Joël de Rosnay, Les chemins de la vie

Joël de Rosnay, Les chemins de la vie, Le Seuil, 1983

9782020068345FS[1]« Ce livre présente une peinture impressionniste de la société technologique, de ses développements et de ses implications. »

L’auteur a étudié et enseigné à M.I.T. , a travaillé à l’Institut Pasteur. Il a également écrit le Macroscope, la Malbouffe, les origines de la vie, L’homme symbiotique.

Extraits significatifs ;

p. 9 ; « A partir d’une telle approche, je voudrais tenter dans ce livre une réflexion sur l’évolution de notre société, en l’envisageant non seulement sous ses aspects scientifiques, techniques ou industriels, mais aussi sous l’angle des nouvelles valeurs qui semblent émerger de la génération actuelle.

(…) Déjà, aux États-Unis, 50 % de la population active sont engagés dans des activités de traitement de l’information. »

p. 10 ; « Après la phase de conquête de l’espace terrestre, puis celle de la croissance industrielle, nous entrons dans une phase de « réticulation » de la société. Il se crée, de proche en proche, des réseaux de plus en plus étroitement interconnectés et interdépendants. Macro et micro-réseaux au sein desquels chacun est à la fois un « lien » et un « noeud ». Cette « société réticulaire », rendue possible par l’essor des communications, conduit à des diversifications, des décentralisations, des différenciations du tissu de la société. La logique de l’énergie implique centralisation et exclusion. La logique de l’information, distribution et complémentarité. De nouvelles valeurs émergent : modification des rapports à soi-même ; autres regards sur la conduite de sa vie, la santé, les sports individuels, les relations à la maladie et à la mort ; nouveaux rapports avec les techniques -outils de changements- telles la biologie, l’informatique, la robotique ; besoin d’évaluer leur impact sur la vie quotidienne et l’avenir de la société ; nouvelles exigences sur la qualité de l’environnement »

p. 89 ; « Il est intéressant de relire aujourd’hui les conclusions du « Rapport global 2000 » remis au président Carter par le Council on Environment Quality et le département d’État en juillet 1980. Ce rapport est particulièrement pessimiste : la croissance démographique va se poursuivre ; les ressources énergétiques vont diminuer ; la pollution va s’étendre ; le fossé économique entre pays développés et pays en voie de développement va se creuser ; l’eau potable sera plus rare, les aliments aussi et il seront plus chers ; la faim dans le monde touchera plus d’hommes, de femmes et d’enfants qu’aujourd’hui ; les déserts vont progresser, les forêts diminuer ; 500 000 espèces animales et végétales vont disparaître, réduisant la variété de l’écosystème et diminuant sa stabilité ; le monde sera plus vulnérable, plus tendu, les risques de conflits plus grands que jamais.

Que faut-il en penser ? S’agit-il du constat de faillites de nos méthodes de prévision et de gestion à l’échelle de la planète ? De l’échec du modèle industriel ? Ou plutôt du résultat d’une approche morcelée des grands problèmes, sans vision globale, en « patchwork », conduisant à des décisions ponctuelles, au coup par coup ? »

p. 132 ; le secret de la réussite japonaise ; « savoir accepter et gérer les conflits plutôt que de chercher à les éliminer par des solutions artificielles. »

p. 150 ; perversion de la pensée mécanistique ; « Parfois aussi les analogies ou les idéologies repoussent trop loin les bornes de la pensée. La sociobiologie a aussi tenté de réduire les comportements humains aux mécanismes évolutifs de quelques « gènes égoïstes », justifiant ainsi les pires des inégalités, les pires des intransigeances. »

p. 151 ; « L’époque dans laquelle nous entrons est marquée par la révolution informationnelle, et la « dématérialisation » de l’économie. »

p. 154 ; « Alors qu’on sortait à peine du fixisme, Teilhard décrit dans son ouvrage de base, Le Phénomène humain , ce qu’il appelle la « cosmogénèse », dérive universelle incluant dans un même mouvement la matière, la vie, les sociétés humaines. »

p. 156 ; « En septembre 1838, quelque temps après son retour du voyage sur le Beagle, Darwin lit le livre de Thomas Robert Malthus publié en 1798 : Essai sur le principe de population. »

p. 157 ; « La période 1855-1865 est déterminante dans l’histoire des sciences et de la philosophie. Elle marque le véritable début du XXème siècle. A l’époque où Darwin publie De l’origine des espèces (1859), Louis Pasteur s’oppose à Félix Pouchet sur la génération spontanée, tandis que Karl Marx publie Contribution à la critique de l’économie politique. Pratiquement à la même date, en 1865, à la suite des travaux de Sadi Carnot, Rudolf Clausius propose la notion d’entropie, forme d’énergie dégradée, annonçant la fin inexorable de l’univers, sa mort énergétique. »

p. 160 ; « C’est entrevoir aussi la face cachée d’un monde en gestation, laborieuse et imparfaite machine, si différente des mécanismes bien agencés de l’univers froid et distant que nous avait légué le XIXème siècle. A force, en effet, de ne considérer que le concept, l’organisation, le système, nous avions construit un monde vide, étranger à l’homme, peuplé ça et là d’objets disjoints. La physique se trouvait à l’aise dans le domaine des gaz parfaits et des écoulements laminaires. L’économie, dans celui de la concurrence pure et parfaite

(…) * Michel Serres, Genèse, Grasset, 1981 « 

p. 161 ; Serres, ce qu’est le monde ; «  »L’univers est un mélange de noyaux durs et de nuées, d’archipels et de mers, d’éclats et d’occultations, de messages et de bruits (…) Le bruit de fond est permanent, il est le fond du monde, le fond noir de l’univers, il est le fond de l’être, peut-être. » »

p. 163 ; « Un livre d’André Lwoff est un événement: Depuis L’Ordre biologique, livre scientifique publié en 1969 *, André Lwoff ne nous avait pas encore fait l’honneur d’un nouvel ouvrage.

Dans Jeux et Combats *, André Lwoff jette un autre regard sur la science, la société, les grandes valeurs.

* Chez Robert Laffont. Aujourd’hui épuisé.

* Chez Fayard. « 

p. 164 , « Toute sa vie, à côté du grand jeu de la recherche, André Lwoff a mené le grand combat pour les valeurs. Un combat pour les valeurs plus que pour les « idées », car André Lwoff se méfie des idées. La science, pour lui, n’est pas « dangereuse ». Ce qui l’est, ce sont les idées, et surtout ce qui en découle : les guerres, le fanatisme, l’intolérance, les purges staliniennes, le massacre des juifs. Dans une récente interview, il rappelait, à ce sujet, une citation de Julien Benda : « Ce ne sont pas les idées qui provoquent les sentiments mais, au contraire, les sentiments qui provoquent les idées ; ce n’est pas l’antisémitisme qui provoque la haine mais, au contraire, la haine sans objet ou le besoin de haïr qui se jette sur une idée d’objet haïssable, qu’elle trouve toute faite dans le commerce. »

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