon et Shopenhauer) cette autre idée bien plus profonde et plus intimement joyeuse, et qui logiquement va de pair avec elle : l’idée qu’il en est de même pour la naissance de l’individu ; que je ne suis pas créé pour la première fois, mais que je suis progressivement réveillé d’un profond sommeil. Alors mes espoirs et mes aspirations, mes peurs et mes soucis peuvent m’apparaître comme étantles mêmes que ceux de milliers d’humains qui ont vécu avant moi. Et je peux espérer que ce que j’ai imploré pour la première fois il y a des siècles pourra m’être accordé dans quelques centaines d’années. Aucune pensée ne peut germer en moi qui ne soit le prolongement de la pensée d’un ancêtre ; il n’y a pas en réalité de nouveau germe (de pensée), il y a l’éclosion prédéterminée d’un bourgeon sur l’arbre antique et sacré de la vie.
Je sais très bien que la plupart de mes lecteurs, en dépit de Schopenhauer et des Upanishads, prendront ce que je viens de dire pour une métaphore plaisante et adéquate, et refuseront d’accepter à la lettre l’axiome que toute conscience est Une par essence. »

p. 55 ; « Quoiqu’il en soit, appliquer l’arithmétique à ces choses-là s’avère pour le moins douteux. »

Extraits de Ma conception du monde, le Veda d’un Physicien par Erwin Schrödinger (Paris, Le Mail, 1982).

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